Koundara : À la découverte de Marou, doyen des villages badiarankés, aussi ancien que Labé

Situé à l’ouest de la préfecture de Koundara, le long de la Route nationale numéro 9, à environ 22 kilomètres de la commune urbaine et à 5 kilomètres de Saréboïdo, Marou est considéré comme le doyen des villages badiarankés, l’une des communautés minoritaires de la préfecture. Cette localité regorge d’histoire, tant par son ancienneté que par son originalité.

Marou est l’un des districts relevant de la sous-préfecture de Saréboïdo. Niché au pied du mont Badiar, ce village est présenté comme le berceau des localités badiarankés de la zone. Il se distingue par la richesse de son patrimoine culturel, la diversité de ses sites naturels et la chaleur de l’accueil de ses habitants. De nombreux manguiers entourent d’ailleurs le village, renforçant le charme de son environnement.

« Ici, c’est Marou. C’est d’ici que viennent tous les Badiarankés. Je ne me souviens pas exactement de la date de création du village, mais c’est ce que les anciens nous ont appris. Les descendants des fondateurs seraient mieux placés pour déterminer avec exactitude la date de création de Marou », explique Mamadou Sali Camara, l’un des doyens de la localité.

Selon les témoignages recueillis auprès de ce sage, Marou aurait été fondé à la même période que Labé, ville associée à Karamoko Alpha Mo Labé, vers 1755, d’après certaines sources historiques consultées par notre rédaction. Toutefois, cette information reste à vérifier. « Marou est plus ancien que ce que beaucoup peuvent imaginer », soutient notre interlocuteur.

Mamadou Sali Camara

L’agriculture constitue la principale activité des habitants. L’élevage du petit bétail y est également pratiqué. La localité est majoritairement peuplée de Badiarankés. On y retrouve aussi des Peuls du Fouta ainsi que des Diakhankés, qui cohabitent harmonieusement, formant une communauté attachée à ses racines et à son vivre-ensemble.

Un fidèle des régimes, mais toujours oublié

Ce vendredi, alors qu’une délégation du candidat de la GMD aux élections uninominales du 31 mai a été chaleureusement accueillie dans la localité, le doyen Mamadou Sali Camara a profité de l’occasion pour interpeller le candidat et son équipe sur la fidélité de Marou aux différents régimes qui se sont succédé en Guinée depuis l’indépendance.

« Nous avons toujours voté pour le pouvoir en place ou pour ses candidats. Mais les années passent et nous attendons toujours un geste de reconnaissance qui tarde à venir », déplore le doyen. Parmi les principales préoccupations des habitants figurent la construction d’un centre de santé moderne, la réhabilitation de la route nationale traversant leur localité, ainsi que l’édification d’une grande mosquée.

« Nous n’avons pas d’hôpital alors que Marou est le doyen des villages. Pourtant, de Paounka à Saréboïdo en passant par Woulandji, toutes ces localités disposent de structures sanitaires, sauf nous. Jusqu’à présent, nous sommes obligés de transporter nos enfants malades vers d’autres centres pour recevoir des soins. Même pour un simple rhume, il faut aller ailleurs. C’est une difficulté majeure pour nous », explique Mamadou Sali Camara.

Le sage affirme avoir encore plusieurs revendications, mais préfère insister sur trois priorités : le centre de santé, la mosquée et la réhabilitation de la route Koundara–Saréboïdo jusqu’à Kandika. « Ce sont les trois problèmes qui nous préoccupent le plus. Nous demandons aux autorités de nous aider à y faire face », lance-t-il. Selon ce doyen, plusieurs autres villages badiarankés seraient moins anciens que Marou, notamment Kouttan, Bagadaaji, Sounkoutou, Saréboïdo et Kamaby.

De son côté, Bachir Boiro, ancien président de la délégation spéciale de la commune rurale de Saréboïdo, confirme l’ancienneté de cette localité. « Marou aurait été fondé à la même période que Labé. Sa population est composée de Badiarankés, de Peuls et de Diakhankés. C’est surtout un village très accueillant dont les habitants vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage », explique-t-il.

L’ancien président de la jeunesse de Saréboïdo témoigne également de la fidélité politique de Marou depuis 1958.

« C’est une localité qui n’a jamais basculé dans l’opposition. Pourtant, elle n’a jamais bénéficié de véritables retombées de l’État. Je peux en témoigner. Il y a toujours eu des promesses, mais elles n’ont jamais été réalisées. Pourtant, le village est situé sur une route internationale reliant la Guinée à la Guinée-Bissau. Je profite donc de votre micro pour lancer un appel solennel à l’État et aux bonnes volontés afin qu’ils viennent en aide à ce beau village qui a tant attendu », plaide Bachir Boiro.

Le candidat aux élections uninominales du 31 mai à Koundara semble avoir bien saisi le message des sages de Marou concernant le manque d’infrastructures de base dans leur localité. Il promet de porter leurs préoccupations devant les autorités compétentes en cas d’élection.

« J’ai pris un engagement. Si j’ai la chance d’être élu député de Koundara, je porterai leur voix et leurs préoccupations à l’hémicycle afin que l’État guinéen puisse les prendre en compte et que Marou soit enfin doté des infrastructures qu’il réclame depuis longtemps. Selon les anciens, cette localité est aussi vieille que la ville de Labé. Pourtant, elle ne dispose ni d’un hôpital, ni d’un poste de santé digne de ce nom. Même l’école est vieillissante. Tout est à faire ici. Je crois qu’il est temps de se mobiliser pour Marou, comme pour toutes les localités de Koundara confrontées aux mêmes difficultés », explique Mamadou Boiro, dit Bill, candidat à la députation sous la bannière de la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD).

Marou et ses sites touristiques

Malgré l’absence d’infrastructures modernes, Marou demeure une destination touristique appréciée dans la région du Badiar. La localité abrite plusieurs sites à forte valeur culturelle et historique, parmi lesquels :

  • le tam-tam sacré « Nin M’ba », symbole de la tradition orale ;
  • les empreintes royales du mont Badiar, vestiges associés à des figures légendaires ;
  • la grotte de refuge, mémoire vivante des luttes passées ;
  • le trou sacré, lieu d’orientation des anciens guerriers ;
  • la cascade de Kantchoutadé, havre de fraîcheur au cœur de la nature ;
  • le caïman blanc de Woulandji, créature mystique respectée par les populations locales ;
  • et Taouwe N’na Koumba, espace de mémoire et de recueillement.

 

Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com

Créé le 24 mai 2026 14:50

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