Boulliwel : Quand le « chaos » crée l’opportunité (reportage)

Des carrosseries de véhicules transformées en chambres de fortune, des restaurants de circonstance qui voient le jour dans le chaos… C’est la situation vécue ces derniers jours par certains usagers de la route Mamou-Dalaba, un trajet habituellement fréquenté, mais devenu un véritable bourbier. Africaguinee.com est allé à la rencontre de ceux qui ont subi cette situation et de ceux qui tentent d’en tirer le meilleur parti.

Une attente interminable dans des conditions précaires

Bloqués sur cette route depuis plusieurs jours, les chauffeurs et leurs apprentis ont dû faire preuve d’ingéniosité pour survivre. C’est le cas de Mamadou Saliou Barry et Mamadou Lamarana Barry, deux conducteurs de poids lourds, qui ont transformé l’arrière de leur camion en chambre à coucher de fortune.

« Nous sommes sur cette route depuis lundi dernier », raconte Mamadou Lamarana Barry. « Pour manger, nous sommes obligés d’emprunter des mototaxis sous la pluie pour aller en chercher. Nous n’avons pourtant pas d’autres habits pour remplacer ceux qui sont mouillés. C’est seulement hier que les riverains nous ont donné à manger », explique-t-il.

Les conditions sanitaires sont également un problème majeur. « Avant, tu pouvais trouver de l’eau minérale en ville, mais hier nous n’en avons pas eu ; c’est l’eau de puits que nous buvons. Nous avons aménagé la carrosserie en attendant une solution, car nous ne pouvons pas tous rester dans la cabine », ajoute Mamadou Lamarana Barry.

Mamadou Saliou Barry, quant à lui, pointe les conséquences économiques et les risques de cette situation. « Certains ont fait ici quatre jours, d’autres cinq. La route est impraticable », explique-t-il. « Les remorques n’arrivent pas à remonter, elles se bloquent et ça cause d’énormes embouteillages. Si nos téléphones se déchargent, nous devons négocier avec les conducteurs de mototaxis pour les envoyer charger à Dalaba, ce qui nous coûte entre dix mille et quinze mille francs. »

Ce voyageur exprime également ses craintes concernant les marchandises: « Les gens sont bloqués ici avec des marchandises périssables, comme du poisson, des oignons et d’autres aliments. Si cela pourrit ici, ce n’est pas bon pour nous. »

Une opportunité pour les restauratrices de circonstance

Face à ce chaos, certaines femmes de la région ont vu une occasion d’aider les voyageurs tout en gagnant leur vie. Mariama Sadio Sow et Rouguiatou Sow sont de celles-là. Elles se sont lancées dans la vente de Lafidi, un plat local, pour venir en aide aux usagers bloqués.

« Nous commençons à cuisiner à 4 heures du matin pour finir vers 7 heures. Ensuite, nous venons ici pour vendre », explique Mariama Sadio Sow. « Parfois, nous préparons aussi pour donner à ceux qui sont bloqués près de chez nous. Ce n’est pas parce qu’on leur a donné gratuitement aujourd’hui qu’ils refuseront d’acheter demain », précise-t-elle.

Rouguiatou Sow, 21 ans, parcourt la distance depuis Boulliwel Centre en moto-taxi pour vendre son Lafidi aux personnes bloquées. « Nous faisons la cuisine pour venir au secours des passagers et des chauffeurs bloqués. Nous vendons beaucoup, mais parfois nous donnons aussi gratuitement, tout dépend des circonstances », dit-elle.

Mais malgré l’opportunité commerciale, son souhait principal est que la situation se résolve. « Mon souhait est que la circulation reprenne pour qu’ils puissent quitter ce calvaire », confie-t-elle. « D’habitude, ils nous trouvent à Boulliwel et mangent sur place avant de continuer. Aujourd’hui, ils sont bloqués, nous sommes obligés de venir à leur secours. »

Si la situation s’est normalisée un peu ce vendredi 8 août 2025, le calvaire des usagers de cette route de 143 km entre Labé et Mamou semble loin d’être terminé. Sur cet axe vital, il y a de nombreux points noirs. L’État est appelé à intervenir pour réparer ce tronçon qui est devenu une épreuve de survie pour de nombreux voyageurs.

Alpha Ousmane Bah&

Thierno Oumar Tounkara

Envoyés spéciaux d’Africaguinee.com

Créé le 9 août 2025 07:00

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