Eau, racines, feuilles qui guérissent : Vers la béatification de Gobouya-za…
NZEREKORE-Perdue au fin fond de la Guinée forestière, la forêt de Kabiéta située dans la sous-préfecture de Womey, n’est pas une forêt comme les autres. Ici, chaque arbre, chaque goutte d’eau, chaque portion de terre porte une mémoire : celle du sang versé par Gobouya-za, le premier martyr chrétien guinéen.

Ligoté par ses propres frères pour avoir refusé de renier sa foi. Il a préféré se faire tuer plutôt que de tourner le dos au Christ. Réputée pour ses racines, ses feuilles et son eau aux vertus thérapeutiques, la sacrée forêt de Kabiéta reste aujourd’hui l’un des lieux les plus marquants de la vie spirituelle dans le diocèse de Nzérékoré.

« Le mot martyr vient du grec martiros qui signifie témoin. Être martyr, c’est rendre témoignage à sa foi, au prix même de sa vie. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ce qu’on aime. Gobouya-za a aimé le Christ. Son sang est devenu baptême, sa mort une semence de foi », rappelle le Père Tamba Joseph Tolno, curé de Samoé et président de la commission historique pour la béatification de Gobouya-za.
Quand la forêt devient un sanctuaire
Depuis ce « sacrifice », la forêt de Kabiéta est entrée dans l’histoire. En 1974, sous l’impulsion de Monseigneur Raphaël Kpakilé Théa, le premier pèlerinage officiel y est organisé. À peine 500 fidèles au départ… très vite, les foules affluent.
« Après ma formation au Burkina Faso, je suis rentrée en novembre 1971. Trois années plus tard, on a commencé le pèlerinage à Kabieta. Le premier c’était du 4 au 5 mai 1974. Malheureusement à cause du décès d’une de mes aspirantes, je n’ai pas pu aller. En 1975, j’ai commencé à marcher avec des choristes depuis Gouécké jusqu’à la forêt. C’était rude, la route impraticable, mais nous y allions avec ferveur », se souvient la sœur Marie Virginie Kolié, l’une des pionnières du pèlerinage.

Au fil des années, les chiffres ont explosé : 6.000, 10.000, parfois 12.000 pèlerins. Ils viennent de toute la Guinée, mais aussi du Liberia et de Côte d’Ivoire. Tous veulent prier sur ce sol sanctifié.
Des racines, feuilles, de l’eau, de la terre… et des miracles
À Kabiéta, la foi se mêle au mystère. Les fidèles ne repartent jamais les mains vides : feuilles cueillies dans la forêt, eau puisée aux sources, kaolin de la terre et des racines ; beaucoup témoignent de guérisons. Pour les pèlerins, tout ce qui se trouve à Kabieta, les arbres, la terre, l’eau porte la marque de la sainteté.
Des fidèles cueillent des feuilles, ramassent du kaolin ou puisent de l’eau, convaincus que ces éléments deviennent des moyens de guérison spirituelle et physique. Des témoignages abondent, à l’image de cet homme qui, souffrant de mal au ventre. Il a recouvré la santé après avoir bu une préparation à base de feuilles et de kaolin du lieu saint.

« Les chrétiens disent déjà que ce lieu est saint. Donc tout ce qui se trouve dans ce lieu est déjà sanctifié par le sang de Gobouya-za. Tout ce qui pousse maintenant dans cette forêt que ce soit les arbres, la terre, l’eau, tout est déjà sanctifié par le sang du martyr. Cela veut dire qu’à travers tout ce qui se trouve là-bas, on peut avoir la guérison. C’est pourquoi chacun se dit qu’il ne suffit seulement que je touche à un objet ou un arbre de ce lieu, je serai guéri comme cette pauvre dame dans les évangiles qui court par derrière et qui dit si je touche seulement la frange de manteau de Jésus, je serai guérie. Et c’est ce qui a été. Effectivement nous avons des témoignages de gens. Il y a un monsieur qui dit qu’avant d’aller au lieu de Gobouya-za, il avait des troubles au niveau du ventre, quand il est venu, il a pris les feuilles de ce lieu, il a mélangé au kaolin avec l’eau, quand il a bu, son mal a cessé », indique le Père Tamba Joseph Tolno.

