A la découverte d’une mystérieuse grotte à Sambaya : « on sentait l’odeur des parfums d’êtres invisibles »

KINDIA-Aux fins fonds de Sambaya, dans la commune urbaine de Kindia, une colline surplombe un grand bas-fond arable dont profitent les riverains.  Au pied de la colline se cache un trésor environnemental : Une grotte millénaire jusque-là méconnue. Dans ce reportage, Africaguinee.com vous plonge dans une aventure de découverte inédite. Nous avons été guidés par Alpha Ousmane Sow, Biologiste et géologue de profession.

Parsemée de grandes fougères, la grotte est arrosée par un ruisseau naturel, au milieu d’une végétation luxuriante. Une eau douce coule tout au long du lit, en permanence. Dans la grotte, souffle un air frais dans la moiteur ambiante. Le lieu est paisible mais mystérieux. Il est difficile de connaitre l’âge de cette caverne, ni sa profondeur. Dans sa voûte, une particularité frappe le visiteur : un effet d’optique se dégage. La grotte naturelle est située dans le quartier huppé de Sambaya dans la commune urbaine de Kindia. Sur sa façade, plusieurs trous qui ressemblent à des tunnels sont visibles. Alpha Ousmane Sow professeur de Biologie et Géologie, notre guide explique.

« Depuis notre enfance, on venait ici. C’était vers les années 2000. A l’époque, l’endroit était inhabité il n’y avait que la forêt. Avec nos grands frères, nous avions l’habitude de visiter cette grotte qui ressemble au bateau Titanic. Ici ressemble à un lieu d’habitation des hommes de la préhistoire. Malheureusement cette grotte n’a pas été explorée par les scientifiques. Peut-être même, l’État n’est pas au courant de son existence.  Maintenant là, il y a eu la main des personnes qui sont venues construire sur le lieu. En plus l´érosion aussi, vous avez vu les rocheux là se détachent du plafond pour s’entasser sur le sol« , explique le géologue.

Tapissée de fougères, cette grotte cache bien des mystères. Si vous n’y entrez pas, vous avez l’impression qu’elle n’est pas profonde. Elles conservent des traces de fréquentations humaines ou animales plus ou moins anciennes. C’est pourquoi, l’exploration du milieu souterrain doit toujours être conduite avec prudence.

Dès le XIXè siècle les grottes, ont fait l’objet d’études scientifiques (géologie, hydrologie, entomologie, archéologie, etc.). Par contre, le souci de cataloguer toutes les traces humaines et animales d’une même caverne, dans le but d’en comprendre les fréquentations passées, est une démarche récente. Cette démarche dans les grottes ornées permet d’appréhender les traces « non artistiques » laissées par les Hommes. Dans le domaine de la conservation et de la protection du patrimoine, les grottes ornées représentent un cas très particulier. Celles-ci sont en effet à la fois des monuments, des sites archéologiques et des éléments du paysage naturel, constituant des écosystèmes complexes en relation étroite avec leur environnement extérieur. Cette grotte de Sambaya est encore « vierge », n’ayant pas encore été explorée par des scientifiques. De nos jours, elle est menacée par les activités anthropiques de l’Homme.

« Cette grotte est menacée suite à l’érosion et l´humidité qui ne sont pas bonne. Et surtout les latrines qu’ils ont mises en haut de la grotte et avec les eaux de ruissellement pendant la saison pluvieuse détachent les roches. L’État devrait délimiter cette partie pour éviter une catastrophe. Malheureusement la population est en avance, elle construit des bâtiments. Pourtant, ce site devrait être une source de recherche pour l’État guinéen. L’État guinéen doit inviter les scientifiques à venir faire l’exploration de cet endroit pour percer les mystères qu’elles cachent. Notamment les vestiges préhistoriques« , explique notre guide.

La Guinée possède un patrimoine naturel et culturel souterrain riche. Exceptionnel, celui-ci permet donc de voyager dans le temps dans des décors naturels uniques. Cette partie de Sambaya, séparée par le bas-fond du quartier Dars-es-Salam fait l’objet de visites et les activités fleurissent.

« Les gens des quartiers environnants viennent y visiter parfois. Quand on venait ici tout petit, il y avait un vieux qui travaillait dans ce bas-fond.  C’est lui qui était le guide ici, quand on venait, il nous accompagnait et nous disait de ne pas dépasser cette partie. C’est cette tête de source qui alimente ce grand bas-fond. Bon la seule chose que moi je demande à l’État, c’est de mettre en place un collectif de scientifiques pour pouvoir répertorier tous ces sites. Les bas-fonds là sont les récupérateurs naturels que l’on doit protéger. C’est l’un des plus grands bas-fonds à Sambaya.  »

Mohamed Lamine Camara, citoyen habitant de Solia dans le quartier Dars-es-Salam vit d’agriculture qu’il a héritée de ses parents. De nos jours, il explique que le bas-fond n’est plus fertile, à cause des constructions anarchiques.  Ce paysan tire la sonnette d’alarme.

