Environnement : Clap de fin pour le projet PRONAD à Timbi-Madina, un bilan jugé « concluant »

TIMBI-MADINA – Ils sont plus de 50 participants, venus de sept communes rurales, à s’être réunis à Timbi-Madina pour l’atelier bilan du projet « Protéger la nature est notre devoir » (PRONAD). Autorités locales, éleveurs, agriculteurs, briquetiers et apiculteurs ont ainsi passé en revue trois années d’actions intenses en faveur de l’environnement dans le Fouta Djallon.

Lancé en 2023 par la Fédération des Paysans du Fouta Djallon (FPFD) et cofinancé par l’Agence Française de Développement (AFD) et le CCFD-Terre Solidaire, ce projet visait à renforcer la résilience de sept sous-bassins versants. À travers des aménagements techniques, des sensibilisations et la mise en place de cadres de concertation sur la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE), le PRONAD — qui s’achève ce mois de février 2026 — laisse derrière lui un héritage de changement social et technique. Pour faciliter l’appropriation par les populations à la base, l’intitulé du projet a été traduit en langue locale : « Hiwen Buruure Nden No Farlii En ».

Une gestion concertée de l’or bleu

Barry Mamadou Diawo, responsable administratif du projet au sein de la FPFD, affiche sa satisfaction. Pour lui, le PRONAD a réussi à instaurer un dialogue inédit entre les différents usagers de l’eau :

« On peut dire que les résultats sont concluants mais c’est un projet pilote. Nous avons enclenché un processus que nous espérons continuer les années à venir. Tout au long de l’exécution et de la mise en œuvre de ce projet ; nous avons tiré des leçons énormes. Le projet est piloté par des expatriés sous le pilotage de la fédération. Mais les communes sont les porteurs ; il y a eu des avancées. Avant on travaillait avec les producteurs agricoles exclusivement mais dans ce projet PRONAD nous avons eu à travailler avec les usagers de l’eau. Les briquetiers, les éleveurs, les agriculteurs toutes les personnes notamment dans les sous-bassins dont le travail de base utilise de l’eau.

Les communes nous ont accompagné pour faciliter les concertations. Chaque usager avait besoin de l’eau donc il fallait quelqu’un comme arbitre pour que les ressources en eau soient utilisées de facon efficientes. Je suis fier que ce projet termine ainsi avec la satisfaction de tous les acteurs. La question d’eau devient cruciale d’où l’implication des communes. Au cas où nous aurons les moyens de continuer le projet, ça sera plus facile parce qu’ils sont initiés. »

Faire face au dérèglement climatique

L’appui technique de l’IRD et du Gret a été crucial pour adapter les pratiques locales aux nouvelles réalités climatiques. Guillaume, expert en changement climatique pour le Gret, revient sur l’importance de l’inclusion :

« Le climat change à cause des activités humaines partout dans le monde. La Guinée notamment et Fouta Djallon ont subi des impacts. Des saisons des pluies plus courtes mais plus intenses qui entrainent des périodes de sècheresses, d’inondations. Donc un ensemble d’éléments climatiques qui vont impacter la vie et des activités économiques du Fouta. Et aujourd’hui ce sont les acteurs qui ont le plus de connaissances, plus de pouvoir qui vont spontanément s’adapter. L’enjeu c’est d’essayer de trouver collectivement des solutions avec l’implication de tous sans qu’il n’ait des personnes lésées ou qui deviennent plus vulnérables parce qu’elles n’avaient pas le pouvoir ou la connaissance de s’adapter par leurs propres moyens.

Donc l’objectif du projet, c’est de mettre en place des cadres de concertations pour faire face au changement climatique jusqu’à la fin du siècle. J’ai visité Konah dans Tougué j’ai eu un regard sur le cours d’eau suivi d’échanges avec les usagers de l’eau. Ils ont initié des cotisations 1000gnf par mois pour faire des actions de nettoyage, de curage de cours d’eau ; nous voyons qu’ils sont sur le chemin de sensibilisation et de concertation qui perdurent dans le temps », a-t-il lancé.

