Gbéréyakhory (Kindia): Un foyer de l’énergie « condamné » à l’obscurité depuis un demi-siècle…

KINDIA- Le district de Gbéréyakhory, niché à seulement 9 km du chef-lieu de la préfecture de Kindia et à 11 km de la sous-préfecture de Damakania, vit un paradoxe cruel. Ce village qui abrite pourtant le barrage hydroélectrique de Banéah construit dans les années 1960, est plongé dans l’obscurité et l’isolement. La situation que vit cette localité se résume dans cette expression poignante : « Le gardien de l’enfer qui meurt de froid » — celui qui veille sur la source d’énergie, mais n’en reçoit aucune lueur.

La population estimée à près de 4 000 habitants, souffre d’un manque criant d’infrastructures de base, d’un accès difficile et d’une éducation en déclin, des conséquences directes de l’ouvrage qui devait apporter le progrès.

Un demi-siècle dans l’obscurité

Le manque d’électricité est la plainte la plus amère, surtout quand on sait que le village se trouve sur une presqu’île créée par le barrage, qui fournit l’énergie à des localités voisines comme Kindia-ville et Molota. Mohamed Soumah, président du conseil de district de Gbéréyakhory, exprime une profonde douleur face à ce paradoxe :

« Le manque d’électricité est un problème majeur pour nous. Ce problème nous fait mal; très mal parce que comme vous l’avez constaté, on est sur une presqu’île, du fait de la construction du barrage hydroélectrique qui fournit le courant à certaines localités, comme Molota, Kindia ville et ailleurs. Par contre, nous qui sommes tout près, qui sommes impactés par l’effet de ce barrage, on n’a pas d’électricité depuis plus d’un demi-siècle. On a fait appel aux personnes de bonne volonté, même à l’État. À chaque mobilisation, on parle du besoin d’électricité pour une population de près de 4 000 habitants. »

Ce sentiment d’abandon est partagé par Moalim Facinet, 3e imam de la mosquée de Gbéréyakhory, qui rappelle les sacrifices consentis pour l’édification du barrage :

« Nous avons besoin de courant. Depuis la construction du barrage hydroélectrique de Banéah, nos domaines cultivables sont engloutis par les eaux et nous n’avons aucun avantage de ce barrage hydroélectrique. Nous ne bénéficions d’aucun avantage, ni le courant, ni les produits halieutiques. Nos voisins de Gare Comoyah, de Friguiagbé, de Molota jusqu’à Damakania et autres d’ailleurs bénéficient du courant; pourtant c’est nous qui abritons le barrage. Nous demandons aux autorités, notamment au président de la République, de nous aider à avoir le courant. »

Agriculture en détresse et routes coupées

Le barrage a eu un impact dévastateur sur les activités agropastorales traditionnelles de la région. Des milliers d’hectares de terres arables ont été submergés par les eaux de retenue, rendant l’agriculture et l’élevage difficiles. Les populations peinent non seulement à produire, mais aussi à acheminer le peu de récoltes vers les marchés en raison de l’état des routes.

Le président du conseil de district détaille les difficultés d’écoulement : « Vous allez le voir, la route est complètement dégradée. Et comme vous l’avez constaté, Gbéréyakhory est un village agro-pastoral où la culture maraîchère est beaucoup pratiquée, mais l’écoulement des produits reste un problème entier. Donc nous lançons un appel aux autorités, de nous aider vraiment à reprofiler notre route. Les terres arables s’étendaient sur plusieurs hectares. Nos parents cultivaient du riz, du maïs, etc… Voyez-vous les bas-fonds ? Quand les eaux montent, elles submergent tous les bas-fonds. »

L’isolement est d’ailleurs amplifié par le fait que les cinq secteurs du district sont désormais séparés par les eaux du barrage, nécessitant l’usage d’une pirogue pour y accéder. L’imam Moalim Facinet insiste sur l’urgence de réparer l’infrastructure routière :

« Autre chose, l’infrastructure routière. La piste rurale dont nous disposons est impraticable. Pour avoir accès au district, c’est un véritable casse-tête pour les usagers et les conducteurs de motos-taxis, il est difficile pour les conducteurs de véhicules d’y avoir accès. »

L’éducation en déclin, l’avenir des enfants compromis

Sur le plan de l’éducation, l’unique école primaire du village, construite en 2002 grâce à un financement de la République fédérale d’Allemagne, est en crise. Depuis cinq ans, elle n’a enregistré aucun résultat aux examens d’entrée en 7e année, une situation que les citoyens attribuent au déficit de personnel enseignant qualifié et au comportement laxiste des maîtres.

Le responsable du village explique les lacunes pédagogiques qui brisent les espoirs des familles : « Nous avons deux bonnes écoles de trois classes ; le cycle est complet, mais le problème d’enseignants constitue un frein depuis cinq ans et demi, et cela vraiment est dû au comportement des enseignants vis-à-vis des élèves. Parce que la base a été complètement ratée. Si par exprès vous envoyez un élève qui n’a pas vraiment bien travaillé en classe supérieure, vous créez un problème insolvable. Un tel élève ne pourra jamais décrocher l’examen d’entrée en septième année. C’est le véritable problème ici. »

Face à ces échecs répétés, les parents d’élèves, étant une population rurale, se résignent à envoyer leurs enfants aux champs, privilégiant les travaux agricoles à une scolarité jugée inefficace. Les horaires de classe erratiques ne font qu’aggraver le problème :

« Les enseignants, ne viennent qu’à 9 heures et retournent à 11 heures. Les enfants sont abandonnés à eux-mêmes. La population étant rurale, si elle voit que les enfants ne font pas sérieux à l’école, elle les envoie au champ. L’autre problème, c’est que les cours c’est du matin au soir ; de 8 heures à 12 heures, et de 15 heures à 17 heures. Mais maintenant les cours du soir ont cessé, depuis plusieurs années. Et la semaine aussi, au lieu de continuer jusqu’au samedi, à partir de vendredi, ils arrêtent les cours. »

Interrogée sur le sujet, la directrice préfectorale de l’éducation de Kindia a cependant assuré que des dispositions sont envisagées pour résoudre ces problèmes éducatifs dans la localité.

En attendant, Gbéréyakhory continue de produire l’énergie qui éclaire d’autres, tout en s’enfonçant dans le noir et l’isolement, un symbole éloquent des défis de développement dans cette région.

Un reportage de Chérif Kéita,

Correspondant régional d’Africaguinee.com

À  Kindia.

Créé le 7 octobre 2025 17:21

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