« Nous sommes nés et avons trouvé ce bas-fond. Ce sont nos parents et arrières parents qui faisaient l’agriculture ici. Mais aujourd’hui mon père n’est plus, nous aussi nous continuons sur ses traces. Nous cultivons du riz, du concombre, de la tomate, de l’aubergine, du manioc, de la patate etc… Seulement, aujourd’hui nous sommes inquiets. Les maisons que vous voyez comme ça sur la colline, auparavant depuis que nous étions petits là où vous êtes arrêté comme ça, vous seriez submergé par la boue mais aujourd’hui c’est vous qui êtes arrêté là-bas dans la poussière. Cette situation s’explique par la construction des maisons sur la colline avec l’ouverture des canaux d’évacuation des déchets. Chose qui est une inquiétude totale pour nous paysans. »

Cette grotte qui surplombe ce grand bas-fond dans la localité de Solia dans le quartier Dars-es-Salam est d’une grande importance pour l’amélioration des cultures maraichères. Non seulement l’eau qui sortait à l’embouchure de la grotte était consommable mais par l’effet de l’être humain, elle a tendance à être polluée. Selon cet agriculteur, il y a un tunnel dans cette grotte qui mène jusqu’à Sèguêyah. Selon lui, il servait de route pour les anciens occupants du lieu.

« Cette grotte a une très grande importance pour nous. Au temps de nos parents, l’eau qui coulait était consommable sans crainte. Nous n’avions pas besoin d’aller chercher de l’eau à la maison, mais actuellement cette eau est polluée. Donc, nous sommes obligés d’aller chercher de l’eau à la maison pour boire. La qualité de l’eau a beaucoup diminué à cause de l’effondrement de certaines parties de cette colline et le sable vient boucher certains trous.

Nos arrières parents nous avaient fait croire que dans cette grotte, il y a un tunnel qui part jusqu’à Sèguêyah qui servait de route pour eux pendant les batailles de conquête de territoire. Dans cette grotte, il y a plusieurs tunnels. Pendant la période précoloniale nos ancêtres venaient ici pour se cacher. La tête de ce tunnel se trouve à Sèguêyah d´après eux« , explique M. Camara.

Ce lieu étant réputé mystérieux, à chaque moment les instructions sont données aux gens qui viennent visiter ce lieu. Dans les temps, ils étaient contraints de cesser les activités les jeudis et vendredis à partir de 12h.

 » Ici est un lieu entouré de mystères. Dans les temps reculés, on cessait les activités à midi les jeudis et vendredis, même moi je l’ai vécu. Parce que des êtres invisibles sont là. Ces êtres sont considérés par nous comme des musulmans dans cette grotte, et pourquoi je dis ça ? Parce que les vendredis à partir de 12h vous ressentez l’odeur des parfums qui vous pousse à cesser les activités et rentrer à la maison. Nous avons constaté ça depuis notre enfance. Mais aujourd’hui avec la destruction de cette forêt nous ne voyons plus ces signes.  »

Ce paysan lance un appel à l’endroit de ceux qui construisent des maisons sur cette colline et invite l´État à préserver cette zone. « Nous demandons à ceux qui ont construit sur cette colline de désorienter les canaux d’évacuation des déchets pour ne pas détruire ce bas-fond qui est un bijou précieux pour nous. Nous sommes pauvres donc c’est ici que nous gagnons quoi à mettre sous la dent. La flore et la faune sont détruites par ceux qui ont construit. C’est un lieu que l’État doit préserver.  »

Notre guide tout au long de notre trajet a remarqué des sédiments dans le bas-fond, qui ont été provoqués par l’érosion et qui constituent une menace pour les cultures dans ce domaine cultivable. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs, il interpelle l´État guinéen à prendre ses responsabilités en sauvegardant ce bijou précieux.

« C’est un dépôt sédimentaire. On appelle ici le lieu de sédimentation. Maintenant quand le cours d’eau tarie, elle laisse le sable et on obtient une roche sédimentaire. Cette couche de sable aspire beaucoup d’eau, c’est ce qui fait qu’il y a une diminution de rendement des produits parce que le sable ne contient pas d’engrais et il aspire beaucoup d’eau. Donc, il faut enrichir le sol pour qu’il puisse avoir un rendement. Quand le dépôt sédimentaire de ce type continue, on risque de perdre le bas-fond. Ce sont eux les riverains qui vont payer le prix. Imaginez à la longue si le bas-fond ne travaille plus comment ces gens-là vont vivre parce qu’ils n’ont pas un autre métier à part l’agriculture. C’est un héritage laissé par leurs parents.  »

Dans cette localité, plusieurs monuments non des moindres inexplorés s’y trouvent. Dans la prochaine livraison nous allons découvrir un lieu qui ressemble au bateau Titanic et la statuette de Ramsès 2.

Un reportage à Kindia par Chérif Keita

Correspondant régional d’Africaguinee.com 

Créé le 5 février 2025 12:58

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