Chaleur et sécheresse: Le cri d’alarme des agriculteurs guinéens face au manque d’Eau
Le dérèglement et le réchauffement climatiques frappent de plein fouet le secteur agricole guinéen. Depuis près d’une décennie, les agriculteurs sont confrontés à un problème croissant de maîtrise de l’eau. Entre les rivières qui tarissent prématurément, les retards de pluie, la chaleur intense et la sécheresse persistante, l’inquiétude grandit. Même si la saison des pluies n’a pas encore totalement cessé, des signes avant-coureurs de pénurie d’eau se manifestent déjà dans plusieurs régions du pays.

À travers un tour en Moyenne-Guinée, en Haute-Guinée et en Basse-Guinée, les agriculteurs partagent leurs peines, redoutant un étiage plus profond et précoce que jamais.
Penurie d’eau dès Décembre en Moyenne-Guinée
À Mali, Aissatou Souaré, diplômée d’université et productrice de pommes de terre, choux, tomates et haricots, constate que les cours d’eau ne peuvent plus soutenir l’agriculture de contre-saison pour une longue période après l’arrêt des précipitations.
« Nous vivons un monde moderne, l’agriculture contre saison est pratiquée, c’est-à-dire on produit plus en saison sèche qu’en saison des pluies. À l’arrêt des pluies, on utilise les rivières pour arroser avec des canalisations et des motopompes. Un moment, les rivières accompagnaient jusqu’à la porte du mois de Mai, maintenant nous vivons un arrêt des pluies prématurées et déjà décembre c’est le calvaire de l’eau qui s’installe. À certains niveaux, nous sommes obligés de creuser le lit des cours d’eau pour retenir des petites quantités d’eau pour trouver de quoi arroser, une étape difficile.

Dès janvier-Février, nous sommes éprouvés. Il y a des cultures qui exigent beaucoup d’eau, à défaut c’est compliqué pour la suite. C’est un moment difficile où les canalisations ne marchent, il faut un arrosage traditionnel, il faut puiser et utiliser un arrosoir, ce qui demande beaucoup de temps et d’énergie, même remplir un arrosoir de 12 litres c’est compliqué. Le manque d’eau impacte le rendement de nos productions en saison sèche. Il faut une véritable politique de rétention d’eau », a-t-elle expliqué.

A Faranah, la déforestation amplifie le défi de l’irrigation
Dans la région de Faranah, les producteurs, déjà éprouvés par les années passées, s’inquiètent de l’arrivée précoce de la saison sèche. Mamadou Kaba, dit Kaba Champion, jeune agriculteur spécialisé en aubergine, gombo et oignon, pointe du doigt les conséquences de l’activité humaine.
« La saison sèche s’annonce très tôt, l’eau lâche vite le sol dès que la pluie s’arrête. Nos rivières fonctionnent sous forme de passage. C’est plein tant qu’il pleut, il suffit que la pluie s’arrête quelques semaines, vous voyez directement le tarissement. Les dernières années que j’ai expérimenté le Gombo, l’aubergine et l’oignons il a fallu un système d’irrigation avec motopompe. Le problème, la déforestation a couté cher à la Haute-Guinée à Faranah particulièrement. Trouver de l’eau pour l’Agriculture est un défi.

Actuellement, dans les nids d’eau il faut faire des puits de longue portée et des motopompes de grande perfection pour irriguer 2 ou 3 hectares. Maintenant avec l’annonce de la saison sèche vous comprendrez que le besoin est là, des animaux forcent des clôturent pas pour brouter les productions mais pour s’abreuver en période de chaleur torride, les rivières ne couvrent pas beaucoup en saison sèche, elles sont asséchées », a-t-il expliqué.

Kaba Champion exprime ses plus grandes craintes : « On peut se débrouiller jusqu’au mois de Février, le reste c’est dangereux, avant les eaux couvrent jusqu’en fin Mars début Avril à la porte de Mai début des pluies. Les inquiétudes sont là, si rien n’est fait dans les prochaines années même peu d’eau on n’aura pas, c’est l’arrêt de l’agriculture qui va suivre et ce n’est pas souhaité. Nous avons peur que les pluies s’arrêtent avant fin octobre sans l’eau certaines cultures ne vont pas répondre comme il le faut. Si ça arive, la saison sèche sera critique. »

A Kindia, le fleuve Kolente sauve jusqu’en Mars
Dans la zone de Kindia, Souleymane Keita dit Lato appuie des groupements agricoles en tant que prestataire. Dans la localité de Ye-Bekhi, sous-préfecture de Kolente, les rivières couvrent encore jusqu’en fin février. Le calvaire c’est jusqu’en Mai : « Pour le moment une bonne période est couverte. Nous avons deux systèmes d’accès à l’eau ici, le premier est connecté dans le Fleuve Kolente, le second est alimenté par un système solaire. Le problème d’eau c’est pratiquement à partir de Mars. Presque tous les points d’eau sont affectés en cette période. Toutefois c’est dans cette situation que nous initions les groupements aux techniques agricoles ».

