À la rencontre de Moustapha Diallo, 32 ans : un parcours entrepreneurial inspirant malgré le handicap…
LELOUMA — Mamadou Moustapha Diallo, est un jeune homme au parcours inspirant. Porteur d’un handicap physique survenu dans l’enfance suite à une maladie, il n’a jamais laissé cette épreuve définir son avenir. Après avoir quitté l’école en classe de CM1, Moustapha s’est lancé avec fougue dans le commerce, l’entrepreneuriat et la maintenance.
Bien que sa mobilité soit réduite, Moustapha, 32 ans, est aussi dynamique qu’un jeune valide. Il sert ses clients à l’intérieur de sa grande boutique, en ressort pour offrir du café ou vendre de l’essence aux passants, et gère son vidéo-club les soirs de match. Mieux encore, il se déplace pour installer des panneaux solaires, apportant l’électricité aux familles en zone rurale. Son rythme est soutenu et sans arrêt. Nous l’avons rencontré à Balaya, dans la préfecture de Lélouma. Son courage lui a aussi permis de fonder un foyer heureux, basé non pas sur la fortune, mais sur un respect mutuel.

Un dynamisme qui force l’admiration
À genoux, sa taille atteint à peine 1m10, mais ses ambitions, elles, sont immenses. Nous sommes à Hoore-Diooli, un district de la commune rurale de Balaya, situé à 10 km du centre urbain de Lélouma, sur la route Sagalé-Herico. De passage dans cette contrée, l’image de ce jeune homme force l’admiration.
Moustapha Diallo, trentenaire privé de l’usage de ses membres inférieurs, met tout en œuvre pour réussir sa vie. Bravant sa situation de handicap, il transforme les défis en opportunités pour s’épanouir en toute indépendance.
« Je suis né ici à Balaya. J’ai commencé l’école tardivement, en l’an 2000, car la maladie m’avait rattrapé très jeune. Cela a retardé mon inscription. En 5ème année (CM1), j’ai décidé d’arrêter car je sentais que mon niveau était faible, et j’ai voulu faire autre chose », confie-t-il.
Il poursuit : « Cette place, c’est mon grand-frère, qui vit actuellement au Gabon, qui l’a ouverte pour moi. J’ai repris la main, mais j’ai pensé à élargir mes activités à l’élevage, à la maintenance solaire et à d’autres prestations. Aujourd’hui, je fais un peu de tout. Lors des grands matchs, je trouve des jeunes pour m’aider et je reste à la boutique, ou inversement. J’ai aussi un pied dans l’élevage. Mais j’ai besoin de plus de moyens pour agrandir mes activités et employer plus de jeunes. »

Un bonheur conjugal sans artifice
Au-delà du travail, Moustapha est un homme comblé. « Mon plus grand bonheur aujourd’hui, c’est d’avoir une femme qui m’aime. Elle m’a donné une fille. J’ai été marqué car elle n’a fait aucune difficulté pour accepter ma demande de mariage. Ce ne sont pas toutes les filles qui acceptent un mari handicapé. Tout vient du bon Dieu. C’est un de mes frères qui nous a présentés, et on s’est entendus simplement. C’est une femme bien éduquée. Nous vivons un bonheur ensemble, sans richesse matérielle, mais elle a tout le respect pour moi. »

Hadjiratou Diallo, âgée d’une vingtaine d’années, est l’élue de son cœur. Femme calme, posée et respectueuse, elle ne regrette aucunement son choix conjugal.
« J’ai choisi Moustapha pour la vie. Nous avons un lien de parenté par alliance. Je découvre en lui un homme courageux et respectueux. Nous menons la vie que nous souhaitions, il assure les besoins de la famille et nous nous entendons bien, c’est le plus important. Je ne le connaissais pas avant le mariage, je viens du village de Silla, un peu plus loin. Je me suis engagée en sachant qu’il était à mobilité réduite, et je n’ai aucun regret. Je souhaite à tous les hommes vivant avec un handicap d’être aussi courageux que mon mari », témoigne Hadjiratou.

Un leader communautaire respecté
Le Docteur Mamadou Oury Diallo, ancien maire de Balaya, a découvert le jeune Moustapha lors de la campagne des élections communales de 2018. Il se souvient avoir été surpris de voir une personne porteuse de handicap prendre la parole au nom des populations locales.

« Vous vous souvenez des communales de 2018 ? Chaque candidat faisait sa tournée. Le jour où nous sommes arrivés dans ce village, j’ai vu ce jeune pour la première fois. Moustapha a pris la parole pour exprimer les besoins de la communauté de Hoorè-Djooli. C’était émouvant de voir un homme à mobilité réduite porter la voix des habitants avec autant de pertinence. Après mon élection, j’ai compris qu’il n’était pas qu’un simple citoyen, mais un véritable entrepreneur. Depuis, à chaque passage, je marque une pause pour échanger avec lui. Il a décidé de vivre de ses efforts au lieu d’attendre de l’aide », explique l’ancien maire.
L’ami et l’employeur
Mamadou Cellou Barry, un ami d’enfance, fréquente souvent la boutique de Moustapha et travaille parfois pour lui comme journalier. Pour lui, Moustapha est une source d’inspiration hors pair.

« Il vaut plus qu’un homme ayant ses membres au complet. Il entreprend dans tous les domaines : commerce, panneaux solaires, élevage, vidéo-club… C’est un garçon très sérieux. Parfois, c’est nous-mêmes qui devenons ses apprentis. Tout le village vient chez lui pour gérer certaines affaires, c’est un homme à tout faire. Nous avons commencé l’école ensemble avant que la maladie ne le rattrape. En voyant Moustapha déborder d’énergie, on se rend compte que ce n’est pas le physique qui fait l’homme. Le handicap d’une personne est lié au cœur, et non aux membres », confie Cellou Barry.
Marié et père d’une fille, Mamadou Moustapha Diallo ambitionne désormais d’élargir ses activités, notamment vers l’agriculture mécanisée, s’il obtient les moyens nécessaires.

Reportage réalisé par
Alpha Ousmane BAH
De retour de Balaya (Lelouma)
Pour Africaguinee.com
Tel : (+224) 664 93 45 45
Créé le 19 novembre 2025 15:14









