Plusieurs immeubles en passe d’être démolis face à l’aéroport: « Ils nous ont dit que c’est pour des raisons de sécurité de l’État »
CONAKRY – Des immeubles situés en face de l’aéroport international Ahmed-Sékou-Touré, sont dans le collimateur du ministère de l’Urbanisme. Une bonne partie de ces bâtiments devraient être démolis. Les occupants sont sommés de quitter. Sur place, l’inquiétude est grandissante. Une course contre la montre est engagée chez les occupants pour évacuer leurs biens avant l’entrée en action des pelleteuses.
Depuis dimanche, des occupants affirment avoir été invités à libérer certains bâtiments, pour des raisons de sécurité de l’État. Rencontrés ce lundi 14 septembre., plusieurs occupants de l’immeuble FERALUX sont revenus sur les conditions dans lesquelles ils ont été informés de cette opération.

« Ils nous ont dit que c’est pour des raisons de sécurité de l’État »
Amadou Camara, habitant du périmètre ciblé, affirme avoir acquis sa propriété depuis 1972. Selon lui, les occupants ont été informés dimanche de la décision visant l’immeuble.
« J’ai acheté ici depuis 1972. Ils sont venus nous dire de démanteler l’immeuble. » Face à cette annonce, les habitants ont cherché à comprendre les raisons de la décision.
« Nous avons demandé le pourquoi. Ils nous ont dit que c’est pour la sécurité de l’État. Nous avons été stupéfaits. »
Les habitants n’ont opposé aucune résistance contre la volonté des autorités malgré la surprise, explique Amadou Camara « Nous avons décidé de rester derrière les autorités. »

Ce lundi matin, des agents de sécurité étaient présents sur les lieux pour préparer l’opération. Selon cet habitant, les occupants ont également reçu des précisions sur les bâtiments concernés. « On nous a rassurés que seul l’immeuble qui surplombe est concerné. »
Les habitants demandent une indemnisation
Amadou Camara affirme comprendre les raisons liées à la sécurité, mais il sollicite un accompagnement en faveur des personnes concernées. « Si c’est pour la sécurité de l’État, nous ne nous opposerons pas, parce que notre sécurité en dépend aussi. »
Il demande surtout une indemnisation rapide. « Nous plaidons pour une indemnisation rapide, parce que les dépenses deviennent trop importantes après la démolition. »

Des locataires invités à quitter les lieux
Maître Soumah, huissier de justice est habitant du quartier Tanènè-Mosquée. Selon son témoignage, les occupants ont été invités à quitter les lieux rapidement. « J’ai vu une équipe mixte composée d’agents de la gendarmerie et de l’Habitat. »
Les travaux devaient commencer rapidement, explique-t-il. « Ils nous ont demandé de libérer les lieux dans les 48 heures parce que les travaux doivent commencer. »
Cette décision inquiète les locataires, notamment à cause de la conjoncture et du moment. « Ce n’est pas évident de venir déloger les gens en pleine saison hivernale. Nous sommes dans un bâtiment privé. »
Il affirme avoir demandé si des mesures d’accompagnement étaient prévues. « J’ai demandé s’il y avait des mesures d’accompagnement, mais on ne m’a pas donné de réponse. »
Pour les occupants, le principal problème reste maintenant de trouver un nouveau logement.

« Il faut trouver une maison et les moyens financiers pour pouvoir trouver un autre appartement. Si vous quittez un logement à 2 500 000 francs, ailleurs on peut vous demander 3 500 000 francs. Il faut parfois payer trois à cinq mois d’avance, voire six mois. »
D’après les informations communiquées aux occupants, l’opération ne concernerait pas forcément tout le bâtiment.
« Ils ont dit qu’ils vont démanteler jusqu’au niveau du premier étage. Les deuxième et troisième étages sont concernés. Même ceux qui sont au premier étage peuvent être exposés aux risques pendant les travaux. »
Dans une autre zone proche de la base militaire, Fanta Conté affirme avoir été informée samedi matin de l’urgence de quitter son logement. Selon elle, l’information lui aurait été donnée par des mécaniciens présents dans la zone.

« Les mécaniciens m’ont dit que des militaires étaient venus demander de libérer la maison dans les 24 heures. Je suis partie voir le chef de quartier. Il m’a dit qu’il n’était pas au courant. La mairie aussi dit qu’elle n’était pas au courant. Nous sommes là, nous attendons. Nous ne savons pas quoi faire. Nous n’avons pas où aller. »
« Qu’ils nous donnent au moins le temps »
Pour Fanta Conté, le problème n’est pas forcément de quitter les lieux, mais plutôt le délai accordé.
« Libérer la maison, c’est possible. Mais qu’ils nous donnent le temps. Comment on va faire dans les 24 heures ? On ne sait vraiment pas quoi faire. Le mieux, c’est de venir nous voir, discuter avec nous et de nous donner un délai. »
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 14 septembre 2026 18:20Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: BTP, Déguerpissement, Immobilier









