Kamsar : à la découverte des femmes Baga, gardiennes d’une pêche ancestrale en péril
KAMSAR- Dans les districts de Katongoro et Kabogossy, situés dans la sous-préfecture de Kamsar, préfecture de Boké, les communautés locales perpétuent une technique de pêche ancestrale transmise de génération en génération. Ici, tout repose sur un ingénieux système de canaux creusés à la main par les ancêtres, permettant de contrôler le niveau de l’eau et de piéger les poissons à l’aide de ponts en béton, notamment dans les canaux de Missira et Kabogossy.
À Katongoro, un village situé à environ 12 kilomètres du centre de Kamsar, la vie quotidienne reste fortement marquée par l’utilisation de moyens rudimentaires. M. Daouda Mouloumba Camara, président du district, dresse un tableau préoccupant des réalités locales .

« Nous pratiquons tout avec des moyens rudimentaires, comme nos grands-parents. Tout se fait à la main. Nous rencontrons des difficultés dans tous les domaines, routes, santé, équipements de pêche… Rien ne va. Si ton filet est endommagé, tu es obligé de te tourner vers d’autres activités pour en acheter un autre. »
Sur le plan sanitaire, les populations sont confrontées à un manque criard d’infrastructures. Le centre de santé le plus proche se trouve à Nériboungni, à environ 2 kilomètres. Une distance insuffisante, selon les autorités, pour la construction d’un nouveau centre à Katongoro.

« En cas d’accouchement compliqué, il faut se rendre à Kamsar, à plus de 13 kilomètres. La nuit, il est très difficile de trouver un véhicule dans notre village », ajoute-t-il.
Le district de Katongoro est composé de quatre secteurs, Kountangala, Kondéyiré, Kaoutély et Katongoro centre. Dans ces localités majoritairement habitées par la communauté Baga, les principales activités restent l’agriculture et la pêche.
Parmi les figures emblématiques de cette activité, Assanatou Soumah, pêcheuse, exprime sa fierté malgré les difficultés.

« Ce métier, nous l’avons hérité de nos ancêtres. Nous sommes nées et avons grandi dans cette activité. Aujourd’hui encore, nous sommes fières de pratiquer la pêche. Elle nous permet de scolariser nos enfants et de subvenir à nos besoins. »

Elle décrit également le rôle central des femmes dans cette activité . « Lorsque les hommes bloquent le pont, nous, les femmes, descendons dans l’eau pour pêcher avec nos paniers. À la fin de la journée, une partie est destinée à la consommation familiale et l’autre à la vente. »

Cependant, l’activité reste fortement dépendante des saisons. Pendant la saison sèche, la pêche est abondante, contrairement à la saison des pluies où les infrastructures, notamment les ponts, deviennent difficilement exploitables.
« Nous demandons à l’État et aux personnes de bonne volonté de nous aider à réparer les ponts afin d’améliorer nos conditions de travail », plaide-t-elle.

Entre héritage culturel et lutte quotidienne pour la survie, les femmes Baga de Kamsar continuent de faire vivre une tradition séculaire, malgré un manque de soutien et d’infrastructures.

De retour de Kamsar Oumar Sory Camara
Correspondant régional d’Africaguinee.com
À Boké
Créé le 13 avril 2026 08:02