Timbi-Madina, le changement climatique perturbe le cycle cultural
Alpha Ousmane Diallo, agripreneur fondateur d’Aloud Sarlu et membre du Ceda, constate également les signes avant-coureurs de la saison sèche à Timbi-Madina et dans la région de Mamou. Il insiste sur la nécessité d’une gestion stratégique de l’eau.
« En effet c’est une énième année que le constat de l’arrivée prématurée de la saison sèche dans la localité de Timbi-Madina et dans la région de Mamou en général soulève plusieurs enjeux climatiques et agricoles. Il y a eu beaucoup des observations météorologiques: le changement climatique est là, la saison sèche s’installe plutôt que prévu, les agriculteurs payent les frais surtout depuis 2 ans maintenant. C’est souvent le cycle des cultures est perturbé, des sols sont vraiment affectés, c’est du stress hydrique pour les bétails encore, il ne faut pas l’ignorer, même les points d’eau tarissent tôt, c’est un assèchement.

Il nous arrive des moments où le système d’irrigation ne tire aucune goutte. L’an dernier nous avons envoyé des excavateurs pour approfondir la rivière dans le but de trouver une retenue d’eau, c’est couteux. Cette année encore nous avons peur déjà, les rivières n’accompagnent plus longtemps après la période des pluies. Nous avons même organisé des nettoyages de la rivière. Pour affronter la saison; on va essayer de planter le plutôt possible pour prévenir la crise d’eau. C’est une véritable menace, il faut une gestion des ressources en eau. »

Labé, l’agriculteur doublement menacé par l’excès et le manque d’eau
Dans les quartiers périurbains de Labé, Alpha Oumar Diallo met en lumière un dilemme permanent : l’eau est à la fois la cause des destructions en saison humide et l’obstacle majeur à la production en saison sèche.
« L’agriculteur porte un lourd fardeau de nos jours à cause de la crise de l’eau. Sans l’agriculture la vie ne sera pas paisible. Beaucoup ne voient que les récoltes sur le marché pour dire que ces aubergines sont bonnes, ces gombos ont bien répondu ou ces carottes, mais avant d’en arriver là le chemin est long. […] Le véritable problème tourne autour de l’eau. Le cycle de l’eau est perturbé, elle ne tombe plus à la période indiquée et ne s’arrête plus au moment attendu. La saison culturale devient incertaine.

On peut faire nos boutures ou les pépinières dans le but de les déplacer des le 1er Mai malheureusement tout se décale. […] Ou bien on décide de faire nos pommes de terre et les choux vers le 15 septembre dans l’espoir qu’il va pleuvoir encore, les pluies s’arrêtent quelques semaines après. Imaginez en plein août où il pleut beaucoup si vous cultivez les maladies attaquent avec les eaux démesurées. C’est beaucoup de produits chimiques pour résister. C’est l’agriculture contre saison qui rapporte, mais il n’y a pas d’eau pour arroser. »

Cet acteur agricole insiste sur l’impératif d’une politique nationale de gestion de l’eau : « Tout dépend de la maîtrise de l’eau. L’agriculteur réussi quand il maîtrise l’eau. […] La Guinée n’a pas connu d’abord la politique de rétention d’eau comme faire des étangs où on peut emmagasiner les eaux pour les utiliser en saison sèche. L’eau c’est notre problème. Que l’État agisse ce n’est pas tout le monde qui dispose des gros moyens. Le véritable problème tourne autour de l’eau. En saison des pluies tout comme en période sèche, l’Agriculteur est menacé. »

Un agronome consulté par Africaguinee.com a par ailleurs confirmé que la solution réside dans les infrastructures, rappelant que dans les pays développés, « les fortes pluies sont stockées dans barrages artificiels où tout le monde tire quand la pluviométrie n’est plus favorable ».

Alpha Ousmane BAH
Pour Africaguinee.com
Créé le 16 octobre 2025 15:35Nous vous proposons aussi
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