Les témoignages de guérisons et de grâces sont multiples. Des femmes stériles affirment avoir conçu après avoir imploré Gobouya-za. D’autres parlent de champs miraculeusement préservés par son intercession.
La sœur Marie Virginie Kolié cite notamment le cas de Noran de Kéréma, dont le champ trempé par la pluie a pris feu après son invocation à Gobouya-za, un fait interprété comme un signe divin.
« Au fur et à mesure qu’on priait Gobouya-za, il faisait des faveurs. Il y avait des miracles. Surtout celui de Noran de Kerema, il avait fait un champ. Pendant qu’il faisait l’écobuage, il pleuvait. Il a invoqué Gobouya-za, la pluie a cessé, mais déjà tout le champ était trempé d’eaux parce qu’il y avait une forte pluie. Il a essayé d’allumer le feu et le feu a pris ça dépasse même le champ, c’est entrer dans la forêt. Il a fait le témoignage une année au pèlerinage. Il y a eu beaucoup de femmes qui ont eu des enfants grâce à Gobouya-za.

Il y a des femmes venues de Yomou, d’un peu partout, qui ont fait 10, 15 ans au foyer sans enfants. Elles sont venues à ce pèlerinage de Gobouya-za, elles ont prié et ont eu des enfants. Surtout ces derniers temps-là, la petite sœur de Monique a fait plusieurs foyers sans enfants. Sa grande sœur est allée prier Gobouya-za pour demander d’aider sa sœur à avoir un enfant. Un mois après, la fille a conçu une grossesse et elle a fait 4 enfants. Ce sont des témoignages authentiques. Et chaque année, il y a beaucoup de témoignages. Il y a un registre qui contient toutes ces faveurs, tous ces miracles », soutient Sœur Marie Virginie Kolié, de la congrégation des servantes de Marie vierge mère, du diocèse de Nzérékoré, l’aîné de toutes les religieuses du diocèse et la mère déléguée.

Chemin vers la béatification de Gobouya-za
Cette étape a consisté à rassembler toutes les sources disponibles sur la vie et le martyr de Gobouya-za. Suivra l’examen des témoignages, notamment ceux de fidèles affirmant avoir bénéficié de son intercession. Ces documents seront ensuite soumis à des experts, historiens et théologiens du Vatican, qui détermineront leur authenticité.
Aujourd’hui, Gobouya-za n’est plus seulement un souvenir populaire. Il est officiellement reconnu comme « serviteur de Dieu », première étape vers la béatification. La reconnaissance officielle de Gobouya-za comme saint suit un processus rigoureux.
‘’La béatification est la première étape de la canonisation. La canonisation est le fait qu’il soit déclaré d’un saint. Et un saint est celui qui voit Dieu pour nous face à face, il est maintenant dans la vision béatifique. Il est avec Dieu, il est censé intercéder pour nous’’, rappelle le Père Tolno.

Une commission historique, mise en place en février 2024, a déjà transmis un premier dossier à Rome en juin de la même année.
« Nous avons reçu des milliers de récits, surtout liés à la maternité. Certaines femmes, après avoir prié Gobouya-za, ont conçu après dix ou quinze ans de mariage. Notre rôle est de vérifier l’authenticité et d’envoyer à Rome ce qui résiste à l’examen. C’est après tout ça qu’ils vont sortir un décret de la béatification du serviteur de Dieu. A partir du moment où la procédure est engagée, on ne dit plus Gobouya-za mais on dit « le serviteur de Dieu Gobouya-za », explique le Père Tolno.

Le pèlerinage de Kabiéta, les miracles rapportés et la ferveur des fidèles constituent une étape importante dans le processus de béatification de Gobouya-za, considéré comme l’un des plus grands martyrs de la foi chrétienne en Guinée.
Pour Sœur Marie Virginie, témoin privilégiée de cette histoire, la mémoire de Gobouya-za est plus vivante que jamais :
« Sa sœur biologique, Marie Madeleine, a été baptisée deux ou trois ans après les premiers pèlerinages. J’ai eu la grâce de la connaître avant son décès. Ce lien familial et spirituel renforce encore la légitimité de la cause de Gobouya-za. »

Si le processus aboutit, Gobouya-za deviendra le premier saint guinéen. Et Kabiéta, déjà haut lieu spirituel, pourrait devenir un centre de pèlerinage international.
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière.
Tél : (00224) 628 80 17 43
Créé le 30 septembre 2025 12:37









