Culture: la révolution silencieuse du cinéma guinéen
En Guinée, faire du cinéma tient souvent du défi. Manque de financements, absence d’infrastructures adaptées, formations techniques limitées, etc. les obstacles sont nombreux. Pourtant, l’envie de raconter des histoires locales, ancrées dans les réalités sociales et culturelles du pays, ne faiblit pas.À défaut de gros budgets, une nouvelle génération de créateurs mise sur l’ingéniosité : productions indépendantes, tournages à moyens réduits, diffusion sur les plateformes numériques.
Selon Fasciné Sanoh, acteur, le cinéma reste confronté au manque de financements, à l’absence d’infrastructures adaptées, et de formations techniques pour ne citer que ceux-là. Pourtant, poursuit-il l’envie de raconter des histoires locales, ancrées dans les réalités sociales et culturelles du de la Guinée habite les acteurs du domaine. Pour contrecarrer ces obstacles, une nouvelle génération de créateurs mise sur l’indépendance en n’utilisant que les moyens de bord pour produire et diffuser sur les plateformes numériques.
Dans une sorte de réquisitoire, Fasciné Sanoh dresse un diagnostic sans complaisance du 7ᵉ art en Guinée. Pour lui, contre cette panoplie d’obstacles, la nécessité de se réinventer s’impose à la nouvelle génération de créateurs. « Peut-être que je vais choquer, mais la vérité reste la vérité. On parle toujours de l’État, mais qu’est-ce que nous faisons, nous, pour encourager l’État à nous soutenir ? Aujourd’hui, le soutien de l’État est une garantie, mais pour l’obtenir, il faut montrer ce que nous faisons, prouver notre engagement avec les moyens dont nous disposons. »
Selon lui, le cinéma guinéen ne doit pas rester dans l’attente permanente d’un appui institutionnel.
« Ce que tu peux faire, fais-le. Les cinémas ivoirien, sénégalais ou même Hollywood ont compris qu’il faut d’abord s’organiser entre nous, montrer notre savoir-faire. Si l’État reste sceptique, c’est aussi parce que nous avons une part de responsabilité. »
Ces quatre dernières années, le cinéma guinéen amorce pourtant un nouveau tournant. Longtemps resté en marge, il capte progressivement l’attention du public national et commence à s’ouvrir à l’international. Une évolution encourageante, mais encore fragile pour les réalisateurs, comédiens et techniciens. Pour CHEICK Oumar, figure connue du grand public, le secteur ne peut plus rester en veille.« On s’était endormis, surtout au début des années 2000. Les salles de cinéma disparaissaient peu à peu. La culture cinématographique ne s’est pas éteinte, mais elle s’est assoupie. Aujourd’hui, elle est en train de se réveiller. »
Et pour lui, la relance du cinéma pourrait devenir un puissant levier pour tout l’écosystème culturel guinéen.
« Quand le cinéma marche, tout fonctionne. La musique, le tourisme, le textile, les stylistes, les peintres… tout le monde travaille. Le cinéma touche à tout : l’image, le son, la mode, la photographie. Il faut qu’il se réveille pour que l’art vive pleinement. »
Mais derrière cet élan, les défis structurels demeurent.
Le réalisateur Dick Wane Delavega pointe du doigt un manque de professionnalisme et de formation. « Les techniciens sont peu formés. Les acteurs travaillent sans méthode académique. Sur les plateaux, tout le monde est pressé. On peut tourner plusieurs épisodes en une seule journée. Sur un véritable plateau de cinéma, c’est impossible. »
À cela s’ajoute le manque d’infrastructures et de lieux de tournage.
« Souvent, on veut faire des films de qualité, mais les hôtels ou certains lieux refusent d’accueillir les tournages. Résultat : beaucoup de films sont tournés dans les mêmes endroits. Cela donne une image réductrice du pays. »
Pour le réalisateur, l’État devrait initier une vaste campagne de sensibilisation afin d’encourager la population et les institutions à soutenir le cinéma — pas nécessairement financier, mais en facilitant l’accès aux espaces et aux ressources.
« Laisser des acteurs tourner devant son portail, par exemple, ce n’est pas grand-chose. Mais cela peut contribuer au développement du cinéma. »
Enfin, Dick Wane Delavega insiste sur les fondamentaux :
« Un bon film, c’est d’abord un bon son, une bonne image et un bon éclairage. Si ces trois éléments ne sont pas réunis, il est difficile de parler d’un film crédible. »
Le cinéma guinéen ne manque ni de talents ni de sources d’inspiration.
Mais entre ambitions et réalités structurelles, le 7ᵉ art national reste confronté à un paradoxe : une créativité bouillonnante, freinée par une précarité persistante.
Sayon Camara
Pour africaguinee.com
Créé le 15 février 2026 08:46









