Comment réduire la dépendance au charbon de bois dans les ménages guinéens? Un environnementaliste propose des solutions
CONAKRY- L’usage du charbon de bois demeure très répandu dans les ménages guinéens malgré les efforts des autorités pour promouvoir le gaz butane. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, Mouctar Diallo, responsable du « Cabinet Guinée Environnement » décrypte les conséquences de cette pratique sur les forêts et le climat, tout en proposant des alternatives pour réduire la dépendance au charbon de bois.
AFRICAGUINEE.COM: Quel est l’impact de l’usage du charbon de bois sur l’environnement ?
AMADOU MOUCTAR DIALLO: Je vais commencer par dire qu’il faut faire attention à ne pas désigner immédiatement le charbon de bois comme le seul coupable, en le pointant du doigt. Quand on parle de déforestation en Guinée de manière générale, le charbon de bois n’est pas le seul facteur en cause.
Il y a tout ce qui relève du bois-énergie, mais également de nombreuses autres activités qui contribuent à la déforestation. Vous avez aujourd’hui l’agriculture itinérante, ce qu’on appelle l’agriculture sur brûlis. Cela fait partie des pratiques qui détruisent les forêts. Il y a aussi la déforestation à but industriel, c’est-à-dire la coupe et l’exportation du bois. Tous ces facteurs contribuent aujourd’hui à la destruction de nos forêts et de notre environnement.
Maintenant, pour revenir à la question du charbon de bois, il faut savoir qu’en Guinée, la biomasse représente plus de 77 % des sources d’énergie utilisées dans le pays. Autrement dit, l’essentiel des ménages guinéens utilise le charbon de bois pour la cuisson et, dans certains milieux ruraux, pour diverses activités liées à l’énergie.
Pourquoi le charbon constitue-t-il un problème ? Dans un pays où les populations utilisent encore peu le gaz butane — même si son usage progresse —, nous ne sommes pas encore à un niveau susceptible de réduire significativement la coupe du bois. De même, les populations n’ont pas encore la possibilité d’utiliser l’électricité pour la cuisson.
Par conséquent, nous allons malheureusement continuer à utiliser le charbon de bois pendant encore un certain temps. Or, le charbon de bois, comme les autres facteurs que nous avons cités, contribue à la destruction de notre environnement. C’est en cela qu’il constitue un véritable problème.
Le gouvernement a mis en place une stratégie visant à amener les ménages à utiliser le gaz butane. Pourtant, les constats des journalistes montrent que de nombreuses familles continuent de recourir au charbon de bois. Quelle est votre lecture de cette situation ? Quelles autres alternatives le gouvernement devrait-il envisager ?
Pour moi, c’est très simple : il faut commencer par sensibiliser les populations. Aujourd’hui, lorsqu’on parle du gaz, les premières réactions sont souvent : « C’est cher » ou « C’est dangereux ». C’est un discours qu’il faut déconstruire.
Certes, le gaz demeure encore coûteux pour de nombreux ménages. Si l’on compare le prix d’un sac de charbon à celui d’une bouteille de gaz, il existe une différence que l’on ne peut pas nier.
Il y a donc encore des efforts à fournir pour que le charbon de bois ne soit pas plus abordable que le gaz. C’est un travail qui incombe au gouvernement. Mais, à mon avis, le plus important reste la sensibilisation, notamment sur la protection de l’environnement.
Il faut également sensibiliser les populations au fait que le gaz n’est pas dangereux lorsqu’il est utilisé correctement. Comme tout produit, une mauvaise utilisation peut provoquer des accidents, mais cela ne signifie pas qu’il est dangereux en lui-même.
Il faut éduquer les gens et leur montrer que, dans la plupart des pays sahéliens et, plus largement, dans de nombreux pays africains, le gaz est aujourd’hui la principale source d’énergie utilisée par les ménages. Si cela fonctionne ailleurs sans causer de dégâts particuliers, cela peut également fonctionner chez nous.
Pour moi, tout passe donc par la sensibilisation et l’éducation.
