Crise à la Fédération guinéenne de boxe : le spectre d’une nouvelle suspension internationale inquiète les acteurs du noble art
CONAKRY – La crise qui mine depuis plusieurs années la Fédération guinéenne de boxe (FGB) prend une nouvelle tournure. Ce samedi 16 mai 2026, plusieurs membres contestataires du bureau exécutif de l’instance ont organisé une conférence de presse au stade du 28 septembre afin de dénoncer ce qu’ils qualifient de « dérive dans la gouvernance » de la fédération. Face aux journalistes, les intervenants ont surtout lancé un appel pressant au ministre de la Jeunesse et des Sports, Cellou Baldé, pour une implication urgente de l’État afin d’éviter à la Guinée une nouvelle suspension sur la scène internationale, comme ce fut déjà le cas en 2018. Dans une atmosphère tendue, les responsables présents ont dressé un tableau sombre de la situation actuelle de la boxe guinéenne, évoquant des conflits internes persistants, des accusations de mauvaise gestion et une paralysie institutionnelle qui fragilise davantage une discipline autrefois considérée comme l’une des plus performantes du sport guinéen.
Prenant la parole au nom des contestataires, Soumah Nabylaïe Moussa, secrétaire chargé à la communication de la Fédération guinéenne de boxe, a expliqué que cette sortie médiatique avait pour principal objectif d’alerter les autorités sportives sur « l’urgence de sauver la boxe guinéenne ». « L’objectif principal de cette conférence de presse est d’interpeller le nouveau ministre des Sports afin qu’il nous aide à trouver une solution légale à cette crise qui perdure depuis plusieurs années. Aujourd’hui, la boxe guinéenne traverse un véritable calvaire et nous voulons que cela cesse », a-t-il déclaré devant les médias. Selon lui, la Guinée serait actuellement sous menace de sanctions de la part des instances internationales de boxe, en raison des divisions internes qui secouent la fédération. « Il ne faut pas qu’à cause d’un seul individu, toute une nation sportive soit pénalisée. Nous avons déjà connu une suspension en 2018. Nous voulons éviter que cela se reproduise encore », a averti le responsable fédéral.

Un congrès électif au cœur des tensions
Au centre de cette crise figure l’organisation du congrès électif de la Fédération. Les membres frondeurs accusent l’actuel président, Alpha Amadou Baldé, de refuser de convoquer l’Assemblée générale élective alors que, selon eux, son mandat serait arrivé à expiration. Soumah Nabylaïe Moussa affirme que plusieurs clubs statutaires auraient officiellement demandé la tenue des élections afin de mettre un terme aux tensions. « Après la suspension de 2018, la Fédération avait organisé un congrès électif en janvier 2022. Aujourd’hui, ce mandat est terminé, mais le président refuse catégoriquement d’organiser l’Assemblée générale. Pourtant, les deux tiers des clubs statutaires ont demandé que les élections soient organisées », a-t-il soutenu. Pour les contestataires, seule l’organisation d’un congrès transparent, inclusif et conforme aux textes pourrait permettre de sortir définitivement de cette crise institutionnelle. « La solution est simple : aller au congrès avec les vrais clubs statutaires reconnus. C’est tout ce que nous demandons au ministère des Sports », a insisté le chargé de communication.
De graves accusations contre la gouvernance actuelle
Durant la conférence de presse, les critiques contre la gestion actuelle de la fédération ont été particulièrement virulentes. Les responsables présents dénoncent une gouvernance « opaque » et « solitaire », accusant le président de gérer seul les affaires de la Fédération. « Depuis quatre ans, les clubs avaient placé leur confiance en lui pour relancer la boxe guinéenne après la suspension. Malheureusement, la discipline est encore plongée dans les difficultés », a regretté Soumah Nabylaïe Moussa. Ce dernier affirme également que plusieurs membres du bureau exécutif auraient progressivement été écartés du fonctionnement de la Fédération. « Moi-même, depuis plus de deux ans, je ne travaille plus avec lui parce qu’il a pratiquement écarté tous les membres du bureau exécutif. Aujourd’hui, il gère seul la Fédération », a-t-il accusé. Les contestataires évoquent également des soupçons de détournement de primes destinées aux boxeurs, sans toutefois présenter publiquement des documents justificatifs au cours de cette conférence.

