Lélouma : l’ADESK met fin au calvaire des populations de Kerel en offrant un poste de santé moderne

LÉLOUMA – C’est bien plus qu’une simple inauguration ; c’est la fin d’un long et pénible calvaire. Pendant des décennies, les habitants de Kerel et des villages environnants ont dû braver la fatigue, les intempéries et les kilomètres pour accéder aux soins les plus élémentaires. Aujourd’hui, cette époque de souffrance est révolue. La localité dispose désormais de son propre poste de santé moderne, un don inestimable de ses filles et fils, réunis au sein de l’Association pour le Développement Économique et Social du Secteur Kerel (ADESK).

Bâtie sur une superficie de 5 661 mètres carrés, cette infrastructure flambant neuve trône fièrement au bord de la route nationale numéro 24 (Lélouma-Télimélé). Pour les populations locales, et plus particulièrement pour les femmes et les enfants, ce centre médical est une véritable délivrance.

« Ce sont des femmes qui ont vraiment souffert qui vous parlent aujourd’hui »

Les femmes sont incontestablement les premières bénéficiaires de ce joyau. Fini les longues marches exténuantes, les accouchements à risque sur le bord des routes ou les doubles dépenses pour se faire soigner. Érigé entre les villages de Kerel et de Donghi, le centre de santé vient panser de vieilles plaies. Kadiatou Diallo, porte-parole des femmes de la localité, a livré un témoignage poignant sur cette libération :

« C’est un grand jour que nous vivons à Kerel, notre joie se lit sur nos visages même si nous ne disons rien. Ce sont des femmes qui ont vraiment souffert dans le temps qui vous parlent aujourd’hui. Savoir désormais que les soins se feront sur place pour les femmes et les enfants suffit à notre bonheur. Avant, quand on avait un malade, on se rendait à l’hôpital à double coût : premièrement le déplacement est coûteux ; soit vous déplacez une moto pour laquelle vous devez acheter du carburant, soit vous payez les frais de soins et les ordonnances à l’hôpital. Maintenant, c’est la prise en charge seulement qui nous revient, le déplacement ne nous coûtera plus rien.

Avant, on parcourait 7 km ou plus avec des enfants portés au dos. Parfois, pour un rien, on pouvait faire 2 jours là où se trouvaient les centres de soins et pour éviter des va-et-vient, on cherchait un hébergement à côté. Maintenant, chacune sortira de chez elle pour partir se faire soigner, et le retour se fera en quelques mètres. Nous avons vécu des moments très difficiles pour les accouchements. Je prie Dieu que notre structure arrive à répondre à tous nos besoins. Nous avons maintenant l’école, l’adduction d’eau et le poste de santé. La prochaine étape, c’est le marché de Kerel. »

Une action citoyenne née d’un constat amer

La concrétisation de ce projet, dont le coût avoisine le milliard de francs guinéens, n’est pas un fait de hasard. Elle est le fruit de la solidarité des ressortissants et résidents de Kerel (qui englobe neuf villages). Mamadou Siradio Bah, président de l’ADESK, est revenu sur la genèse de ce projet salvateur, pensé pour soulager les familles :

« Tout est parti d’une réflexion simple : nos parents, nos mères partaient loin pour accéder aux soins de santé, même de base. Après la rénovation et l’agrandissement de l’école primaire (dotée de trois nouvelles salles de classe, d’une direction et d’un magasin), nous avons émis l’idée de construire un poste de santé. Le projet a été validé à l’unanimité par tous les membres de l’Association. Ce poste vise à atténuer les souffrances de nos familles face aux longues distances, en leur apportant les soins de base à leur porte, tout comme nous l’avons fait pour les élèves du primaire. Cette infrastructure est construite sur la base de cotisations internes et de dons. Tous les ressortissants et résidents ont joué leur partition : nos proches installés à l’étranger, les bonnes volontés vivant ici, et l’élan global de l’ADESK. C’est une immense fierté pour nous. »

Un milliard de francs guinéens investis pour la dignité

L’ampleur de la réalisation force l’admiration. Le poste de santé ne se contente pas d’offrir des murs : il propose un cadre sécurisé et des équipements complets, en partie soutenus par des dons du ministère de la Santé. Alseny Barry, un autre fils de Kerel, a détaillé l’envergure de l’infrastructure :

« D’abord, il y a le bâtiment principal qui constitue le poste de santé avec tous les services : la salle d’accouchement, les salles d’observation pour femmes et pour hommes, une salle de soins, et des salles de pansements. Ensuite, il y a un logement pour le chef de poste et deux autres logements pour le personnel, notamment l’infirmier et la sage-femme. Tout cela a été réalisé sur fonds propres de la communauté. Nous avons aussi l’adduction d’eau : le poste a suffisamment d’eau avec des châteaux, le forage étant à 120 mètres seulement. Je pense que le coût global se situe entre 900 millions et un milliard de francs guinéens. »

Face à un tel dévouement, la communauté locale se sent redevable. Elhadj Abdoul Malick Barry, chef du district de Wendou Koula et Imam de Kerel, a tenu à exprimer la profonde gratitude des sages, tout en prenant un engagement ferme :

« Ça fait chaud au cœur quand vos enfants se réunissent pour penser à faciliter la vie de leurs parents. C’est ce que les jeunes viennent de démontrer, et ce n’est pas leur première action. À tout moment, ils font quelque chose pour nous : les écoles, l’accès à l’eau… Aujourd’hui, c’est un poste de santé qui est mis à notre disposition. Nous sommes submergés de joie. Il n’y a que l’union qui permet de réaliser ce genre de choses. Nous promettons solennellement de veiller à l’entretien et à la protection des lieux pour le bien-être de tous. C’est notre engagement. »

La cérémonie inaugurale, qui a réuni les autorités préfectorales, sous-préfectorales et communales aux côtés des populations locales, s’est clôturée sur une note d’espoir. Le préfet de Lélouma a d’ailleurs vivement salué l’élan patriotique des fils de Kerel, invitant toutes les autres localités du pays à s’inspirer de ce modèle pour prendre en main le développement de leurs zones.

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 18 avril 2026 07:00

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