Bébé décédé en route vers Conakry : que s’est-il passé à l’hôpital préfectoral de Koundara ?

Peut-on mourir en 2026 parce qu’une ambulance est trop chère ? C’est la douloureuse question qui entoure le décès d’un nouveau-né survenu ce week-end à Boké. Victime d’une gastroschisis nécessitant une prise en charge chirurgicale immédiate, l’enfant a succombé durant son évacuation vers Conakry dans un véhicule de transport public.

Entre accusations de coûts prohibitifs et démentis de la direction de l’hôpital préfectoral, Africaguinee.com revient sur les circonstances d’un décès qui soulève une nouvelle fois la question de l’accessibilité des soins d’urgence en milieu rural.

Dans la journée du 1er mars, Africaguinee.com a partagé un SOS lancé par le père d’un bébé né le 26 février 2026, dans la préfecture de Koundara, avec une Gastroschisis. L’enfant est finalement décédé le même jour à Boké, alors que ses parents le transportaient vers la capitale à bord d’un véhicule de transport en commun.

Selon des informations recueillies par Africaguinee.com auprès du père du bébé, le coût de location de l’ambulance de l’hôpital préfectoral ainsi que l’attitude de certains agents n’auraient pas facilité le processus d’évacuation.

« Dans la nuit du mercredi au jeudi 26 février, j’ai accompagné ma femme Mariama Bandia au centre de santé de Saréboido. Nous sommes arrivés vers 4 heures du matin. Elle a accouché d’un bébé dont les intestins étaient à l’extérieur. On nous a recommandé d’aller à l’hôpital préfectoral de Koundara.

Là-bas, les médecins nous ont signifié qu’ils ne pouvaient pas assurer la prise en charge et qu’il fallait évacuer l’enfant. Ils nous ont parlé de deux options : Dakar ou Conakry. Nous avons dit que, comme nous sommes Guinéens, nous préférions Conakry.

On nous a demandé de réunir les frais de location de l’ambulance. Nous sommes retournés au village pour chercher de l’argent. Finalement, on nous a annoncé un montant de 3 800 000 francs guinéens. Pour nous, même réunir un million est difficile. Comment trouver près de quatre millions ?

N’ayant pas les moyens, nous avons opté pour un transport en commun. Même si nous étions arrivés à Conakry, c’était pour solliciter l’aide de bonnes volontés », a témoigné le père.

Le couple n’atteindra jamais la capitale. Le nouveau-né décède en cours de route, à Boké.

Le père affirme que l’hôpital leur a remis un dispositif pour couvrir l’abdomen du bébé ainsi que du sérum pour humidifier les compresses afin d’éviter le dessèchement des intestins. Il estime cependant que, si l’ambulance avait été accessible dès le jeudi matin, l’issue aurait pu être différente. « Je n’accuse pas l’hôpital. Je m’en remets à la volonté divine », a-t-il conclu.

La version de l’hôpital

Joint par notre rédaction, le directeur de l’hôpital préfectoral de Koundara, Dr Mamadou Oury Barry, confirme l’arrivée du couple et la consultation en chirurgie. Selon lui, les parents auraient initialement exprimé leur volonté d’évacuer l’enfant vers Dakar, où se trouverait le père.

« Nous leur avons dit que notre référence officielle est soit Labé soit Conakry. Pour Dakar, c’était leur choix personnel. Nous pouvions les accompagner jusqu’à Tamba… », explique-t-il.

Il précise que le tarif officiel de l’ambulance pour Conakry est de 2 800 000 francs guinéens, incluant les perdiems du médecin et du chauffeur (200 000 francs chacun). Selon lui, la direction n’a pas été directement saisie pour négocier ou rechercher une solution complémentaire.

Le chef du service pédiatrie, Dr Siba Bolamou, affirme pour sa part avoir entrepris des démarches auprès des services sociaux afin de mobiliser une aide pour la prise en charge à Conakry. Mais, à son retour, l’enfant avait quitté l’hôpital.

