Patrimoine culturel : 2 240 objets documentés, le Musée virtuel de Guinée franchit une étape décisive

CONAKRY – Le Musée national de Guinée a célébré, ce mercredi 16 septembre 2026, la clôture du chantier des collections du projet Musée virtuel de Guinée. Après plus de neuf mois de travaux, 2 240 objets ont été traités, documentés et intégrés dans une base de données. La cérémonie, marquée par la remise d’attestations aux cadres et agents mobilisés, a également été l’occasion de signer un mémorandum d’entente entre le Musée national, les Archives nationales et la Bibliothèque nationale, en vue de renforcer la coopération entre les institutions patrimoniales du pays.

La cérémonie s’est tenue au Musée national de Guinée, à Sandervalia, en présence de représentants des institutions culturelles guinéennes, de partenaires techniques et financiers ainsi que des professionnels ayant participé au chantier.

Financé par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères et mis en œuvre par Expertise France, en partenariat avec les institutions patrimoniales guinéennes, le projet Musée virtuel de Guinée vise à mieux connaître, préserver et valoriser le patrimoine culturel national à travers les outils numériques.

Au cœur de cette initiative, le chantier des collections a permis de renforcer les opérations d’inventaire, de documentation, de conservation et de numérisation des objets d’art.

2 240 objets traités, des compétences renforcées

Pour Amirou Conté, directeur général du Musée national de Guinée, cette initiative marque une étape importante dans l’histoire de l’institution.

« Pour la première fois dans l’histoire du musée, ce chantier a mobilisé le Musée national de Guinée, les Archives nationales de Guinée, la Bibliothèque nationale de Guinée, l’Institut de Recherche sur le Patrimoine et en Linguistique Appliquée (IRPLA) , l’Institut supérieur des arts Mory Kanté de Dubréka,  l’Office national du cinéma, de la vidéo et de la photographie (l’ONACIG) et le Musée de l’armée », a-t-il souligné.

Selon lui, des cadres issus de ces différentes structures ont participé aux travaux et bénéficié de plusieurs modules de formation, notamment en conservation, en numérisation et en gestion de bases de données.

Au-delà du traitement des collections, le directeur a insisté sur la dimension humaine de cette expérience, qui a permis de rapprocher les professionnels des institutions patrimoniales.

« Ceux qui ont bénéficié de ces formations ont créé une atmosphère d’entente, de cohésion, de convivialité, de fraternité et d’amitié. Ils nous ont montré que c’est possible de nous mettre ensemble pour avancer », a-t-il déclaré.

Amirou Conté a également salué l’accompagnement de la coopération française et d’Expertise France, dont il a apprécié l’approche humaine et la disponibilité des équipes.

Le chantier a notamment permis de traiter 2 240 objets, à travers plusieurs étapes : prélèvement, pointage, dépoussiérage, description, constat d’état, mesure, pesée, marquage et photographie.

Le numérique au service de la mémoire nationale

Prenant la parole au nom de l’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Christine Battesti, conseillère de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France, a rappelé que le Musée virtuel de Guinée ne saurait se limiter à une simple plateforme numérique.

« Le numérique est en réalité l’aboutissement d’un travail beaucoup plus profond, car avant de pouvoir montrer et valoriser les collections, il faut d’abord les connaître », a-t-elle expliqué.

Pendant plus de huit mois, les professionnels mobilisés ont ainsi travaillé à identifier les objets, à les documenter et à évaluer leur état de conservation.

Pour la diplomate française, ce travail scientifique constitue une étape essentielle pour préparer l’avenir du Musée national de Guinée, notamment dans la perspective de sa rénovation.

Christine Battesti a rappelé que la France accompagne également le projet de rénovation du musée, avec un financement de 16 millions d’euros annoncé en mai dernier.

« On ne peut concevoir les futures réserves, les espaces d’exposition et les conditions de conservation d’un musée sans connaître précisément les collections qu’il doit accueillir », a-t-elle indiqué.

Au total, 31 cadres et agents ont été formés, tandis que 25 professionnels ont suivi le parcours consacré au chantier des collections.

