Comment Paris et Conakry préparent le retour des restes de Bocar Biro et du Coran de Samory ? Les précisions du diplomate Jean-Luc Martinez
CONAKRY- Saisie officiellement par la Guinée en juillet 2026 pour la restitution de restes humains et de biens culturels majeurs, dont le Coran de l’Almamy Samory Touré, la France s’apprête à enclencher le processus légal de rétrocession. Jean-Luc Martinez, ambassadeur français pour la coopération internationale dans le domaine du patrimoin, détaille le calendrier, les étapes juridiques et les enjeux de cette coopération bilatérale destinée à “solder” une mémoire douloureuse pour bâtir un nouveau partenariat culturel.
La Guinée a officiellement saisi la France pour la restitution de biens culturels et de restes humains de figures historiques de la résistance anticoloniale. Pourquoi est-ce importance pour Paris d’accéder à cette demande ?
JEAN-LUC MARTINEZ : Il s’agit d’abord, pour la République française, d’accompagner un mouvement né ici même, en Guinée. Les demandes sont anciennes : dès la fin des années 1960, il y a eu des requêtes de restitution. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a souhaité trouver une solution. Deux lois ont été votées, en 2023 et en 2026. Avec la Guinée, nous espérons les mettre en œuvre dans deux domaines principaux : le retour des restes humains (Almamy Bocar Biro et ses compagnons) et la restitution des biens culturels (Coran de l’Almamy Samory Touré). C’est, pour la France, le moyen de répondre à ces attentes, d’honorer sa parole et de construire conjointement cette politique de restitution.
Quelles sont les prochaines étapes du processus ?
Les lois ayant été votées, dont la dernière le 9 mai 2026, la suite de la procédure prévue par le droit français consiste d’abord à répondre officiellement au gouvernement guinéen, dont les demandes datent de juillet 2026. Il s’agira ensuite d’installer, pour les biens culturels, une commission bilatérale paritaire. La France souhaite travailler en étroite collaboration avec les chercheurs guinéens et les institutions françaises où sont conservés ces objets (le Musée de l’Armée, la Bibliothèque nationale de France, le Musée du Quai Branly et le Musée de l’Homme).
Cette commission rédigera un rapport de recommandations. Pour les restes humains dont les ancêtres sont clairement identifiés, la procédure ne pose pas de difficulté majeure. Pour les biens culturels, il convient d’approfondir l’histoire de chaque collection. La dernière étape sera la décision formelle de restitution prise par la Commission nationale française.
Une idée du calendrier…
À titre d’exemple, nous avons déjà procédé à des restitutions de restes d’ancêtres avec Madagascar, ce qui a pris environ quatre mois entre la demande, la mise en place de la commission et la remise officielle. Même s’il est difficile de s’engager sur un calendrier strict, selon la complexité des cas, les délais varient généralement entre trois et six mois.
Il faut surtout retenir qu’il s’agit du début d’un processus. Le ministre guinéen a formulé des demandes très précises concernant certains biens et certains restes d’ancêtres. C’est une dynamique appelée à se prolonger : la Guinée a mis en place des commissions de chercheurs, et la France s’est dotée d’un cadre juridique permettant d’aller au-delà de ces premiers cas, que nous espérons instruire et régler d’ici six mois, afin d’instaurer un dialogue permanent.
C’est essentiel pour la France de respecter sa parole et d’affronter une histoire parfois douloureuse, mais aussi de bâtir des ponts entre nos institutions. La Guinée investit dans son Musée national, tandis que des musées à travers le monde, notamment en France, conservent ce patrimoine africain et guinéen. Pour le XXIe siècle et les nouvelles générations, l’objectif est de tisser de nouvelles relations partenariales afin de faciliter la circulation des collections, le partage des savoirs et la formation.
Propos recueillis par Boubacar 1 DIALLO
Pour Africaguinee.com
Créé le 4 octobre 2026 12:09Nous vous proposons aussi
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