Guinée/ Épargne privée : Faut-il craindre le nouvel emprunt d’État de 2 500 milliards GNF ?

CONAKRY– L’État guinéen a officiellement lancé un nouvel Emprunt Obligataire par Appel Public à l’Épargne (APE 2026) pour un montant de 2 500 milliards de francs guinéens (GNF). Destinée, selon les autorités, à financer des « investissements stratégiques et prioritaires au service du développement de la Guinée », cette opération suscite des réactions au sein des observateurs économiques.

L’argument de la souveraineté financière

S’exprimant sur l’opportunité de cet APE 2026, lancé le 25 septembre dernier, le Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), le Dr Karamo Kaba, avait mis en avant une stratégie visant à transformer l’épargne nationale en investissements structurants tout en sécurisant les finances publiques.

« Choisir d’emprunter en franc guinéen protège nos finances publiques contre les risques de change liés aux devises étrangères. Avec une inflation maîtrisée, ce taux de 11 % offre aux souscripteurs un rendement réel net très positif, garanti par la signature souveraine de l’État », a-t-il affirmé.

L’ombre de l’emprunt de 2023

Un enthousiasme loin d’être partagé par Mamadou Bah Baadiko. S’exprimant en sa double qualité d’expert-comptable, économiste ayant une expérience d’audit sur les emprunts d’État en Afrique, ce dernier dresse un parallèle critique avec le précédent emprunt lancé en octobre 2023.

M. Bah Baadiko rappelle que le précédent emprunt s’élevait à 5 000 milliards GNF sollicités auprès des banques. Pour lui, la nuance majeure de l’opération 2026 réside dans la cible visée.

« La différence entre le premier emprunt forcé de 5 000 milliards auprès des banques et l’actuel de 2 500 milliards, est que ce dernier s’adresse à l’épargne privée et non aux banques », explique-t-il, avant de pointer ce qu’il considère comme une constante inquiétante :

« La destination officielle des deux emprunts est toujours aussi vague : « besoin de financement d’urgence pour les infrastructures prioritaires » pour le premier et « financer des investissements stratégiques » pour le second. Les deux opérations ont en commun la destination inconnue des fonds recueillis ».

Selon Mariama Ciré Sylla, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, cette opération s’inscrit pourtant dans la stratégie de financement du programme Simandou 2040, qui prévoit d’importants investissements dans les infrastructures, l’éducation, la santé, l’agriculture et d’autres secteurs prioritaires.

Une crise de liquidités anticipée dès 2023 ?

Rappelant l’analyse critique publiée dans nos colonnes le 7 octobre 2023 lors du premier emprunt, l’économiste Baadiko estime que les alertes de l’époque sur le “siphonage” des liquidités se sont concrétisées par la crise bancaire qui a frappé le pays il y a quelques mois.

« Les craintes que nous avions exprimées sur les risques économiques et financiers de l’opération se sont réalisées, notamment la grave crise de liquidités (…). En plus, vous avez vu que dans l’intervalle, la banque française, la Société Générale, réputée très sérieuse, a quitté la Guinée », analyse M. Bah Baadiko.

Le défi de la transparence et de la reddition de comptes

Au-delà de l’impact sur le secteur financier domestique, l’ancien député de la 9ème législature remet en question la gouvernance globale des deniers publics et regrette l’absence de comptes rendus détaillés sur l’utilisation de ces ressources qui, selon lui, coûtent chère en intérêts au Trésor public, faute de lois de règlement.

« Les mêmes causes produiront à coup sûr les mêmes effets[…]. Nous n’avons jamais eu depuis l’époque de nouvelles d’une loi de règlement sur la gestion des deniers publics », regrette M. Baadiko.

Élargissant son analyse aux choix monétaires du pays, le président de l’ex formation politique dissoute (UFD) illustre ce qu’il qualifie d’incohérence par le refus de la Guinée d’intégrer la monnaie unique régionale de la CEDEAO, l’ÉCO :

« Avec une monnaie unique, les États membres sont tenus à la rigueur et à la transparence. Le manque de transparence de la gestion des finances publiques et de la Banque Centrale a son coût pour le développement économique et social pour le peuple travailleur. »

À en croire la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, au-delà des recettes fiscales et douanières, en hausse de près de 50 % entre 2024 et 2025 selon elle, le gouvernement entend davantage mobiliser l’épargne nationale. Dans le cadre de ce nouveau programme d’emprunt, les banques locales, les particuliers guinéens, la diaspora et les entreprises peuvent tous y participer, a indiqué Mariama Ciré Sylla.

Dossier à suivre !

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 6 octobre 2026 08:39

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