Gestion des ordures à Conakry : Pourquoi la chaîne de collecte est-elle paralysée à Cosa ?

CONAKRY – Des montagnes d’ordures à ciel ouvert, des bacs de collecte débordants, des tricycles immobilisés faute de pouvoir déverser leur contenu et une odeur nauséabonde qui envahit les alentours. Dans plusieurs Zones de transit et de tri (ZTT) de la capitale guinéenne, la situation devient de plus en plus préoccupante. Conséquence : les petites et moyennes entreprises (PME) chargées de la pré-collecte ne parviennent plus à évacuer les déchets, tandis que les ménages abonnés au service voient leurs concessions se transformer en dépotoirs. À Cosa, les habitants ne cachent plus leur colère. Depuis plusieurs jours, les ordures ménagères s’accumulent dans les concessions sans qu’aucun agent de collecte ne passe les récupérer.

Abonnée à une PME de ramassage des ordures, Foutou Kébé raconte son calvaire quotidien : « Nous sommes abonnés à une PME de ramassage des ordures ménagères. Nous payons chaque mois pour bénéficier de ce service, mais depuis plusieurs jours, personne ne vient récupérer nos déchets. Aujourd’hui, les ordures sont entassées dans notre concession depuis plusieurs semaines. Nous vivons avec les mauvaises odeurs, les mouches et les moustiques. Nous avons des enfants à la maison et nous craignons pour leur santé. Nous ne comprenons pas pourquoi cette situation perdure alors que nous remplissons toutes nos obligations. Nous demandons aux autorités et aux responsables de trouver rapidement une solution avant que la situation ne dégénère davantage. »

Même inquiétude chez Fatoumata Binta Bah, également abonnée à une société de pré-collecte. « Nous sommes abonnés depuis plusieurs mois et nous payons régulièrement les frais de ramassage. Pourtant, depuis plusieurs jours, les agents ne viennent plus récupérer les ordures.

Nous avons essayé de joindre les responsables de la PME à plusieurs reprises, mais ils ne décrochent pas nos appels. Personne ne nous explique ce qui se passe. Les déchets continuent de s’accumuler devant nos maisons et cela devient insupportable. Nous voulons simplement que le service reprenne normalement ou qu’on nous dise clairement où se trouve le problème. »

Au niveau des Zones de transit et de tri, les difficultés sont également visibles. Les bacs sont pleins, les déchets débordent et les tricycles attendent parfois plusieurs jours avant de pouvoir décharger leur cargaison.

Rencontré dans une ZTT, Aboubacar Camara, acteur de la collecte des déchets, décrit une situation devenue critique. « Nous sommes dans cette situation depuis plusieurs jours. Nous travaillons dans des conditions extrêmement difficiles parce que nous ne disposons que de deux bacs à ordures et de deux camions pour évacuer tous les déchets. Parmi ces deux camions, l’un est complètement en panne et l’autre fonctionne très difficilement. Nous n’avons aucun camion de secours. Hier, le seul camion encore opérationnel est venu évacuer les déchets vers quatre heures du matin avant de repartir. C’est avec ce seul moyen que nous essayons de gérer toutes les ordures produites par plusieurs quartiers. Les PME sont complètement bloquées. Certaines disposent de deux tricycles, d’autres de trois, quatre ou même cinq, mais elles ne peuvent plus travailler parce qu’il est impossible de vider les déchets ici.

Les communes sont informées de cette situation. Nous ne savons plus si l’État veut réellement accompagner les PME qui assurent pourtant un service indispensable à la population. Aujourd’hui, certains abonnés refusent de payer parce que leurs ordures ne sont plus ramassées depuis plusieurs jours. Pourtant, ce sont ces recettes qui nous permettent de payer les salaires de nos travailleurs. Nous demandons aux autorités de nous accompagner en mettant à notre disposition des camions supplémentaires et davantage de bacs à ordures. C’est la seule solution pour sortir de cette crise qui risque d’avoir de graves conséquences sanitaires. »

Dans une autre Zone de transit et de tri, un responsable ayant requis l’anonymat affirme que les travailleurs sont à bout. « Nous sommes vraiment fatigués de cette situation. Chaque jour, nous faisons le tour des quartiers pour ramasser les ordures avant de les transporter vers la ZTT. Mais aujourd’hui, les zones de transit sont totalement saturées. Nous ne savons plus où déposer les déchets. Les tricycles restent immobilisés pendant des heures, parfois plusieurs jours, ce qui bloque complètement notre travail sur le terrain. Pendant ce temps, les ordures continuent de s’accumuler dans les quartiers et les habitants nous tiennent pour responsables alors que le problème dépasse les PME. Nous lançons un appel pressant aux maires des différentes communes afin qu’ils prennent toutes les dispositions nécessaires pour désengorger les Zones de transit et permettre une reprise normale des activités de collecte. »

Face à cette situation qui prend de l’ampleur, les acteurs de la filière de l’assainissement appellent les autorités communales et le ministère en charge de l’Assainissement à agir rapidement afin d’éviter d’autres difficultés sanitaires dans la capitale guinéenne, où les déchets s’amoncellent de jour en jour.

Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 août 2026 07:34

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