Histoire de la Guinée : « Le mois de septembre est le plus marquant », affirme le Professeur Maxime Koivogui

CONAKRY- Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, le Professeur Maxime Koivogui, historien et Inspecteur général du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, est revenu sur la dimension singulière du mois de septembre dans la trajectoire politique de la Guinée. Il aborde également les enjeux mémoriels liés au retour annoncé des reliques de l’Almamy Samory Touré et des restes de l’Almamy Bokar Biro.

Septembre, un mois au cœur du destin guinéen

Pour cet historien et observateur de la vie politique guinéenne, le neuvième mois de l’année porte une charge symbolique. « Le mois de septembre est le mois le plus marquant de l’histoire politique de la Guinée », confie Professeur Maxime Koivogui.

Selon lui, de la fin du XIXe siècle à nos jours, plusieurs événements majeurs ont façonné l’histoire de la nation à cette période :

  • 29 septembre 1898 : La capture de l’Almamy Samory Touré par les troupes coloniales françaises.
  • 28 septembre 1958 : Le vote historique du « Non » lors du référendum, ouvrant la voie à l’indépendance de la Guinée.
  • 1er septembre 2000 : Le déclenchement des attaques rebelles le long des frontières nationales.
  • 28 septembre 2009 : La répression sanglante au stade de Conakry.
  • 5 septembre 2021 : La prise de pouvoir par le général Mamadi Doumbouya avec le soutien des forces de défense et de sécurité.

Interrogé sur le caractère récurrent de ces événements en septembre, l’universitaire se montre nuancé :

« Est-ce une coïncidence ou un phénomène mystique ? Je penche pour une coïncidence, parfois heureuse, parfois malheureuse. Malheureusement, quand on pense aux attaques de septembre 2000 ou aux événements du 28 septembre 2009, où de nombreux Guinéens ont perdu la vie. »

Restitution des reliques

Au-delà du calendrier, l’actualité est marquée par les démarches visant la restitution de biens culturels et de restes humains symboliques. Il s’agit des manuscrits de Samory Touré, ainsi que des dépouilles de l’Almamy Bokar Biro et de ses compagnons.

Pour le Professeur Koivogui, cette initiative représente une étape essentielle pour la mémoire collective :

« Aujourd’hui, c’est un moment extrêmement fort pour les historiens guinéens et africains. Plus de 120 ans plus tard, il est question du retour du Coran et des manuscrits de l’Almamy Samory Touré, ainsi que de la restitution des restes humains de l’Almamy Bokar Biro et de ses compagnons. C’est une opportunité unique pour notre histoire. »

L’historien rappelle par ailleurs les ponts qui unissaient déjà ces grandes figures politiques et religieuses : « Il existait déjà des relations historiques entre l’Empire samorien, El Hadj Umar Tall à Dinguiraye et l’État théocratique du Fouta Djallon. Ils partageaient une même foi et défendaient la même cause : l’Islam. »

Un appel à réécrire l’histoire nationale

Face à ces enjeux, le Professeur Koivogui appelle l’ensemble des chercheurs en sciences humaines (historiens, anthropologues, sociologues) à se mobiliser afin de transformer cet héritage en levier d’unité nationale plutôt qu’en source de clivages.

« Notre devoir aujourd’hui est de réécrire l’histoire de la Guinée. Nous disposons des outils nécessaires, notamment ces manuscrits retrouvés ainsi que les témoignages oraux encore accessibles. »

Boubacar 1 DIALLO

Pour Africaguinee.com

Créé le 4 octobre 2026 15:06

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