Des changements concrets sur le terrain

Sur le terrain, les comportements évoluent. Amadou Souaré, référent GIRE pour le projet, note une réelle appropriation des techniques agroécologiques :

« C’est un atelier où tous les usagers de l’eau sont invités et les responsables locaux au niveau des 7 sous-bassins versants que le projet a couvert. Les acteurs sont venus témoigner de l’ensemble des activités réalisées dans le sens de la protection de l’environnement et de la gestion intégrée des ressources en eau dans leurs localités respectives en tenant effectivement compte des enjeux liés au changement climatique dans chaque type d’activités que les usagers réalisent sur place. Les commentaires et les participants démontrent parfaitement du niveau élevé de compréhension et de l’intérêt accordés au projet.

Moi, étant acteur sur le terrain j’ai senti un certain nombre de changement de comportements et de changement. Par exemple l’utilisation de certaines pratiques agricoles comme modèle d’adaptions aux effets du changement climatiques. Les gens ont un certain nombre de maitrises sur des techniques agricoles. Introduire l’agroécologie comme moyen d’adaptation, ça c’est nouveau, ensuite les activités comme le curage des rivières, l’installation des cordons antiérosif, des réunions collectives entre usagers sont tous des changements qu’on constate après l’intervention du projet PRONAD au niveau des sous-bassins. »

Fin des conflits et alphabétisation

À Sigon (Mali), les résultats sont palpables, tant sur le plan environnemental que social. Ataoulaye Diallo, président de l’Union des agriculteurs de la localité, témoigne de la renaissance de certains cours d’eau et de l’apaisement des tensions sociales :

« Je suis certains que les initiateurs ont bien réfléchi pour mettre ce projet en place en tenant compte du besoin urgent et nécessaire des populations. L’agriculture, l’élevage et toute autre activité dépend de la bonne santé de l’environnement et de ses ressources naturelles. Le projet s’appelle pratiquement ‘’PROTEGER LA NATURE EST DE NOTRE DEVOIR’’. Au fond du projet environnemental on vise la réservation de l’eau qui diminue considérablement. Avec les échanges nous avons sauvé une partie d’un cours d’eau à Doghel Sigon. Il fut un moment, la rivière disparaissait mais avec la technique de nettoyage et de curage, une quantité importante d’eau est revenue et nous l’utilisons comme il le faut. C’est un essai réussi. Il y a un aspect important aussi dans notre zone, le domaine agricole partagé, c’était régulièrement des conflits entre éleveurs et agriculteurs, mais depuis que le projet a clôturé l’espace, les producteurs ont travaillé toute la saison sans que les vaches ne détruisent quelques choses.

La cohabitation est devenue normale, des puits ont aussi été creusés pour appuyer les producteurs tout ça est des avantages de la communauté. Trois centres d’alphabétisation ont été mis en place, chaque centre a accueilli 15 personnes soit 45 pour les 3 centres. Toutes ces personnes savent lire et écrire aujourd’hui, elles peuvent utiliser un téléphone sans problème. Je peux dire que le projet a changé positivement les choses chez nous ; donc vivement la continuité. »

Un plaidoyer pour la pérennisation

À Konah (Tougué), le président de la délégation spéciale, Abdoul Karim Baldé, se dit marqué par l’impact du reboisement sur la protection des berges. Il appelle de ses vœux une seconde phase :

« Le projet PRONAD est à saluer. Nous souhaitons un prolongement à travers une autre phase. Pendant 3 ans le projet travaille dans notre commune rurale notamment dans le cadre de la protection de l’environnement jusqu’à la gestion de l’eau. C’est dans un environnement saint qu’on parle de ressources en eau. Le reboisement nous avons été suffisamment appuyé par le projet, des arbres ont été plantés partout. Il a œuvré aussi pour la préservation des rivières. Aujourd’hui à bien d’endroits les rivières sont exposées parce que les arbres qui couvrent les cours d’eau sont coupés. Mais à Konah avec le projet nous avons réussi à recouvrir les rivières d’arbres dans le cadre de la protection des cours d’eau. Ce que le projet a fait pour nous ce sont des acquis que nous allons perpétuer. Mais nous souhaitons que le projet continue aussi pour élargir son appui. Nous avons été outillés pour mieux protéger la nature à travers des formations. »

Après cette étape locale, le projet PRONAD tiendra son atelier bilan institutionnel à Conakry, ce jeudi 12 février 2026, pour présenter ces acquis aux décideurs nationaux.

 

Alpha Ousmane BAH

Pour Africaguinee.com

Créé le 12 février 2026 16:16

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