Dr Zoutomou Kpoghomou : « Le référendum a été organisé pour plébisciter un homme »
CONAKRY- Au lendemain de l’annonce des résultats du scrutin référendaire du 21 septembre en Guinée, les critiques fusent de toutes parts dans les rangs de l’opposition. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, Dr Edouard Zoutomou Kpoghomou, président de l’UDRP (Union pour la Démocratie et le Renouveau en Guinée), tire à boulets rouges sur l’ensemble du processus, affirmant qu’il est vidé de son sens démocratique et visait à « plébisciter un candidat ». Il accuse les autorités de transition d’avoir détourné l’objectif du référendum pour servir des intérêts partisans.
AFRICAGUINEE.COM : Comment avez-vous suivi le déroulement du scrutin référendaire du 21 septembre dernier ?
Dr Edouard Zoutomou Kpoghomou : Ma formation politique et la coalition à laquelle nous appartenons avons boycotté ce processus référendaire. Nous avons dénoncé dès le départ le fait que le référendum a été assimilé à une campagne de publicité pour un candidat plutôt qu’à une vulgarisation objective d’un projet de Constitution.
Une Constitution n’est pas censée servir la cause d’un homme ou d’un clan ; elle doit régler les problèmes de la nation. Ce projet a été élaboré de façon unilatérale, sans prendre en compte les amendements et l’enrichissement qui auraient pu être apportés par l’opposition et les autres forces vives. Cela ne nous a pas surpris, car c’est la façon de faire observée depuis la mise en place de la charte de transition et du CNT, tous décidés de manière unilatérale.
Les autorités ont balayé du revers de la main nos demandes visant à garantir la transparence et l’indépendance du processus, notamment en confiant la supervision à un organe neutre. Cela montrait une volonté de « caporaliser » le processus.
Irrégularités dans la préparation du scrutin
La préparation a été entachée d’irrégularités flagrantes, notamment dans l’envoi des kits de recensement. Nous avons constaté une distribution biaisée et disparate, avec beaucoup plus de kits envoyés dans certaines régions (comme la Haute Guinée, par exemple à Mandiana) que dans d’autres (comme la Guinée Forestière, notamment N’zérékoré). C’était une tentative de tri pour impacter le vote en gonflant les chiffres dans les zones considérées comme favorables. À Mandiana, nous avons même dénoncé la transformation de concessions en quartiers.
De plus, le recensement lui-même n’était pas exhaustif. Les chiffres avancés pour la diaspora sont totalement invraisemblables : seulement 160 000 recensés, alors que des pays comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire abritent des millions de Guinéens. C’est une claire tentative de compression des chiffres pour obtenir le résultat souhaité.
La campagne a été menée par toute l’administration et le gouvernement en quarantaine, empêchant toute voix dissidente de s’exprimer et créant une situation où il n’y avait pas d’opposition pour présenter un point de vue contraire. Pendant ce temps, des fonds considérables ont été dépensés, non pour évaluer le projet, mais pour annoncer la candidature du général (les effigies du général étant omniprésentes).
Votre appel au boycott n’a pas semblé suivi, au vu des résultats publiés par le MATD et la DGE. Qu’en dites-vous ?
Je ne suis pas d’accord avec cette conclusion. Les chiffres avancés sont ceux pour lesquels les élections ont été dirigées. Lorsque l’on sait qu’on obtiendra un score élevé dans certaines zones, on y concentre tous les efforts.
Nous sommes dans un pays où les achats de conscience sont faits à ciel ouvert. Nous avons des preuves de distribution d’argent et de documents pour inciter à bourrer les urnes de « OUI ». Des fonctionnaires ont même reçu l’ordre de ne pas avoir plus de 5 bulletins « NON » dans leurs lots. Il est évident que les chiffres sont artificiellement gonflés.
Nous ne sommes pas étonnés des résultats, car c’est exactement ce qui était préparé depuis la prise du pouvoir par le CNRD. La création d’une Direction Générale des Élections (DGE) visait d’ailleurs à empêcher un regard transparent et neutre sur le processus.
La mission d’observation de la CEDEAO et de l’Union africaine ont pourtant affirmé que le processus s’est bien déroulé. Qu’en dites-vous ?
Nous avons une mauvaise expérience avec la corruption qui gangrène ces organisations. La CEDEAO est arrivée sur place la veille du scrutin. Il est logistiquement impossible qu’elle ait pu déployer des observateurs crédibles dans tous les recoins du pays, vu l’état des infrastructures routières. Leurs déclarations sont de simples formalités pour produire un rapport. Ces organisations semblent parfois là pour entériner ce que le pouvoir en place veut faire, au mépris du service dû au peuple. Il y a eu des villages entiers sans électeurs. Des résultats incroyables comme l’échec à 100 % de l’opposant Dr Faya dans son propre village montrent le manque de sérieux. Personne ne peut prendre ces résultats au sérieux.
Comment comprenez-vous la déclaration de la Secrétaire Générale de la francophonie qui dit « qu’elle n’attend pas la perfection du système guinéen » ?
C’est un aveu d’impuissance et un manque de sérieux. On ne demande pas la perfection, mais le respect des règles fondamentales. On ne peut pas rester dans un bureau à Paris et déterminer ce qui s’est passé dans un petit village de l’intérieur de la Guinée.
Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 26 septembre 2025 16:28Nous vous proposons aussi
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