Koundara : Dre Mariama Diallo, le combat d’une médecin pour la santé communautaire (Entretien)
À Koundara, dans la région de Boké, Dre Mariama Diallo multiplie les actions de sensibilisation en faveur de la santé communautaire. À travers sa campagne « Ma communauté, mon combat : je m’engage, pourquoi pas toi ? », cette professionnelle de santé sillonne plusieurs localités pour encourager les populations à fréquenter les structures sanitaires et à adopter de meilleures pratiques de prévention. En déplacement à l’intérieur du pays, Africaguinee.com est allé à sa rencontre. Entretien exclusif.
AFRICAGUINEE.COM : Qui est réellement Dre Mariama Diallo ?
Je suis Dre Mariama Diallo. J’ai fait mes études universitaires à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, à la Faculté de médecine. J’ai obtenu mon diplôme de médecin en 2012. De 2012 à 2017, j’ai effectué un stage à l’Institut de Nutrition et Santé de l’Enfant (INSE) de Donka, au service de néonatalogie. Depuis 2017 jusqu’à nos jours, je suis en fonction à Koundara, à la Direction préfectorale de la santé, en qualité de PFC/PS/SR (point focal communication, promotion de la santé et santé de la reproduction).

Pourquoi avez-vous choisi la médecine, et particulièrement le travail au service des populations de Koundara ?
Depuis le lycée, mon choix a toujours été de devenir médecin, parce que je voyais mes parents dans le besoin de médecins pour leur prise en charge. La médecine est un métier qui permet d’avoir un impact concret sur la vie des personnes, surtout dans les communautés où l’accès aux soins reste difficile.
Servir la population de Koundara a une importance particulière pour moi, car les communautés éloignées rencontrent souvent un manque de personnel, de structures adaptées et de suivi sanitaire régulier. Travailler auprès de cette population représente une manière utile de contribuer à l’amélioration de leur santé, à l’accès aux soins et à la prévention des maladies.

Que représente pour vous la santé communautaire ?
Pour moi, la santé communautaire représente une approche de la santé centrée sur la communauté. Elle ne consiste pas seulement à soigner les malades, mais aussi à prévenir les maladies, à promouvoir de meilleures conditions sociales et environnementales, et à impliquer les communautés dans la prise de décisions concernant leur santé.
Quels sont aujourd’hui les principaux problèmes de santé auxquels les populations de Koundara sont confrontées ?
À Koundara, comme dans plusieurs préfectures, la population est confrontée à de nombreux défis liés notamment au paludisme, à la malnutrition, au manque d’eau potable, à l’insuffisance des services de santé et surtout à la pauvreté.

La prévention est-elle suffisamment comprise par les populations locales de Koundara ?
Il m’est vraiment difficile d’affirmer que la prévention est suffisamment comprise par les populations, car cela dépend du domaine concerné. Le principal problème n’est pas seulement la compréhension théorique de la prévention, mais aussi la capacité à appliquer les conseils dans la vie quotidienne.
Par exemple, une maman peut connaître l’importance de vacciner son enfant ou celle du lavage des mains avec de l’eau et du savon ou des désinfectants, mais, faute d’eau, de moyens financiers ou d’un accès rapide aux services sanitaires, ne pas être en mesure de le faire.
Donc, la prévention est de plus en plus connue à Koundara, mais elle n’est probablement pas encore suffisamment intégrée par toute la population. Il reste un important besoin de sensibilisation à travers les dialogues communautaires, les séances de sensibilisation, les émissions de radio en langues locales, ainsi qu’une meilleure accessibilité aux soins pour toutes les communautés.