De son côté, l’interne en pédiatrie, Dr Bandjan Ibrahimossou, confirme avoir prodigué les premiers soins : compresses stériles imbibées de sérum physiologique pour protéger les intestins exposés — procédure standard dans les cas de Gastroschisis.

Il affirme que la mère lui aurait indiqué vouloir se rendre à Dakar avant de revenir plus tard sur cette décision. Docteur Bandjan Ibrahimossou, interne en pédiatrie, est celui qui a reçu l’enfant. Il a livré sa version des faits :

« C’est moi qui ai reçu l’enfant. Et, de surcroît, il est un parent direct à moi. Lorsque les parents ont dit qu’ils allaient se concerter, la mère m’a expliqué que le père de l’enfant se trouvait à Dakar. Elle m’a également dit qu’il venait de quitter le village, où il était venu pour le décès de son propre père, c’est-à-dire le grand-père du bébé.

Je lui ai expliqué et réitéré que Dakar pouvait être compliqué et surtout plus coûteux. Je leur ai dit que si, à Conakry, on parle de 5 millions, à Dakar cela pourrait atteindre 10 ou 15 millions de francs guinéens.

Je leur ai donc conseillé d’opter pour Conakry. Là-bas, il existe des aides et un fonds destiné aux patients qui n’ont pas les moyens de se prendre en charge. Ils m’ont répondu qu’ils allaient se concerter. Après leur concertation, ils sont revenus vers moi pour dire que le père souhaitait que l’enfant soit envoyé à Dakar, puisqu’il s’y trouve. »

Il poursuit : « Nous avons administré les premiers soins. Dans ce genre de cas, qu’on appelle une Gastroschisis, il faut éviter que les intestins exposés ne se dessèchent. Nous avons utilisé des compresses imbibées de sérum physiologique, qui a une composition proche des liquides de l’organisme. C’est ce que nous avons fait. »

Le médecin affirme que la mère lui avait assuré qu’ils partiraient à Dakar. « À ma grande surprise, le vendredi soir, le président du district de leur village (Sounkoutou) m’a appelé pour me dire que l’enfant était toujours là et que la famille était inquiète. Je lui ai répondu que la mère m’avait dit qu’ils partaient à Dakar. Il m’a assuré qu’ils n’étaient pas partis.

J’ai alors parlé à la mère. Je lui ai demandé pourquoi ils n’étaient pas partis comme prévu. Elle m’a répondu qu’en cours de route, la famille avait finalement décidé d’aller à Conakry. Elle m’a demandé le prix de l’ambulance. Je lui ai dit qu’en général, le tarif pour Conakry est de 3 800 000 francs guinéens. Je lui ai précisé que je parlais en tant que parent, et non en tant que responsable administratif. »

Selon lui, la famille a ensuite évoqué la possibilité d’un taxi. « Ils m’ont demandé si l’enfant pouvait arriver vivant en taxi. J’ai répondu que c’était possible dans les deux cas, mais que l’ambulance offrait davantage de sécurité, notamment avec l’accompagnement d’un agent de santé. »

Dr Bandjan affirme enfin que la famille n’est pas repassée par l’hôpital avant de prendre la route. « Lorsqu’ils ont quitté le village pour Conakry, nous n’en étions pas informés. Ils ne sont pas revenus à l’hôpital. Quand j’ai mentionné le montant de 3 800 000 francs, il n’y a pas eu de discussion. Je leur ai simplement dit que pour toute information officielle sur les tarifs, il fallait s’adresser à la direction de l’hôpital. »

Divergences

Alors que les médecins évoquent une volonté initiale d’évacuer vers Dakar, le père, contacté à nouveau par notre rédaction, maintient qu’il s’agit bien de son enfant et qu’il comptait se rendre à Conakry. Sur le montant de l’ambulance, le directeur précise que le coût total pour Conakry est de 2 800 000 francs guinéens, incluant les frais d’accompagnement médical.

Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com

Créé le 2 mars 2026 18:05

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