Kindia : La députée Marie Louise Sia Feindouno lance le GVEC pour l’autonomie financière des femmes

À Kindia, une nouvelle dynamique en faveur de l’autonomisation économique des femmes prend forme. Du 9 au 12 septembre 2026, plusieurs groupements féminins de la préfecture et de la commune urbaine ont été mobilisés autour d’une campagne de formation consacrée au Groupement Villageois d’Épargne et de Crédit (GVEC). Une initiative portée par l’honorable Marie Louise Sia Feindouno, membre de la commission Fonction publique, Emploi, Affaires sociales et Religieuses de l’Assemblée nationale, avec pour ambition d’aider les femmes à renforcer leur capacité d’épargne, d’investissement et de prise en charge de leurs propres besoins.

L’initiative entend apporter une réponse concrète à l’un des défis auxquels de nombreuses femmes sont confrontées : l’accès au financement. À travers le mécanisme du GVEC, les bénéficiaires sont encouragées à miser davantage sur leurs propres ressources, à épargner collectivement et à se soutenir mutuellement grâce à un système de prêts internes.

La première étape de cette campagne s’est déroulée à Foulaya, dans le district relevant de la sous-préfecture de Damakania. Elle a réuni quelque 150 participants autour des principes et du fonctionnement du GVEC.

Derrière cette démarche se trouve une conviction : pour parvenir à une autonomie véritable, les femmes doivent pouvoir compter non seulement sur les appuis extérieurs, mais également sur leur propre capacité à épargner, investir et se soutenir mutuellement.

Présente à cette formation, la vice-maire de la commune urbaine de Kindia, Hadja M’ballou Fofana, a salué une initiative qu’elle considère comme particulièrement pertinente pour les femmes de la ville.

« Nous l’avons accueillie avec beaucoup de bonheur », explique-t-elle, rappelant que sa présence à cette activité répond également à une instruction du maire, qui souhaite que la commune accompagne cette démarche.

 Pour la vice-maire, l’introduction du GVEC à Kindia constitue une évolution importante dans les mécanismes d’accompagnement des femmes.

« C’est une nouveauté pour nous d’avoir les GVEC à Kindia. Nous avons vu qu’il y a beaucoup de femmes qui sont dans les tontines et les activités génératrices de revenus, mais mobiliser des ressources et les sécuriser comme les GVEC le font, c’était une initiative que nous avons beaucoup appréciée. »

La responsable municipale insiste également sur l’importance de renforcer les compétences des bénéficiaires.

« Nous avons planifié beaucoup de formations, notamment en alphabétisation, pour leur permettre de savoir compter, de savoir écrire. C’est très important parce que les secrétaires, les trésorières et aussi les comptables doivent savoir lire et écrire », a-t-elle indiqué.

Pour elle, le rôle des élus consiste justement à identifier les difficultés des populations et à rechercher des réponses adaptées.

« Notre travail aussi, en tant qu’élu, c’est de pouvoir résoudre les problèmes des femmes. On identifie en amont, pas seulement les femmes, mais de toute la population, les problèmes en amont, proposer des solutions et le GVEC est une des solutions. »

Marie Louise Sia Feindouno : «L’autonomie financière est une nécessité »

À l’origine de cette campagne, l’honorable Marie Louise Sia Feindouno défend une approche basée sur la responsabilisation et l’autonomie.  Pour la députée et formatrice, le GVEC répond à une difficulté largement rencontrée par les femmes et les jeunes : le manque d’accès aux financements.

« La formation portait sur l’approche GVEC, c’est-à-dire le Groupement d’Épargne et de Crédit. C’est une approche qui est étroitement liée à l’autonomie financière. Elle est particulièrement adaptée et appréciée, notamment par les femmes et les jeunes, parce qu’il existe encore aujourd’hui un véritable problème d’autonomisation financière. »

Selon elle, le problème n’est toutefois pas uniquement financier. Le manque de confiance en soi constitue également un frein à l’émancipation économique.

« Les gens ont envie de participer aux prises de décision, d’occuper des postes de responsabilité, mais ils continuent à faire face à un problème de confiance en soi. Et lorsqu’on manque de confiance en soi et d’autonomie financière, même avec toute la volonté du monde, on reste souvent en retrait et on finit par se minimiser. »

D’où la nécessité, selon elle, d’encourager les bénéficiaires à prendre progressivement leur destin économique en main.