Comment sensibilisez-vous les communautés sur les questions d’hygiène, de vaccination ou de santé maternelle ?
Pour une meilleure écoute, il faut :
- l’implication de tous les leaders locaux (chefs de quartier, imams, pasteurs, femmes leaders, relais communautaires, etc.) ;
- utiliser les langues locales pour véhiculer les messages ;
- identifier les principales difficultés, notamment l’accès aux soins, les rumeurs, le manque d’information et la pauvreté ;
- transmettre des messages courts, simples, clairs et précis.
Exemples de messages ?
Hygiène : se laver les mains avec de l’eau et du savon avant de manger et après les toilettes ; boire de l’eau propre ; garder les latrines propres ; assainir les milieux.
Vaccination : les vaccins protègent les enfants et les femmes enceintes contre les maladies contagieuses ; respecter le calendrier vaccinal ; les vaccins sont sûrs et sauvent des vies.
Santé maternelle : respecter les rendez-vous de consultation prénatale (CPN) ; accoucher dans une structure sanitaire ; encourager l’allaitement maternel exclusif. Il est également important de faire participer la communauté à la prise de décision.
Avez-vous constaté une évolution positive dans les comportements sanitaires ces dernières années ?

Oui, on peut dire qu’il y a eu une évolution positive ces dernières années, même si d’importantes difficultés persistent encore. Plusieurs éléments montrent une amélioration progressive, notamment :
- une forte adhésion des communautés aux différentes campagnes de vaccination ;
- une augmentation de la fréquentation des structures sanitaires ;
- un renforcement de la sensibilisation sur l’hygiène et la prévention des maladies à travers différents canaux de communication ;
- une forte implication des relais communautaires et des leaders locaux.
Mais les progrès restent fragiles et dépendent encore beaucoup des campagnes de sensibilisation, de la disponibilité des soins, ainsi que du soutien des autorités sanitaires et des partenaires.
Comment conciliez-vous votre vie professionnelle et personnelle ?
Je suis une femme mariée et mère de trois beaux enfants. Je vous avoue que j’ai eu la chance d’avoir un mari exemplaire sur ce plan. Grâce à son appui, mon travail a toujours pu rester une priorité. C’est vrai qu’il y a parfois des interférences entre mes tâches ménagères et mes activités professionnelles, mais, alhamdoulilah, j’arrive à gérer les deux.

Qu’est-ce qui vous a motivé à continuer, malgré les difficultés rencontrées ?
Malgré les difficultés rencontrées dans l’exercice de mes fonctions, la satisfaction de voir ma communauté en bonne santé et de contribuer à son bien-être a toujours été ma principale source de motivation. Mon désir d’aider et de sauver des vies, le lien tissé avec cette belle communauté, ainsi que les résultats visibles de la prévention me poussent à continuer.
L’espoir de contribuer un jour au changement du système de santé me motive encore davantage à poursuivre ce combat pour une meilleure santé de ma communauté, jusqu’au dernier village.
Quel regard portez-vous sur la place des femmes dans le secteur médical en Guinée ?

La place des femmes dans le secteur médical en Guinée est à la fois essentielle et encore marquée par de fortes inégalités. Il y a des progrès visibles, mais aussi des obstacles structurels qui freinent encore l’accès des femmes aux hauts postes de responsabilité et à de meilleures conditions de travail.
À mon avis, l’avenir du système de santé guinéen dépend largement de la capacité du pays à valoriser pleinement les compétences féminines. Un secteur médical où les femmes peuvent évoluer à égalité avec les hommes sera plus efficace, plus humain et plus proche des besoins des populations.
Quel message adressez-vous aux autorités sanitaires et aux jeunes qui rêvent de devenir médecins ou agents de santé ?

Aux autorités sanitaires, je demande de continuer à soutenir le district sanitaire de Koundara afin de renforcer la prévention et d’assurer une meilleure prise en charge des populations. Aux jeunes qui rêvent de devenir médecins ou agents de santé, j’adresse tous mes encouragements. J’espère qu’un jour, vous pourrez devenir des acteurs du changement et des soutiens précieux pour vos communautés et vos proches qui sont dans le besoin. « Ma communauté, mon combat : je m’engage, pourquoi pas toi ? »

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 19 mai 2026 09:50