Une discipline en perte de vitesse
Au-delà de la crise institutionnelle, les intervenants ont exprimé leur inquiétude face au recul progressif de la boxe guinéenne sur la scène africaine et internationale. Longtemps considérée comme l’une des disciplines les plus médaillées du pays, la boxe guinéenne peine aujourd’hui à retrouver son niveau d’antan. « La Guinée a toujours eu de grands boxeurs. C’est l’une des disciplines qui a apporté énormément de médailles au pays. Mais aujourd’hui, notre présence sur les podiums internationaux devient de plus en plus rare », ont-ils déploré. Pour eux, la relance du noble art guinéen passe inévitablement par une réforme profonde de la gouvernance fédérale ainsi qu’un retour à la stabilité institutionnelle.
Une suspension déjà prononcée au niveau africain ?
Interrogé sur une éventuelle suspension de l’actuel président fédéral par certaines instances africaines de boxe, Soumah Nabylaïe Moussa a affirmé que des sanctions auraient déjà été prises par World Boxing Africa. Selon lui, ces mesures feraient suite à des agissements jugés contraires aux règles de gouvernance sportive depuis l’affiliation de la Guinée à la World Boxing en 2025. « La Guinée a été affiliée à la World Boxing en 2025. Et c’est à travers World Boxing Africa qu’une suspension a été prononcée contre lui. Les documents seront mis à la disposition de la presse afin que chacun puisse tirer ses propres conclusions », a-t-il indiqué.

Alpha Amadou Baldé rejette les accusations
Contacté par Africaguinee.com après cette conférence de presse, le président de la Fédération guinéenne de boxe, Alpha Amadou Baldé, a fermement rejeté l’ensemble des accusations portées contre sa personne. Le dirigeant affirme que ses détracteurs ne disposent d’« aucune preuve concrète » et invite les journalistes à consulter directement les plateformes officielles des instances internationales.
« Je vous renvoie au site du World Boxing, puisque c’est eux qui disent que je suis suspendu. Suspendu par qui ? Pour qu’une personne soit suspendue par une organisation, il faut d’abord qu’elle soit affiliée ou qu’elle collabore avec cette organisation. Nous, nous sommes affiliés au World Boxing », a-t-il réagi. Concernant les accusations de division interne, Alpha Amadou Baldé assure qu’aucun membre du bureau n’a été exclu du processus en cours.
« Nous sommes plus de 13 membres dans le bureau. Combien de personnes se sont réclamées membres du bureau là-bas ? Nous sommes actuellement en réunion avec les membres du bureau pour préparer le congrès », a-t-il déclaré. Le président fédéral demande également à ses accusateurs d’apporter des preuves tangibles des malversations évoquées. « Lorsqu’on accuse quelqu’un, il faut pouvoir apporter les preuves. Quelle mauvaise gestion ? Donnez-moi un exemple précis », a-t-il lancé.
« Je n’ai jamais reçu directement l’argent du ministère »
Sur les accusations liées à la gestion financière, Alpha Amadou Baldé affirme que les fonds alloués aux fédérations sportives sont directement gérés par les services administratifs du ministère des Sports. « Ici, il y a tout un mécanisme au niveau de la fédération. C’est le ministère qui prend en charge les dépenses à travers ses services administratifs et financiers. D’ailleurs, lors des missions, nous préfinançons souvent les activités avant d’être remboursés », a-t-il expliqué.
Le président de la Fédération cite notamment l’organisation d’un championnat national à Forécariah, qu’il dit avoir financé en grande partie sur fonds propres.« Mon dernier championnat national, organisé à Forécariah, m’a coûté plus de 100 millions de francs guinéens. Quand je suis allé au ministère pour soumettre les factures, on m’a répondu que les dépenses n’avaient pas été engagées », a-t-il affirmé.
Un congrès annoncé pour le 6 juin
Malgré les tensions persistantes, Alpha Amadou Baldé a confirmé la tenue prochaine du congrès fédéral, censé permettre de renouveler les instances dirigeantes de la Fédération. « Le congrès se tiendra le 6 juin à l’hôtel Honomo. Nous avons écrit à tous les membres statutaires. Tous ceux qui sont en règle participeront au congrès, partout en Guinée », a-t-il assuré. En attendant une réaction officielle du ministère de la Jeunesse et des Sports, cette nouvelle sortie médiatique illustre l’ampleur des divisions qui secouent actuellement la Fédération guinéenne de boxe.
À quelques semaines du congrès annoncé, plusieurs observateurs du mouvement sportif guinéen craignent désormais qu’une aggravation de cette crise n’entraîne une nouvelle mise à l’écart de la Guinée des compétitions internationales, au moment où le pays tente justement de redorer son image sportive sur le continent.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 16 mai 2026 16:45Nous vous proposons aussi
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