Ratoma : à Taouyah, un dépotoir sauvage menace les riverains et l’hôpital Jean Paul II

CONAKRY – Blotti juste derrière le Centre médical Jean Paul II, dans le quartier Taouyah (commune de Ratoma), un gigantesque dépotoir sauvage empoisonne le quotidien des habitants. Faute de système de collecte efficace, les déchets ménagers s’y accumulent depuis des années. Face aux risques sanitaires majeurs, citoyens et jeunes du quartier réclament une intervention d’urgence des autorités.

Un trou minier transformé en décharge béante

L’histoire de ce site remonte à plusieurs années. Selon Mamadou Alimou Diallo, président de la jeunesse locale et responsable d’une PME de collecte de déchets, l’espace appartenait initialement à une famille.

À l’époque, après indemnisation du propriétaire par la municipalité, une société minière roumaine y avait entrepris des prospections. L’abandon du projet a laissé derrière lui une excavation béante de plus de 50 mètres de profondeur.

D’abord utilisé comme retenue d’eau par les premiers habitants, le trou est rapidement devenu le réceptacle des déchets du secteur au fur et à mesure que le quartier s’est densifié.

« Les autorités locales de l’époque ont décidé d’utiliser ce trou comme point de regroupement. Au fil des ans, des carcasses de véhicules puis des tonnes d’ordures ménagères sont venues combler le vide », explique Mamadou Alimou Diallo.

Inquiétudes sanitaires et souvenir de la tragédie de Dar-es-Salam

Aujourd’hui, la saturation du site et la proximité immédiate des habitations rendent le quotidien insupportable pour le voisinage. L’odeur pestilentielle et les émanations toxiques inquiètent les familles.

« La situation est devenue invivable. Nos enfants sont constamment malades et nous enchaînons les consultations médicales », déplore Maïmouna Sow, une riveraine. Elle exhorte le gouvernement à agir pour éradiquer ce dépotoir et éviter un drame similaire au glissement de terrain meurtrier survenu à la décharge de Dar-es-Salam en 2017.

Les initiatives citoyennes atteignent leurs limites

Face à l’inaction des services publics, la jeunesse du quartier tente de limiter les dégâts. Mobilisations spontanées, sensibilisation et appels aux bonnes volontés se multiplient pour évacuer une partie des résidus.

« Vendredi soir encore, nous avons réussi à faire venir deux camions pour évacuer une partie des immondices. Mais nos seuls moyens ne suffisent plus. Il faut une aide gouvernementale et l’envoi de matériels lourds », insiste Loua Edouard, un habitant du quartier.

Pour Mamadou Alimou Diallo, l’objectif ne doit pas être la suppression pure et simple de tout point de collecte — ce qui risquerait de multiplier les dépôts sauvages dans les ruelles —, mais la modernisation du site. Il plaide pour la construction d’une Zone de Transit et de Tri (ZTT) encadrée et modernisée.

La mairie dit chercher une solution durable

Interrogé sur la situation, un conseiller communal de Ratoma a assuré que la municipalité était consciente de la gravité du problème : « Nous suivons ce dossier de près et nous travaillons à la mise en place d’une solution définitive. »

En attendant des actes concrets, les riverains de Taouyah et le personnel du Centre Jean Paul II gardent les yeux rivés sur cette montagne de déchets qui ne cesse de grandir.

Mamadou Yaya Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 13 septembre 2026 09:51

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