La numérisation, menée pendant plus de six mois avec l’entreprise française Somum3D, a permis de numériser 476 objets en deux dimensions et 13 en trois dimensions. Des cases ancestrales ont également été numérisées lors d’une mission à l’intérieur du pays.

Pour Christine Battesti, ces résultats vont au-delà de la production de ressources numériques. Ils traduisent aussi un transfert de compétences vers les équipes guinéennes, appelées à poursuivre ce travail dans d’autres institutions patrimoniales.

Une base de données pour rendre le patrimoine accessible

Les bénéficiaires des formations ont également témoigné des acquis du chantier et de leur volonté de mettre en pratique les compétences acquises.

Une participante issue de la Bibliothèque nationale de Guinée a notamment expliqué que les 2 240 objets traités ont suivi plusieurs étapes de documentation et de conservation.

La formation à la gestion des bases de données a, quant à elle, permis de centraliser et de structurer les informations relatives aux collections.

Selon les professionnels mobilisés, cet outil pourrait permettre aux Guinéens, y compris ceux vivant dans les régions les plus éloignées, d’accéder aux informations concernant les objets liés à leur histoire et à leur communauté.

« Cette base de données peut permettre à ma sœur de Zorzor, mon frère de Koundara ou ma tante d’une autre contrée de connaître toutes les informations sur un objet de sa contrée, de sa communauté ou d’une autre communauté », a expliqué une bénéficiaire.

Les agents formés se disent désormais disponibles pour accompagner d’autres musées du pays, notamment ceux dont la mise en place est envisagée dans les régions.

Un mémorandum pour pérenniser la coopération

La cérémonie a également été marquée par la signature d’un mémorandum d’entente entre le Musée national de Guinée, les Archives nationales et la Bibliothèque nationale.

Cet accord vise à formaliser une coopération autour de la préservation, de la transmission et de la valorisation de la mémoire nationale.

Il doit notamment favoriser les échanges de compétences, la mutualisation des ressources et la mise en œuvre d’actions communes autour des collections, des archives et du patrimoine documentaire.

Pour Christine Battesti, cette signature donne un cadre durable à une dynamique déjà engagée sur le terrain.

« Des projets qui ne s’arrêtent pas lorsque les financements prennent fin, mais qui permettent de créer des dynamiques durables entre les institutions et entre les professionnels », a-t-elle déclaré.

Le ministère de la Culture appelle à accélérer l’opérationnalisation de la plateforme

Représentant le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, le secrétaire général du département, Youssouf Boundou Sylla, a salué les résultats obtenus et insisté sur les prochaines étapes.

Le secrétaire général a appelé à la mise en place d’un plan de communication efficace pour assurer la visibilité de la plateforme du Musée virtuel de Guinée, dont la finalisation est en cours.

« Il est bien beau de revaloriser les objets, mais si on ne peut pas rendre ces objets visibles au public guinéen et étranger, c’est comme si l’argent du public ou des partenaires techniques et financiers avait été mis à la poubelle », a déclaré Youssouf  Boundou Sylla.

Le secrétaire général a ainsi invité la direction du musée à travailler avec les services de communication du ministère afin de promouvoir la plateforme sur les différentes plateformes digitales du gouvernement.

Youssouf Boundou a  insisté sur la nécessité de rendre le site accessible en français et en anglais, tout en procédant aux corrections nécessaires avant son lancement officiel.

Autre priorité évoquée : la pérennisation des acquis de la formation.  Le représentant du ministre de la culture a encouragé les cadres formés à transmettre leurs connaissances, notamment en perspective de la création de huit musées régionaux annoncée par le département.

« Il est important, avant que vous n’oubliiez ce que vous avez appris pendant ce projet, que vous commenciez vous-mêmes à donner des formations », a-t-il lancé.

Le responsable a par ailleurs rappelé que les données collectées dans le cadre du projet appartiennent à la Guinée et doivent rester sur le territoire national.

À travers la clôture de ce chantier et la signature du mémorandum d’entente, les institutions patrimoniales guinéennes entendent ainsi prolonger les acquis d’un projet qui associe documentation scientifique, conservation, transmission des compétences et valorisation numérique du patrimoine national.

Yayè Aicha Barry 

Pour Africaguinée.com

Créé le 16 septembre 2026 15:30

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