Almamy Bocar Biro: Accession au trône, trahisons, alliance avec Samory, chute…Les éclairages de l’historien Maladho Siddy Baldé
Pr Maladho Siddy Baldé sur Bocar Biro : « C’était une résistance de naissance »
CONAKRY- Plus d’un siècle après la mort de l’Almamy Bocar Biro à la bataille de Porédaka, son nom demeure fortement ancré dans la mémoire historique du Fouta-Djallon et de toute la Guinée. Alors que les autorités guinéennes entreprennent des démarches pour obtenir la restitution de sa tête, l’historien le Professeur Maladho Siddy Baldé revient sur le parcours du dernier Almamy du Fouta-Djallon, son combat contre la pénétration coloniale et son alliance avec Samory Touré. (Première partie).
AFRICAGUINEE.COM : Le gouvernement guinéen a récemment annoncé avoir engagé des démarches pour obtenir la restitution de la tête de l’Almamy Bocar Biro. Que représente, sur le plan historique et symbolique, cette démarche pour la Guinée ?

PR MALADHO SIDDY BALDE : Pour moi, c’est une occasion solennelle que je salue personnellement et que je soutiens. C’est une démarche à laquelle tout le peuple de Guinée s’attendait, particulièrement les historiens et la communauté des historiens de Guinée. Plus spécifiquement, c’est une démarche qui me tient à cœur, puisque je travaille sur Bocar Biro depuis plus de 30 ans. Je salue donc cette initiative et je souhaite qu’elle aboutisse à des résultats tangibles, afin que la Guinée puisse retrouver les restes amputés du corps de Bocar Biro Barry, le dernier Almamy du Fouta-Djallon.
Qui était réellement l’Almamy Bocar Biro ?
Almamy Bocar Biro, pour la grande histoire — parce que, pour moi, il n’y a pas de petite histoire — est le fils de l’Almamy Oumar, l’un des plus grands Almamys à avoir régné sur le Fouta-Djallon, et de Nenan Djiariou, sa mère. Il est devenu le 14ᵉ Almamy du Fouta-Djallon. Très tôt, il s’est affirmé comme un dirigeant désireux de revenir aux traditions des pères fondateurs du Fouta-Djallon, c’est-à-dire d’allier à la fois l’islam, le pouvoir politique et le pouvoir religieux.
Il entendait également résister aux tentatives de domination étrangère qui se manifestaient un peu partout, notamment sur les côtes guinéennes, en direction de la Sierra Leone et dans la région du Haut-Niger. Il s’est donc inscrit, dès le départ, dans une posture de résistance, bien avant la fatidique rencontre qui allait mettre fin à sa vie et à l’existence de son royaume.
Dans quel contexte politique et social Bocar Biro a-t-il accédé au pouvoir au Fouta-Djallon ?
Il a accédé au pouvoir comme tout candidat au pouvoir. Au Fouta-Djallon, le pouvoir central, le pouvoir confédéral, celui de Timbo, était exercé de façon sélective et élective. On pouvait ainsi avoir à Timbo deux obédiences politiques — deux partis politiques, si vous me permettez cette comparaison — ou, si vous préférez, deux branches. Il y avait les Soriya, descendants de l’Almamy Sory Mawdho, et les Alfaya, descendants de son grand frère, Karamoko Alfa Mo Timbo. À un moment donné, le pouvoir s’exerçait donc de façon bicéphale et alternative : les Soriya venaient au pouvoir pendant deux ans, puis se retiraient librement, avant de céder la place aux Alfaya pour deux ans, et vice versa.
Cependant, il arrivait que les compétitions ne se limitent pas à l’affrontement entre Alfaya et Soriya. Parfois, elles se déroulaient à l’intérieur même d’une branche donnée. C’est ce qui s’est produit à l’époque de l’Almamy Bocar Biro. Lorsqu’il s’est porté candidat, il y avait deux prétendants potentiels. Il y avait son grand frère, l’Almamy Pathé, qui était l’aîné et qui, au regard du principe de hiérarchie, devait être le candidat unique.
