Convocation du corps électoral : Dr. Faya Milimouno réagit (entretien)

CONAKRY- Dr Faya Milimouno a réagi au décret du Général Mamadi Doumbouya convoquant le corps électoral pour le référendum constitutionnel le 21 septembre 2025. Le président du Bloc Libéral (BL), s’est montré sceptique quant à la tenue effective du scrutin à cette date et critique le contenu du projet de Constitution.

Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, l’opposant affirme préférer attendre les réactions des porte-paroles de l’exécutif guinéen, -le général Amara Camara et Ousmane Gaoual Diallo-, avant de se prononcer sur le respect du calendrier.

Au-delà des incertitudes sur la date, Dr Faya Milimouno estime que le processus est biaisé dès le départ. Il accuse l’administration publique de faire campagne pour le ‘’OUI’’ au lieu de favoriser une large compréhension du texte, notamment à travers sa traduction dans les langues nationales.

Selon lui, la Constitution proposée ne reflète ni les réalités du pays ni les objectifs initiaux de la transition.  Bien qu’il n’ait pas encore officialisé la position de son parti, Dr Faya Milimouno laisse entendre qu’un appel à voter ‘’NON’’ est en préparation au sein du Bloc Libéral. (Interview)

AFRICAGUINEE.COM : Comment réagissez-vous au projet convoquant le corps électoral le 21 septembre prochain ?

DR FAYA MILIMOUNO : Je veux d’abord attendre les porte-paroles (celui de la présidence, Général Amara Camara et celui du gouvernement Ousmane Gaoual Diallo). Parce que par le passé quand le président dit que telle chose va se faire à telle date, le lendemain les porte-paroles disent « ah on n’est pas sûr… ». Et souvent c’est les porte-paroles qui finissent par avoir raison. Donc on a entendu le décret mais il faut d’abord attendre le commentaire des porte-paroles. S’ils disent que ce sera possible, l’espoir pourrait grandir, même s’il y a assez de problèmes liés à ce référendum.

Par exemple ?

Le problème, c’est que le processus est déjà biaisé pour commencer. Je ne sais pas combien de fois nous allons le répéter, la Guinée n’est pas le Sénégal. Nous n’avons pas une administration publique professionnelle en Guinée au-dessus de la mêlée. Allez aujourd’hui dans les bureaux de l’administration centrale, vous ne trouverez personne. Ils sont où ? Ils sont en train de faire la campagne déjà pour le OUI. Alors que l’acte citoyen aurait été de commencer par traduire dans toutes les langues ce texte fondamental, pour permettre une meilleure compréhension. Cela n’est pas le cas. Cela constitue un premier problème.

Le deuxième problème, c’est une constitution qui pourrait être rejetée. Parce que quand nous sommes rentrés dans cette période transitoire, quelles étaient les intentions du départ ? On a dit ‘’élaborons une constitution qui nous ressemble pour nous rassembler’’. La question qu’il faut se poser, est-ce que cette constitution nous ressemble véritablement ? On a un peuple dont le taux de pauvreté dépasse les 55%. Et c’est ce peuple-là qui va payer pour la pléthore d’institutions inutiles.

Le CNRD a commencé avec 28 ministres. Aujourd’hui, on est à 34. Peut-être que d’ici la fin de cette période transitoire, on pourrait arriver à 40. Donc c’est en cela que cette constitution ne nous ressemble pas. Parce que nous avons un peuple qui est en majorité pauvre. Et on lui impose le paiement pour nourrir une bureaucratie inutile. Comment pouvez-vous expliquer, qu’en 66 ans, on a eu un ministère de sport, ce qu’on a payé au cabinet du ministre seulement, si ça avait été bien utilisé, plutôt que d’avoir un ministère de sport, on aurait eu des stades omnisports dans toutes les communes de la République.

La culture, c’est le meilleur ambassadeur de ce pays. La Guinée est connue par les Camara Laye, les Tierno Monénembo, les balais africains, les balais Djoliba, les Yéké-yéké de Mory Kanté paix à son âme. Mais en 66 ans que nous avons un ministère de la culture, nous n’avons pas un seul palais de la culture. Tous les spectacles en Guinée, c’est dans la petite salle des congrès du Palais du Peuple. Albert Einstein dit que ‘’la folie, c’est quand on fait la même chose tout le temps et on s’attend à un résultat différent’’.

Cette constitution donc, par le fait, elle ne nous ressemble pas. Il y a beaucoup de choses, ça c’est juste un avant-goût, parce que le BL se propose de faire une grande communication là-dessus, dans laquelle nous comparerons les dispositions de ce projet avec la constitution de Lansana Conté, qui est encore beaucoup plus parcimonieuse en termes d’utilisation des fonds publics.

La troisième et dernière chose que je veux dire, c’est qu’il faut que l’on comprenne que pour qu’un processus comme ça se déroule correctement et dans la paix, il faut, comme nous l’avons demandé, qu’il y ait un audit du processus qui nous a amené à l’obtention de ce fichier-là. Mais si on continue à ignorer ça, on est en train de renvoyer à demain un problème qu’on aurait commencé à résoudre aujourd’hui. On ne gère pas une république en s’enfermant.

Voulez-vous dire que le BL appellera les Guinéens à voter non le 21 septembre 2025 ?

C’est juste des signaux que je donne. Je ne vais pas anticiper par respect par mes militants et pour les cadres du parti. Nous allons nous réunir dans une semaine ou plus pour faire une grande communication dans laquelle nous rappellerons à l’intention du peuple de Guinée ce que nous avons toujours répété.

Mais pourquoi êtes-vous si sceptique ?

Par mesure de prudence, il faut attendre mes jeunes frères Ousmane Gaoual Diallo et le général Amara Camara. Si ceux-ci disent que ‘’cette fois-ci, c’est possible’’, peut-être que ça va donner un peu plus d’espoir.

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

 

Créé le 5 août 2025 10:16

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