Dr Tounkara, fils d’une victime du régime de Sékou Touré : « Il faut débaptiser le camp Camayenne… »

Dr Amadou Tounkara

CONAKRY-En Guinée, le comité national des assises (CNA) piloté par deux éminents religieux, a présenté ce mercredi 24 août 2022, le rapport synthèse des assises nationales tenues du 22 mars au 29 avril 2022. Un document de 250 pages assorti de 45 recommandations a été remis au président de la transition le colonel Mamadi Doumbouya.


Le CNA a recommandé de réhabiliter toutes les victimes politiques de tous les régimes en effaçant les jugements de condamnation en violation de la loi en vigueur, transformer la partie carcérale du camp Camayenne en un lieu de mémoire par la construction d'un monument de souvenir, localiser et sécuriser les charniers afin d'identifier ceux qui y furent ensevelis et Restituer le reste aux familles afin qu'elles fassent enfin leur deuil.

Comment réagissent les victimes du régime de Sékou Touré par rapport à ces recommandations ? Africaguinee.com a interrogé Dr Amadou Tounkara, membres de l’Association des victimes du camp Boiro. Ce médecin qui avait perdu son papa dans les geôles du père de l’indépendance de la Guinée livre ses sentiments.

AFRICAGUINEE.COM : Le comité national des assises recommande de transformer la partie carcérale du camp Camayenne en un lieu de mémoire par la construction d'un monument de souvenir. Quelle est votre réaction ?

DR. AMADOU TOUNKARA : Je remercie Dieu le créateur parce que dans ce camp, nos parents sont rentrés pour ne plus sortir, dans ce camp ils ont connu la torture, l’humiliation, ils n’ont pas été jugés. Nos parents ont subi Sékou Touré et sa famille dans ce camp. 1965, 1969, 1970, 1971…même les premières années de l’indépendance, il y a eu les premières victimes.

Depuis 1985, nous menons ce combat pour la mémoire pour ne pas oublier ces victimes qui s’étaient battues pour que la Guinée accède à l’indépendance. Elles ont tout sacrifié pour ce pays. Les pionniers de l’armée, de la culture, de la médecine ont tous disparu au camp Boiro. Donc, si aujourd’hui, il y a un acte qui est posé par rapport à la réhabilitation, à un devoir de mémoire, c’est quelque chose que l’on va saluer.

Mais le premier acte que nous souhaiterions et qu’on va saluer, c’est débaptiser le camp Camayenne en ramenant son nom initial qui est celui du camp Boiro. Tous les camps ont maintenu leur nom, pourquoi pas celui du camp Boiro ? Le devoir de mémoire commencera par maintenir le nom initial du Camp. Parce que ça ferait mal à certaines personnes que l’on continue de parler du camp Boiro. Nous nous battons pour la mémoire, mais il faut que le nom du camp soit restitué.

En plus de cela, nous saluons l’acte. Parce que c’est notre histoire, ce sont des compagnons de l’indépendance qui sont disparus. Poser cet acte, ça pourrait empêcher la récidive, ça pourrait empêcher d’autres personnes de commettre des crimes d’Etat.

L’autre volet touché des recommandations concerne les condamnations populaires. Quel sens donnez-vous à cette proposition ?

C’est un acte juridique qui a été posé. C’est une étiquette qui a été collée à des guinéens. Ils ont été arrêtés, qualifiés de comploteurs, d’anti-guinéens, membres de cinquième colonne. Leur image a été souillée. Aucune condition d’une justice équitable, respectant les droits de l’homme n’a été respectée. Leur arrestation, les extorsions d’aveux, toutes les conditions ont été violées. Donc, ce procès doit être révisé pour savoir effectivement ce qui s’est passé, comment ils ont été condamnés, sans avoir droit à l’assistance d’un avocat. Personne n’a pu les revoir.

De la localisation et la sécurisation des charniers…

C’est extrêmement important. Pourquoi ? Les victimes de Sékou Touré sont dans des charniers, les victimes de la deuxième république sont dans des charniers et ça continue. Même Sadam Housseine, son corps a été restitué à sa famille. Si vous exécutez quelqu’un, donnez la chance à sa famille au moins de l’enterrer. Nos parents sont dans des charniers, ce n’est pas souhaitable, les parents des autres sont dans des charniers, ce n’est pas souhaitable. Ça continue.

Pour y mettre fin, il faut permettre à la population de se rendre compte qu’il y a eu des charniers. Dans tous les pays du monde on identifie les fosses communes, pourquoi en Guinée on fait exception ? C’est normal de les identifier pour nous permettre d’aller nous recueillir sur ces lieux. Nous sommes guinéens à travers nos parents. Nous souhaitons savoir où sont ensevelis nos parents.

Toutes les fois que j’assiste à l’enterrement du père d’un ami, je me dis : « lui au moins a eu cette chance que je n’aie pas eu cette chance ». Je ne sais pas où ils ont enseveli mon père. Donc, en identifiant les charniers, moralement ça va nous aider à faire des prières pour nos parents. C’est très important pour la République par rapport à la réconciliation nationale.

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le 25 août 2022 12:45

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