Mais compte tenu du contexte que nous venons d’évoquer, marqué par les visées impérialistes et coloniales visant à attaquer le Fouta, à le détruire et à l’intégrer à ce qui allait devenir la Guinée française, Bocar Biro s’est également porté candidat. C’est donc dans ce contexte de compétition à l’intérieur même de la branche Soriya que l’Almamy Bocar Biro va accéder au pouvoir, après avoir éliminé son grand frère Pathé ainsi que quelques autres adversaires potentiels qui se dressaient sur son chemin vers le pouvoir et durant son règne.
Le contexte était donc très tendu. Il y avait les compétitions à l’intérieur de sa propre branche, les Alfaya qui attendaient leur tour, mais aussi un Fouta divisé entre les partisans de Mamadou Pathé et ceux de Bocar Biro. À cela s’ajoutaient les visées impérialistes et colonialistes qui se manifestaient sur les côtes et dans la région du Haut-Niger.
Quelle était la situation du Fouta-Djallon au moment où les puissances coloniales, notamment la France, ont commencé à renforcer leur présence dans la région ?

Il y avait beaucoup de compétitions. Le pouvoir à Timbo, qui ne devait pas être divisé et qui ne devait pas connaître de contradictions internes, était pourtant confronté à ces divisions. À Timbo même, il y avait des rivalités à l’intérieur de la branche Soriya, tandis que les Alfaya attendaient leur tour. Il y avait également les différentes provinces du Fouta, qui étaient semi-autonomes puisque le Fouta était organisé comme une confédération. Et, à côté de tout cela, il y avait le pouvoir colonial qui avançait.
Il faut également reconnaître que le Fouta connaissait un système qui comportait des pratiques esclavagistes, du fait notamment de sa position géopolitique centrale. À l’est, il y avait Samory Touré. Il y avait également El Hadj Oumar qui arrivait avec des contingents d’esclaves qu’il vendait au Fouta-Djallon. Le Fouta les faisait ensuite transiter vers la côte, où se trouvaient des commerçants négriers, etc.
Il y avait donc toutes ces tensions internes. C’était également une période où l’islam ne se présentait plus comme auparavant. On assistait à une tendance à la séparation entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique, ce qui n’était pas le cas au moment de la création du Fouta théocratique.
L’Almamy Bocar Biro accède au pouvoir. Il est décrit comme l’un des résistants à la pénétration coloniale française. Est-ce uniquement une question de défense de la souveraineté ou y avait-il également d’autres enjeux ?
Il y avait beaucoup d’enjeux géopolitiques. Comme je viens de le dire, Bocar Biro avait probablement une vision plus lointaine de la situation que certains candidats potentiels au pouvoir à Timbo.
Il a vu que la Sierra Leone était divisée. Il a également constaté que les Français, à partir de Dubréka, Boffa, du Rio Pongo et du Rio Nunez, avaient des visées expansionnistes sur le Fouta-Djallon. Il voyait également venir des menaces de l’Est.
Il avait en tête ceux qui s’étaient opposés au pouvoir d’El Hadj Oumar Tall, ainsi que ceux qui s’étaient opposés à l’existence de l’État de Samory Touré. Il voyait donc toutes ces forces qui menaçaient le Fouta-Djallon et il a voulu accéder au pouvoir pour s’y opposer. C’est ce qui explique qu’il ait rencontré beaucoup de difficultés à gérer à la fois les affaires intérieures, le pouvoir en interne, mais aussi les menaces extérieures.
Quelle place Almamy Bocar Biro occupait-il dans la résistance à la conquête coloniale en Afrique de l’Ouest ? Peut-on le comparer à d’autres figures comme Samory Touré, Alpha Yaya Diallo ou autres ?
En tant qu’historien, je n’aime pas beaucoup les comparaisons, parce que je n’aime pas personnellement les jugements de valeur qui consistent à dire que telle figure est grande et que telle autre est petite. Mais, s’agissant de l’Almamy Bocar Biro Barry, le simple fait qu’il ait accédé au pouvoir dans les conditions que nous venons d’évoquer, avec toutes les difficultés qu’il a rencontrées, laisse déjà apparaître une forme de résistance qui était, en quelque sorte, inscrite dans son parcours.
