France, Canada, Russie, USA : des doctorants guinéens sur le qui-vive
Les bénéficiaires du programme de formation des formateurs, destiné à 1 000 PhD et 5 000 Masters, tirent le diable par la queue. Nombreux sont ceux qui, depuis l’étranger — notamment en Russie, au Canada et en France —, lancent des alertes à travers Africaguinee.com sur leur situation qui, selon eux, va de mal en pis. Nous avons interrogé certains d’entre eux. Leurs témoignages interpellent. (Image d’illustration).
Un doctorant en fin de cycle résidant à l’étranger révèle que ses confrères vivent et étudient dans des conditions alarmantes. « Cela fait deux ans qu’ils n’ont reçu aucun accompagnement. Les bourses ne sont pas virées. En ce qui me concerne, c’est la deuxième année consécutive que je ne bénéficie que d’un seul virement, alors que je vais bientôt entamer ma troisième année. On ne nous a même pas demandé nos dossiers pour un éventuel virement. C’est extrêmement compliqué », témoigne-t-il.
« Imaginez ces enseignants qui sont en France, en Russie ou ailleurs pour un master ou un doctorat, et qui ont du mal à s’en sortir simplement parce qu’ils ne reçoivent pas ce qui était prévu. Cela crée forcément des conditions très difficiles, liées au logement et même à l’alimentation », ajoute ce bénéficiaire du programme.
Quid du montant de l’accompagnement ?
Selon les informations à notre disposition, le programme prévoit une bourse d’accompagnement de 10 000 euros par an.
« Sauf que certains n’ont reçu cette somme qu’une fois, et d’autres deux fois. Quoi qu’il en soit, il y a des centaines de confrères un peu partout qui n’ont rien touché… Chacun essaie de se débrouiller. De nombreux enseignants sont obligés d’emprunter de l’argent, car leur seul salaire ne suffit pas à couvrir leurs besoins sur place. On est contraint de solliciter de l’aide auprès de nos familles et de nos proches, mais cette aide se fait sous forme de prêts. D’autant plus que certains ont leur famille en Guinée à leur charge. Un salaire ne permet pas de tout gérer : il faut payer le loyer, scolariser les enfants, etc. », déplore notre informateur.
Des appels restés sans suite
À l’instar de l’année dernière, où plusieurs boursiers avaient déjà tiré la sonnette d’alarme au micro d’Africaguinee.com, cet autre formateur de l’enseignement supérieur révèle que leurs récents appels à l’aide sont restés sans réponse.
« Depuis plusieurs années, ceux qui n’ont rien reçu depuis deux ans, par exemple, interpellent régulièrement les autorités. On leur répond à chaque fois que c’est « en cours ». Sauf que rien ne vient », regrette-t-il.
Dans les pays de la sous-région, plusieurs boursiers de l’État poursuivent également leurs études. Au Burkina Faso, où sont formés de nombreux formateurs guinéens, un mastérant est revenu sur ses conditions de vie :
« Je suis boursier de l’État guinéen en Master de communication au Burkina Faso. Primo, je dirais que l’année académique s’est achevée avec un sentiment global de satisfaction sur le plan pédagogique. Les cours se sont bien déroulés et les objectifs ont été atteints. Mais cette satisfaction ne doit pas occulter une réalité que le ministère en charge de l’Enseignement supérieur gagnerait à revoir sérieusement. Pour être honnête, les conditions matérielles et logistiques qui m’ont accompagné en tant que boursier à l’étranger ont été largement en deçà de ce qu’exige une expatriation académique. »
Dans ce pays de la zone CFA, il affirme faire face à d’importantes difficultés financières liées au transport, au logement et à la nourriture, alors qu’il s’agissait de son premier séjour sur place.
« Les frais de scolarité pour un non-national s’élèvent à 750 000 FCFA, contre 650 000 FCFA pour les nationaux. À cela s’ajoutent 45 000 FCFA pour la tenue et l’inscription. Le loyer et les factures d’électricité représentent à eux seuls 40 000 FCFA par mois, soit 400 000 FCFA pour les dix mois de l’année universitaire, d’octobre 2025 à juillet 2026. La nourriture, quant à elle, a pesé pour environ 600 000 FCFA sur la même période », détaille-t-il.
La réaction du SNAESURS
Le Syndicat national autonome de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (SNAESURS) affirme alerter régulièrement les autorités sur ce dossier, sans que la situation n’évolue pour autant.

« Nous avons été interpellés par des doctorants dont certains sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Ils sont nombreux en France, au Canada, aux États-Unis, au Sénégal et au Burkina Faso. Lors de nos rencontres hebdomadaires avec la ministre de l’Enseignement supérieur, Dr Diaka Sidibé, celle-ci nous assure que la qualification des formateurs reste l’une de ses priorités et qu’elle prend toutes les dispositions nécessaires pour débloquer la situation », explique Mamadou Mouctar Bah, premier secrétaire général du SNAESURS.
Crise de trésorerie ?
Pourtant, lors de la dernière réunion entre le syndicat et les cadres du département il y a quelques jours, le problème de trésorerie a clairement été posé. « Les autorités nous ont dit que les fonds ne sont pas disponibles », tranche le syndicaliste. « C’est incompréhensible », ajoute-t-il avec regret.
« Nous travaillons actuellement sur un mémorandum qui sera soumis cette semaine au Premier ministre ainsi qu’à la ministre Diaka Sidibé. Par ailleurs, nous envisageons de solliciter une audience auprès du président Mamadi Doumbouya afin d’accélérer la résolution de cette crise et de nos autres revendications. Au nom du SNAESURS, je demande aux collègues de garder courage et de faire preuve de patience. C’est la période des vacances, et certains pensent que nous n’avons aucun moyen de pression, mais nous n’hésiterons pas à demander un entretien directement avec le chef de l’État », rassure M. Bah.
Contacté par notre rédaction au sujet de cette crise, le secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique n’a pas répondu à nos appels…pour le moment.
Dansa Camara DC
Pour Africaguinee.com
Créé le 20 juillet 2026 19:31Nous vous proposons aussi
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