Une alternative aux difficultés d’accès au crédit

L’initiatrice de la campagne estime que les appuis institutionnels sont importants, mais qu’ils ne peuvent pas, à eux seuls, garantir une autonomie durable. « Avant de demander constamment aux autorités ou au gouvernement de nous venir en aide, il faut aussi apprendre à nous prendre en charge. »

Marie Louise Sia Feindouno rappelle que différents mécanismes d’appui peuvent être mis en place en faveur des femmes, mais que les difficultés peuvent réapparaître une fois l’aide consommée.

« À chaque fois, des subventions sont accordées et des budgets sont mobilisés en faveur des femmes. Mais après, la même routine et les mêmes difficultés reviennent », observe-t-elle.

C’est dans cette logique que le GVEC propose une autre dynamique : celle de la mobilisation interne.

« C’est justement pour cette raison que l’approche GVEC existe : elle permet aux bénéficiaires de faire une mobilisation interne à travers leur propre économie, leurs propres ressources et leurs propres contributions. Elle permet également de développer une véritable éducation financière, avec de la rigueur dans la gestion. »

Comment fonctionne le GVEC ?

Le principe repose sur la constitution de groupes de 15 à 30 personnes, voire 35, qui décident de mettre en commun une partie de leurs ressources.  Chaque membre fixe le montant de sa cotisation en fonction de ses moyens.

« Ils sont libres de choisir le montant de leur cotisation en fonction de leurs moyens. Cela peut aller, par exemple, de 50 000 à 250 000 francs guinéens par semaine », explique Marie Louise Sia Feindouno.

Pendant 52 semaines, les membres alimentent régulièrement la caisse. Après environ un mois, le groupe peut commencer à accorder des prêts à ses propres membres. Cette formule permet ainsi de créer une source de financement de proximité.

« Aujourd’hui, qu’on le dise ou non, les femmes et les jeunes rencontrent d’énormes difficultés d’accès au financement et au crédit. Lorsqu’ils sollicitent des prêts auprès des institutions financières, ils n’obtiennent pas toujours les financements souhaités. À travers le GVEC, ils peuvent donc s’accorder des prêts entre eux, à partir des sommes qu’ils ont eux-mêmes cotisées », a-t-elle expliqué.

Les intérêts générés par ces prêts bénéficient au groupe. Au terme du cycle annuel, l’épargne accumulée et les intérêts sont redistribués aux membres lors de ce qui est communément appelé la « casse de la caisse ».

Pour Marie Louise Sia Feindouno, l’objectif final n’est pas simplement de permettre aux femmes d’accumuler de l’argent. Il s’agit surtout de transformer cette épargne en investissements.

« Grâce à ces montants, certaines personnes arrivent à réaliser leurs objectifs. Il y en a qui achètent des terrains, construisent des maisons, financent leur mariage, achètent des véhicules ou développent leurs activités », explique-t-elle.

La députée veut ainsi voir émerger, à travers cette initiative, de nouvelles activités économiques portées directement par les bénéficiaires.

« Les gens ont de bonnes idées et des initiatives, mais ils sont souvent bloqués par manque de moyens financiers. À travers cette initiative, je pense que les bénéficiaires auront désormais la possibilité de mobiliser leurs propres ressources pour développer des activités génératrices de revenus et même créer de nouvelles activités. »

Elle nourrit également l’espoir de revenir à Kindia dans les prochaines années et de constater directement les résultats de la formation.

« Je serais particulièrement heureuse de revenir à Kindia dans un an ou deux et de retrouver des femmes qui se disaient autrefois très pauvres, mais qui sont désormais capables de subvenir à leurs propres besoins et de prendre en charge leurs familles et leurs enfants. C’est surtout cela que je recherche », a-t-elle précisé.

Dans les rangs des participantes, le discours semble trouver un écho favorable. M’Mahawa Keïta, membre de l’association Foulayah Langni, fait partie des premières bénéficiaires de la formation.