Il est donc arrivé au pouvoir pour s’opposer d’abord aux contradictions internes qui pouvaient diviser le pouvoir et l’empêcher de gouverner comme il le souhaitait. Ensuite, il était confronté au contexte géopolitique qui l’entourait. Les conquêtes coloniales s’annonçaient alors un peu partout.

El Hadj Oumar Tall avait déjà des difficultés avec la France. Samory Touré, quant à lui, avait été repoussé vers l’Est. C’est ainsi qu’il s’est dirigé vers ce qui correspond aujourd’hui à la Côte d’Ivoire. D’autres figures de la résistance, comme Dinah Salifou et Zébéla Togba, rencontraient également des difficultés. Tous les résistants que nous connaissons étaient confrontés à cette menace.
Mais l’Almamy Bocar Biro et Samory Touré se sont également rapprochés. Tous deux étaient des résistants qui avaient conscience du danger qui les menaçait et ils ont collaboré. Je ne veux pas anticiper sur la suite, mais lors de la bataille de Porédaka, en 1896, il y avait déjà des Sofa envoyés par Samory Touré pour soutenir la lutte menée par l’Almamy Bocar Biro.
On présente souvent Bocar Biro comme le dernier Almamy du Fouta-Djallon. Que signifie réellement cette appellation et quelle fut son importance dans l’histoire politique du Fouta ?
Almamy, d’abord, désigne un dirigeant à la fois politique et religieux. Ce n’était donc pas comme aujourd’hui. Pour devenir Almamy, il fallait d’abord s’affirmer comme quelqu’un qui maîtrisait le Coran et appliquait les principes fondamentaux de l’islam. Il fallait être reconnu pour cela avant même d’être élu.
Une fois élu, l’Almamy devenait le représentant des neuf provinces du Fouta-Djallon. Le pouvoir reposait d’abord sur l’islam, puisque les lois de l’État théocratique du Fouta-Djallon étaient fondées sur le Coran et les principes fondamentaux de l’islam.
Il fallait donc s’affirmer d’abord comme un religieux, puis comme un homme politique, un dirigeant et un leader politique. L’Almamy Bocar Biro réunissait ces deux dimensions.
À cela s’ajoutait la dimension militaire, car le Fouta-Djallon était également connu comme une puissance militaire. Almamy Bocar Biro était, depuis la vie de son père, considéré comme un grand guerrier, un guerrier invincible. Il réunissait donc toutes ces dimensions — religieuse, politique et militaire — qui étaient nécessaires pour s’affirmer comme Almamy. Et c’est ce qui fut fait.
Que s’est-il réellement passé lors de la bataille de Porédaka en 1896 ? Quelles furent les circonstances de la mort de Bocar Biro ?

La bataille de Porédaka constitue l’apothéose de différentes batailles menées contre Almamy Bocar Biro. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs, il a été victime d’un complot — n’ayez pas peur du mot — d’une trahison ou, si vous préférez, d’une attaque menée contre lui à l’intérieur même du Fouta-Djallon.
La plupart des neuf provinces se sont ainsi coalisées contre lui. Il y a notamment eu la bataille de Bantignel. Lors de cette bataille, il s’est retrouvé en difficulté. Il a alors fait un pas en arrière pour mieux sauter. Pour ma part, je ne dirais pas que l’Almamy a fui.
Il a quitté les lieux, s’est préparé et est revenu. Il s’est rendu dans le Monoma à Kébou, dans l’actuelle préfecture de Télimélé, où il s’est préparé militairement avant de revenir. La rencontre a ensuite eu lieu à Peteldjiga. Le nom Peteldjiga serait lié à cette bataille et signifierait « la roche des charognards ».
C’est là, franchement, que le Fouta a perdu une grande partie de ses ressources humaines, notamment en termes de leadership, de maîtrise du Coran, de vision politique et de puissance militaire. À l’issue de cette bataille, Bocar Biro a réussi à vaincre les forces qui s’opposaient à lui et à consolider son pouvoir.
Mais il avait désormais presque tout le Fouta contre lui. Les ennemis qui avaient échappé à la bataille de Peteldjiga sont alors allés faire appel à De Beckmann, à Dubréka, qui représentait le pouvoir colonial, ainsi qu’à Fassies, au Niger. Le pouvoir colonial a donc pris des dispositions pour intervenir, officiellement sous prétexte de venir soutenir les adversaires internes de Bocar Biro. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu la bataille de Porédaka.
