Dr Zotomou: « l’ANAD ne disparaîtra pas… »

CONAKRY – L’Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratie (ANAD) vient d’enregistrer le départ du parti RPR de Diabaty Doré. Cette démission survient alors que l’UFDG, l’un des piliers de la coalition, est suspendue pour 90 jours. Comment l’Alliance de l’ancien Premier ministre réagit-elle à ces secousses ? L’ANAD peut-elle résister malgré la sanction frappant son parti phare ? Dr Edouard Zotomou Kpoghomou, président de l’UDRP et vice-président de l’ANAD, répond à nos questions.

AFRICAGUINEE.COM : Ce dimanche, Diabaty Doré, président du RPR, a annoncé la démission de votre coalition politique, l’ANAD. Quelle est votre réaction ?

Dr EDOUARD ZOTOMOU KPOGHOMOU : Écoutez, nous savons que nous avons une structure relativement flexible au niveau de l’ANAD. Les partis ont gardé leur autonomie, ou du moins l’autonomie de leur fonctionnement. Donc, aucun choix n’est imposé à qui que ce soit.

Nous l’avons appris, certains avant d’autres, et ensemble nous avons effectivement souhaité bonne chance au président Diabaty et à sa formation politique. C’est une coalition : chacun reste libre d’apprécier ses intérêts. Si le RPR estime que ses intérêts ne sont plus garantis au sein de l’ANAD et choisit de partir, nous ne pouvons que prendre acte.

Des leaders de l'ANAD

Encore une fois, nous n’avons fait que souhaiter à leur structure un bon départ et une bonne continuation dans leur démarche politique, quelle qu’elle soit.

De plus en plus, votre coalition enregistre des défections. N’êtes-vous pas inquiets ?

Oui, oui, mais cela est propre à toute coalition. Comme je l’ai dit, ce n’est pas un mariage, un pacte coutumier. Quand vous intégrez une coalition, il peut arriver qu’à un moment donné vos intérêts ne convergent plus.

Nous pensons même que c’est une bonne chose d’extérioriser cette différence de positionnement et de permettre à chacun de suivre son chemin, avec l’espoir qu’un jour nous pourrons nous retrouver.

Avec la suspension de l’UFDG, cela ne risque-t-il pas de fragiliser davantage la coalition et de provoquer son explosion totale ?

De toute façon, il y a des gens qui croient fermement en cette coalition. Tant que nous n’en sommes pas là, nous ne pouvons pas spéculer. On ne peut pas anticiper une telle situation, comme si l’on cherchait à attirer une malédiction.

En tout cas, nous pensons que l’ANAD est fondée sur des valeurs cardinales. Et tant que ces valeurs demeurent, je suis convaincu que l’ANAD ne disparaîtra pas. C’est ma conviction ferme.

Même si l’UFDG est suspendue, cela ne fragilisera pas votre coalition politique ?

Je ne pense pas. Cette suspension continue de susciter de nombreuses interrogations, et nous verrons ce que la suite réservera. Ce qui est certain, lorsqu’on adhère à un parti politique, c’est un peu comme un pacte de mariage.

Alors, même s’il peut y avoir des contradictions de temps à autre, tant que l’essentiel demeure, chacun reste libre de ses choix. Il n’y aura pas de mesures coercitives pour obliger quelqu’un à partir ou à rester.

Des leaders de l'ANAD

Au sein de l’UFDG – et je précise que je n’en suis pas membre – ceux qui décident de partir le feront selon leurs choix, et ceux qui décident de rester continueront également, selon leur conviction. Pour les 90 jours de suspension, nous verrons bien ce qui adviendra. Mais ceux avec qui nous échangeons au sein de l’UFDG affirment clairement agir par conviction, et c’est ce que je retiens.

Et vous, Dr Edouard, continuez-vous à croire en cette coalition et à y rester ?

Oui, moi je suis de l’ANAD. À moins qu’il y ait autre chose que je ne peux pas dire pour l’instant, mais ce n’est pas avec les méthodes habituelles de débauchage que je partirai. Quand je crois en quelque chose, j’y crois fermement. Il ne faut pas penser qu’on pourrait nous séduire avec des projets chimériques.

Une conviction, quand elle est ancrée, elle ne vacille pas. Tant que les fondements de cette conviction demeurent, je ne vois pas pourquoi les choses changeraient. Et puis, dans une coalition, ce n’est pas tant le nombre qui compte, mais la volonté d’aller jusqu’au bout. Même avec un ou deux éléments déterminés, on peut réaliser beaucoup. Cela donne même une plus grande assurance d’obtenir rapidement l’unanimité dans les prises de décision.

Docteur, est-ce que la prise de position jugée radicale de l’ANAD vis-à-vis des autorités ne serait pas, au-delà des questions d’intérêts, une autre raison qui pousse certains à quitter ?

Ce n’est pas vraiment une question de radicalisme. D’ailleurs, qui s’est demandé pourquoi le pouvoir lui-même prend des décisions radicales ? La question devrait être posée dans ce sens.

Les positions de l’ANAD, comme celles d’autres opposants, sont une réponse aux attitudes du pouvoir. Nous estimons que, dans une transition, le pays ne peut pas être géré comme une affaire familiale. Les décisions devraient être consensuelles, or elles sont imposées de manière unilatérale.

Dr Edouard Zotomou Kpoghomou

Il ne faut donc pas avoir un regard biaisé qui fait croire que seule l’opposition est radicale. Le gouvernement et le CNRD adoptent aussi des postures rigides. Si vous posez la même question aux deux parties, vous verrez qu’il existe une position médiane à rechercher.

Ce n’est pas une volonté de s’arc-bouter sur des positions radicales. Parfois, certains sont simplement pressés d’intégrer certains cercles de décision, et cela ne date pas d’aujourd’hui. Ces calculs existent depuis longtemps et peuvent expliquer pourquoi certains prennent aujourd’hui d’autres orientations ou changent d’adhésion.

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 septembre 2025 18:30

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