« Durant cette formation, nous avons retenu beaucoup de choses importantes. Nous avons compris qu’elle vise à nous aider à aller de l’avant et à mieux nous prendre en charge. Nous avons beaucoup apprécié cette formation et nous souhaitons qu’elle nous permette réellement de progresser. »

Pour elle, l’enjeu est désormais de passer de la théorie à la pratique. « L’objectif est de parvenir à nous prendre en charge. Lorsque nous allons commencer à mettre en pratique ce que nous avons appris, nous pourrons relever les différents défis. Chaque personne et chaque groupe a sa manière de fonctionner et nous ne sommes pas tous au même niveau d’avancement. C’est donc avec la pratique que nous verrons les résultats. »

Son association compte 150 membres, dont 15 hommes. Elle exprime la reconnaissance des membres à l’endroit de l’initiatrice pour cette démarche destinée à renforcer leurs capacités économiques.

« Le GVEC nous a permis de nous prendre en charge »

Autre voix, autre expérience : celle d’Elisabeth Paul Haba, membre de l’association AGIFEK et secrétaire du groupement Confiance.  Son témoignage apporte une illustration concrète des possibilités offertes par le mécanisme.

« Le GVEC est une activité que nous avons mise en place pour pouvoir nous prendre en charge. Et effectivement, Dieu a fait que nous avons réussi à nous prendre en charge. » Elle raconte notamment comment son groupement lui a permis de faire face à une importante dépense liée aux études de sa fille.

Après avoir obtenu une admission pour poursuivre ses études en Chine, sa fille devait engager plusieurs dépenses importantes. Au moment où la famille devait financer son départ, il lui manquait environ 40 millions de francs guinéens.

« Je suis donc venue voir le groupe et les membres m’ont aidée. J’ai reçu le reste de l’argent nécessaire et ma fille est partie en Chine. Cela fait maintenant sept mois qu’elle y est », témoigne-t-elle.

Mais Elisabeth Paul Haba cite également plusieurs investissements qu’elle affirme avoir réalisés grâce aux revenus générés par le GVEC.  Elle explique avoir acquis dix parcelles de bas-fonds à Kindia, qu’elle exploite actuellement pour l’agriculture.  « Cela fait presque cinq ans que je ne suis plus obligée d’acheter du riz au marché, parce que je produis moi-même une partie de ce dont j’ai besoin. »

Elle affirme également avoir acquis deux véhicules et investi dans une parcelle à Kindia grâce aux bénéfices et aux mécanismes d’épargne mis en place au sein de son groupement.

Forte de cette expérience, elle encourage les autres femmes à ne pas rester en marge.

« Je connais donc parfaitement l’importance du GVEC. C’est pourquoi, lorsque je vois quelqu’un qui reste à l’écart, je lui dis que s’il connaît réellement le fonctionnement du GVEC, il doit savoir qu’il peut en tirer beaucoup de bénéfices. »

Et son message se veut rassembleur : « En une seule année, on peut mettre en place quelque chose qui permet véritablement d’aller de l’avant. Alors, essayons de comprendre que le GVEC est là pour nous aider. Il est là pour nous permettre de nous donner la main, de nous soutenir mutuellement et d’avancer ensemble. »

De Foulaya  à Tafory jusqu’à Sambaya, une dynamique qui s’élargit

Après son lancement le mercredi 9 septembre, la campagne s’est poursuivie jusqu’au samedi 12 septembre 2026, avec notamment une étape dans le quartier de Sambaya, où plusieurs femmes ont également bénéficié de la formation.

De Foulaya à Tafory en par Sambaya, le même message est porté : l’autonomie financière ne se décrète pas, elle se construit progressivement à travers l’organisation, l’épargne, la formation et la solidarité.

Pour les autorités communales, l’initiative constitue une opportunité supplémentaire d’accompagner les femmes vers une plus grande indépendance économique. Pour l’initiatrice, elle représente un investissement sur l’avenir. Et pour les bénéficiaires, elle ouvre surtout la possibilité de transformer de petites contributions régulières en véritables moyens d’action.

À Kindia, le GVEC se présente ainsi comme bien plus qu’un simple système d’épargne. Il ambitionne de devenir un levier d’autonomisation, de solidarité et d’entrepreneuriat, capable d’aider les femmes à financer leurs projets, soutenir leurs familles et, progressivement, devenir actrices de leur propre développement économique.

Chérif Kéita, correspondant d’Africaguinee.com

À Kindia 

Créé le 14 septembre 2026 11:41

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: ,