Et cette bataille de Porédaka de 1896, quelles furent les circonstances de la mort de l’Almamy Bocar Biro ?
Historiquement, nous avons une version officielle. À la bataille de Porédaka, il faut reconnaître que Bocar Biro était moins bien armé que ses adversaires, puisqu’il faisait face à une coalition des neuf provinces, soutenue par les forces coloniales et les visées expansionnistes venues de la Basse-Côte et du Soudan. Du point de vue des forces en présence, l’ennemi était donc mieux armé que lui. Il s’est alors senti vaincu. Le premier signe de sa défaite a été la chute de Sory, son fils.
Sory, son fils, qui voulait véritablement se montrer comme le Bonaparte de cette bataille, avait été signalé aux Français. Ceux-ci ont tiré sur lui et il est tombé. Le deuxième signe de sa défaite a été la chute de son cheval. Entre l’Almamy Bocar Biro et son cheval, Dieu seul savait ce qui existait. C’était comme s’il y avait un secret, comme une convention entre les deux. Lorsque le cheval a été atteint par les tirs et est tombé, Bocar Biro a compris que c’était certainement la fin.
Il s’est alors retiré quelque part. C’est la version officielle. Ses adversaires l’ont poursuivi et sont finalement venus le retrouver. Ils ont voulu l’abattre. Mais il aurait vu la manière dont on voulait se débarrasser de lui, avec des bâtons, et aurait dit : « Non, c’est le chien ou le singe qu’on abat comme ça. Laissez-moi m’offrir à vous. »
Il aurait alors accompli deux rakaʿat de prière, puis se serait débarrassé de son pouvoir mystique — je ne dis pas magique —, de ce pouvoir que Dieu lui avait offert, avant de se mettre à leur disposition. Ils ont tiré sur lui. Selon cette version, on lui aurait ensuite coupé la tête et envoyé celle-ci à Timbo, afin de la présenter comme un trophée à De Beckmann, qui attendait justement la fin de Bocar Biro.
Pourquoi cet épisode est-il resté aussi longtemps dans la mémoire collective du Fouta-Djallon ?
Cette bataille est connue et, comme vous le dites, elle est restée dans la mémoire collective. Les gens s’en souviennent encore aujourd’hui et s’en souviendront demain, jusqu’à la fin du monde, si tant est qu’il y en ait une. C’est d’abord parce que Bocar Biro était un leader national. C’était leur leader.
Il a combattu au nom de la liberté de son peuple, au nom de la liberté de son État et au nom de la liberté du Fouta théocratique. En tant que tel, tout le monde se souvient de lui. Les historiens se souviennent de lui, les hommes politiques se souviennent de lui et le peuple de Guinée se souvient de lui. C’est grâce à cette mémoire que nous avons aujourd’hui cette décision salutaire du gouvernement guinéen, que nous saluons avec force et détermination.
À l’entame de votre intervention, vous avez souligné la coalition qui existait entre les Almamy Bocar Biro et Samory Touré. Quels étaient les rapports entre les deux ? Était-ce une relation d’alliance, de méfiance ou de rivalité ?
Je pense qu’il s’agissait d’abord d’une alliance fondée sur l’amitié. Ensuite, c’était une alliance basée sur les intérêts majeurs du peuple de Samory et du Fouta-Djallon. Je ne sais pas, l’histoire pourrait peut-être révéler d’autres éléments, mais nous n’avons pas encore eu de leaders aussi charismatiques, aussi emblématiques, aussi visionnaires, aussi actifs et aussi déterminés à défendre leur État, leur nation et leur souveraineté que l’Almamy Samory et l’Almamy Bocar Biro. C’était donc une amitié fondée sur quelque chose de concret, de beau, de juste et de vrai ; quelque chose fondé sur l’histoire et les intérêts majeurs de leurs peuples.
Y avait-il des échanges entre les deux, notamment en matière de défense, ou en tout cas un pacte prévoyant que si l’un était attaqué, l’autre lui fournirait des hommes ?

