La longévité humaine a-t-elle atteint ses limites ?

Un vieux africain-Image d'illustration

Certains milliardaires, pas forcément américains, rêvent d'aller camper sur la Lune ou sur Mars et y consacrent une partie de leur fortune. D'autres aspirent à bénéficier d'une hypothétique fontaine de Jouvence et comptent bien accroître significativement leur durée de vie en finançant les recherches nécessaires. Parmi les laboratoires créés ces dernières années, la société Calico (California Life Company), filiale du secret Google X Lab fondée fin 2013, a pour devise: «Tuer la mort». Une autre société enrôlerait, dit la rumeur, de riches volontaires dans le cadre de soi-disant essais cliniques privés pour recevoir des transfusions de sang de personnes de moins de 25 ans… Faut-il y croire? Peut-on repousser d'hypothétiques limites biologiques de durée de vie?

Une équipe de généticiens du Albert Einstein College of Medicine de New York relance le débat dans le journal Nature. Les trois chercheurs apportent une réponse, tirée de données démographiques, dans une publication scientifique titrée La preuve d'une limite de la durée de vie humaine  (Evidence for a limit to human lifespan). Mieux encore, ils chiffrent cette limite à 115 ans en moyenne.

Un plafonnement à 114,9 ans

Pour arriver à ce résultat, les auteurs se sont plongés dans la Human Mortality Base, qui stocke les données de mortalité collectées dans 38 pays. Les chiffres donnent une sous-base de données sur la longévité internationale. Les chercheurs ont constaté que la durée de vie maximale enregistrée pour une année donnée (par exemple en 1990, ou 1991, etc.), dans les quatre pays comprenant le plus de supercentenaires (plus de 110 ans) -France, Japon, États-Unis et Royaume-Uni-, a augmenté rapidement entre les années 1970 et 1990, puis s'est mise à plafonner à 114,9 ans au milieu des années 1990. Jan Vijg, le principal investigateur, a même calculé que voir un être humain souffler 125 bougies d'anniversaire ne peut advenir que moins d'une fois tous les 10.000 ans.

Certains biologistes ont tout de suite noté, un brin hilares, que «si ce type d'études avait pu être mené autour de la naissance du Christ, la durée de vie maximale aurait été d'une trentaine d'années avec plusieurs siècles avant que cette limite ne bouge…».

Dès sa conception, un être vivant lutte contre la mort. Il a pour cela des capacités de réparation et de régénération qui lui permettent de lutter contre les agressions extérieures (par exemple, les UV solaires qui abîment l'ADN) et intérieures. Les cellules n'ont à la base pas la même longévité selon le tissu, l'organe et l'individu auxquels elles appartiennent. Une cellule a une durée de vie limitée: 3 à 4 semaines pour la peau avant d'être renouvelée, 120 jours pour un globule blanc, 400 à 500 jours pour les cellules du foie ou du poumon, 5 jours pour celles de l'intestin. Certaines, par exemple les cellules musculaires, cardiaques ou nerveuses, ont un taux de renouvellement faible. Elles ont l'âge de l'organe où elles se trouvent. D'autres, comme celles du foie, vont garder une capacité régénérative importante.

Beaucoup de mécanismes, aux niveaux cellulaire et tissulaire, contribuent à conserver l'intégrité des cellules. Des systèmes de réparation de l'ADN existent. De même, des «équipes» spécialisées s'occupent des mitochondries, ces minuscules usines à électricité. C'est leur fonctionnement qui produit les fameux radicaux libres, neutralisés par des enzymes et des vitamines (A, C, E). Le dernier prix Nobel de médecine a récompensé le Japonais Yoshinori Ohsumi pour avoir caractérisé le système qui permet à la cellule de recycler ses propres déchets.

«Des sytèmes très complexes»

Des «interventions» humaines sont envisageables à tous les niveaux, et des succès ont été obtenus chez des modèles animaux. Un ver a ainsi vécu près de 300 jours au lieu d'une vingtaine normalement. Mêmes effets spectaculaires chez des mouches ou des souris (25% de durée de vie en plus).

«Mais cela reste des systèmes très complexes aux innombrables variables, souligne Hugo Aguilaniu, du CNRS/ENS Lyon. En combinant génétique et restriction alimentaire, nous avons eu de très bons résultats chez le nématode. La plus grande tendance aujourd'hui est liée aux molécules sénolytiques, c'est-à-dire aux molécules capables de faire la différence entre une cellule jeune et une qui est sénescente, et de tuer cette dernière.» L'accumulation de ces cellules trop «vieilles» est comme un empoisonnement, les supprimer permet donc de protéger l'organe ou le tissu concerné.

Chez Calico, en Californie (Calico est aussi le nom d'une ville devenue fantôme à la fin de la ruée vers l'or), on établit des plans expérimentaux en brassant d'énormes masses de données. Puis des instructions sont envoyées aux laboratoires de la société, dans le Michigan, qui réalisent pratiquement les expériences. Les moyens mis en œuvre sont puissants et les contrats se chiffrent en millions de dollars. Le mot d'ordre n'est pas de publier les résultats des expériences pour partager le savoir, mais de «faire» d'abord du brevet sur des thérapeutiques. Pour Larry Page, cofondateur de Google, «si on résout le cancer, on ajoute environ trois ans à l'espérance de vie moyenne (…). Ce ne serait pas une si grande avancée que ça».Il en veut bien plus.

Souce: figaro.fr

Créé le 9 octobre 2016 10:45

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes:

TOTALENERGIES

UNICEF

LONAGUI

cbg_gif_300x300

CBG

UBA

smb-2

Consortium SMB-Winning

Annonces

Recommandé pour vous

Annonces

orange_