Diplômée en Communication, Fatoumata Dicko opte pour la cordonnerie : « Je m’en sors bien…» 

CONAKRY-Diplômée en Communication à l’université Kofi Annan, Fatoumata Dicko, a opté pour un autre métier artisanal exceptionnel : la cordonnerie. Dans son atelier monté à Morykantéya, elle détient une paire de ciseaux, la tête baissée, en train de découper une peau tannée suivant des dessins préétablis.

A côté, un marteau, des pinces, du fil, de la colle et des aiguilles pour ne citer que ces outils de travail. Fatoumata a peu de temps. Elle s’applique avec art et habilité. Dans son atelier, elle confectionne des paires de chaussures de qualité et en quantité afin de satisfaire sa clientèle. Africaguinee.com est allé à la rencontre de cette figure scolarisée à Labé qui symbolise courage et détermination

AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce qui vous a poussé à apprendre ce métier, généralement pratiqué par les hommes ?       

FATOUMATA DICKO : Ce sont les circonstances de la vie parce que ce n’était pas l’idée. Le souhait de tout un chacun après les études, c’est d’avoir un bon boulot, être dans les bureaux.  Mais j’ai compris que tout le monde ne peut pas être au bureau. Je suis venue de Labé pour Conakry où j’ai rencontré un ami qui m’a appris ce métier. J’ai commencé pendant le mois de Ramadan passé. Je travaille seule actuellement, les enfants avec qui je travaillais doivent passer des examens nationaux ; ils ont repris les cours. En Guinée, ce n’est pas tout le monde qui aime le métier de cordonnier. Donc, il n’est souvent pas facile d’avoir des apprentis.

Certains pensent que la cordonnerie est un métier d’homme. Qu’en pensez-vous ?

J’ai tellement entendu que la cordonnerie est un métier d’homme, mais moi je pense que nulle part il n’est écrit que c’est seulement l’homme qui doit le faire. Moi je pense qu’il faut avoir le courage, la persévérance et surtout la patience. Après tu vas t’en sortir parce qu’il n’y a pas de sot métier.

Comment faites-vous pour obtenir du matériel de travail ?

La confection de chaussures passe par plusieurs étapes.  Voyez-vous le découpage des cuirs ? Nous vendons en ligne et nous avons des clients qui viennent aussi acheter. Pour les matériels, nous en commandons au Sénégal et en Chine. Nous avons déjà des fournisseurs. Nous lançons la commande, ils envoient. Je ne peux pas vous dire avec exactitude combien de chaussures je confectionne par jour, mais vous-même vous voyez la préparation que je suis en train de faire.  En ce moment je prépare 23 paires. Je découpe le cuir puis je monte. Je vais pas à pas et dans une semaine j’aurais terminé le lot. Quelques fois je termine en moins d’une semaine. Le prix de la paire oscille entre 220 et 250 mille Gnf. Je confectionne des chaussures pour hommes et femmes.

Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’exercice de métier ?

J’ai tellement de difficultés actuellement. D’abord travailler seule n’est pas facile. C’est compliqué, je coupe, je colle et je monte. Il n’y a personne pour m’aider. Je fais tout à la main et j’utilise la machine seulement pour limer. Je n’ai pas eu d’aide d’abord venant du ministère de l’action sociale de la promotion féminine et de l’enfance. Pourtant j’y suis allée malheureusement, je n’ai pas eu de suite. Une dame m’avait dit que cela ne fait pas partie de leur domaine d’intervention. Néanmoins, certaines dames avaient pris mon numéro et avaient promis de me contacter mais jusqu’à présent rien.

Qu’est-ce qu’exercer un métier généralement réservé aux hommes vous fait-il ?  

Aujourd’hui je suis fière d’exercer ce métier. A mes débuts, j’avais honte mais je ne le faisais croire à personne car je suis persuadée qu’il n’y a pas de sot métier.  Si tu gagnes dignement ta vie, ce n’est pas la peine d’avoir honte. Même ma propre famille ne savait que j’exerçais ce métier. Dieu merci aujourd’hui, je m’en sors bien.

Quel message adressez-vous aux désœuvrées et qui se plaignent de leur sort ?

Je leur demande de se réveiller, d’être convaincues qu’il n’y a pas de sot métier. Quoique l’on fasse, si l’on gagne dignement sa vie, c’est mieux que de rester à la maison et attendre qu’on te donne tout. On sait réellement qu’on ne peut pas tout faire pour une femme parce que satisfaire une femme est totalement compliqué. Ce dans quoi je me suis retrouvée aujourd’hui n’est vraiment pas réservé à la femme mais je me débrouille et je m’en sors bien. J’aime tellement ce métier donc je ne peux pas rester sans venir ici ; même les dimanches je viens ici.

Quel est votre dernier message ?

Aujourd’hui j’ai vraiment besoin d’aide surtout en tant que femme. C’est vraiment compliqué parce qu’il y a beaucoup de choses qui nous marquent ; telles que les machines. Personnellement, j’ai envie de moderniser ce métier. Avoir des machines et tout ce qu’il faut. Créer une grande entreprise et former surtout les femmes parce qu’actuellement, il faut se battre pour sa survie et nous les femmes, nous ne devons pas rester à la maison. Il faut toujours chercher quelque chose à faire. Parfois il y a des gens qui quittent ici pour aller au Sénégal envoyer les mêmes paires mais il n’y a aucune différence entre ce qu’elles envoient et ce que nous confectionnons ici. Donc, c’est mieux d’acheter ici. C’est pourquoi je demande à l’Etat et aux personnes de bonnes volontés de me venir en aide. Je veux moderniser ce métier car on ne peut pas rester sans chaussures.

Interview réalisée par Yayè Aïcha Barry 

Pour Africaguinee.com

Créé le 7 février 2025 10:51

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