Je ne vois pas les choses comme nous les voyons aujourd’hui, où il faut nécessairement tout mettre sur papier, etc. Mais, pour la grande histoire, il faut rappeler que lorsque l’Almamy Samory est arrivé au pouvoir, il a rencontré un problème lié à son titre religieux.
Étant issu du Manding, il devait, en principe, porter le titre de Mansa Samory. Mais il a préféré autre chose parce que, très tôt, il s’était affiché comme un défenseur de l’islam. Il a donc choisi de prendre le titre d’Almamy.
Dans cette démarche, il y a eu une véritable complémentarité et une assistance du Fouta-Djallon pour que l’Almamy Samory puisse être consacré ou reconnu comme Almamy. L’amitié existait donc déjà. Avant même que Bocar Biro n’arrive au pouvoir, le Fouta-Djallon et l’Almamy Samory entretenaient des relations.
Vous vous rappelez qu’à un moment donné, il y a eu plusieurs mouvements de dissidence au Fouta-Djallon. Nous pouvons en citer au moins trois : le mouvement « Houbou » de Fitaba, le mouvement d’Ibrahima Ndama et le Waliou de Gomba. Le mouvement le plus structuré de l’époque — je ne fais pas de comparaison et je ne dis pas que les autres ne l’étaient pas —, mais celui qui préoccupait à la fois Samory et le pouvoir de Timbo, était le Houbou de Fitaba. Or, la constitution du Fouta-Djallon ne permettait pas à un Almamy de combattre d’autres musulmans. Le pouvoir de Timbo a donc fait appel à Samory.
Samory est venu intervenir, ce qui a permis de mettre fin au mouvement Houbou de Fitaba. L’amitié entre le Fouta-Djallon et Samory, entre les Almamys du Fouta et Samory, était donc une amitié ancienne, qui existait avant même l’arrivée de l’Almamy Bocar Biro au pouvoir.
Il faut insister sur ce point, parce que j’entends souvent dire, notamment sur les réseaux sociaux, qu’il n’existait rien entre l’Almamy Samory et Alpha Yaya. L’amitié, la coopération et l’assistance réciproque existaient entre l’Almamy Samory et les Almamys de Timbo.
Samory Touré a aussi résisté à la pénétration coloniale française un peu plus longtemps que Bocar Biro. Pourquoi leurs stratégies de résistance n’ont-elles pas été identiques ?
Parce que l’Almamy Samory est arrivé au pouvoir bien avant l’Almamy Bocar Biro. Ce dernier est arrivé au pouvoir vers 1894, alors que Samory était déjà âgé et exerçait le pouvoir depuis longtemps.
On ne peut donc pas, sur ce plan, les comparer en se demandant pourquoi l’un a résisté plus longtemps que l’autre. Ils n’ont pas accédé au pouvoir à la même période ni au même moment. Ils ont vécu à la même époque, mais leurs parcours politiques n’ont pas commencé au même moment.
Existe-t-il des éléments historiques permettant d’affirmer que Bocar Biro et Samory Touré ont coordonné leurs actions ou échangé directement ?
Lors de la bataille de Porédaka, il y avait des Sofa de Samory. L’Almamy Samory avait envoyé des troupes d’intervention pour aider Bocar Biro à résister à la conquête coloniale. Malheureusement, les forces internes et externes coalisées contre Bocar Biro étaient plus importantes et plus puissantes que cette coalition entre les troupes envoyées par Samory et les forces dont disposait l’Almamy Bocar Biro.
Avec le recul historique, peut-on considérer que les divisions politiques entre les différents pouvoirs de la région ont facilité la conquête coloniale française ?
Vous savez, pour le pouvoir colonial, la meilleure stratégie — si tant est qu’il y en ait une meilleure que les autres — ou, en tout cas, la stratégie fondamentale, c’était d’abord de diviser.
Si les résistants africains n’avaient pas été divisés, c’est-à-dire l’Almamy Samory à l’époque, El Hadj Oumar, Bocar Biro, Dinah Salifou, Zébéla Togba, Kissi Kaba et bien d’autres, et si tous avaient eu le temps de se donner la main et de résister ensemble, peut-être que nous n’aurions pas connu les défaites que nous avons connues ici et là.
A suivre!
Entretien réalisé Par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 9 août 2026 09:00Nous vous proposons aussi
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