Il faut aussi mettre en place une politique de réduction du prix des bouteilles de gaz, jusqu’à un niveau où le charbon de bois deviendrait plus coûteux que le gaz. Cela pourrait encourager davantage de citoyens à se tourner vers cette source d’énergie.
Aujourd’hui encore, dès que l’on parle du gaz, certains le considèrent comme inaccessible. C’est l’un des principaux facteurs qui freinent son adoption. Il faut donc expliquer, sensibiliser et communiquer.
La majorité des citoyens est désormais présente sur les réseaux sociaux. Il faut y mener des campagnes de communication, mais aussi utiliser les médias traditionnels pour expliquer que le gaz est une alternative accessible et bénéfique.
C’est à ce prix que l’on pourra réduire, voire mettre fin progressivement, à l’utilisation du charbon de bois. Enfin, il faut également vulgariser l’usage du gaz et veiller à ce qu’il soit disponible et accessible dans toutes les localités du pays.
Quant à l’usage du charbon écologique, encouragez-vous cette pratique ?
Il existe de nombreuses solutions pour fabriquer ce qu’on appelle le charbon écologique. On peut, par exemple, utiliser du carton mélangé à de l’argile, puis le faire sécher. Dans d’autres pays, certains le fabriquent en y ajoutant de l’amidon. Il existe plusieurs astuces et plusieurs techniques de fabrication du charbon écologique.
Malheureusement, ces pratiques ne sont ni suffisamment connues ni vulgarisées en Guinée. On ne peut pas demander aux ménages de fabriquer eux-mêmes ce type de charbon. Il faut plutôt accompagner les acteurs qui évoluent déjà dans ce secteur, leur présenter ces alternatives et les encourager à les adopter.
Cela passe d’abord par la formation, puis par la facilitation de l’accès aux matières premières. Par exemple, les résidus de noix de coco ne sont pas disponibles partout. Mais il n’y a pas que cela : on peut aussi utiliser le carton et de nombreux déchets organiques.
Aujourd’hui, nous avons du mal à gérer nos déchets, alors qu’une partie de ceux-ci pourrait servir à fabriquer du charbon écologique. C’est une très belle solution, une véritable alternative, mais elle doit être vulgarisée, mieux connue et surtout portée par des PME.
Avant d’entamer cet entretien, vous évoquiez quelques chiffres. De quoi s’agit-il exactement ?
Je disais qu’en Guinée, selon une statistique que j’ai consultée, le pays a perdu entre 2001 et 2024 environ 149 000 hectares de forêts. C’est énorme. Il s’agit d’une donnée publiée par Global Forest Watch.
L’autre chiffre qui a retenu mon attention concerne le prix du gaz et du charbon. D’après mes recherches, une bouteille de gaz de six kilogrammes coûte aujourd’hui autour de 120 000 francs guinéens, alors qu’un sac de charbon se vend entre 40 000 et 50 000 francs guinéens.
À mon avis, il reste donc des efforts à fournir, notamment en matière de réduction des coûts. Le gouvernement a déjà consenti beaucoup d’efforts ces dernières années, mais il faut continuer dans cette direction. Lorsque nous parviendrons à un équilibre, ou plutôt à un déséquilibre favorable à la bouteille de gaz par rapport au sac de charbon, nous pourrons progressivement résoudre ce problème.
Avez-vous des suggestions ou des conseils à prodiguer en tant qu’environnementaliste en matière de protection de l’environnement ?
La Guinée est un beau pays, un pays très vert. Pendant longtemps, elle a été considérée comme un scandale positif à bien des égards : un scandale forestier, hydrologique et même agricole. Mais nous sommes en train de perdre toutes ces richesses.
Dans la conduite de nos politiques publiques, les mesures de protection de l’environnement ne sont pas encore suffisamment prises en compte. Aujourd’hui, de nombreux projets nécessitent de vastes espaces pour leur réalisation, ce qui entraîne malheureusement la déforestation.
Et lorsque l’on compare les promesses de compensation aux dégâts effectivement causés, le décalage est énorme.
Le message clé est simple : nous devons protéger ce patrimoine, à la fois pour nous-mêmes, mais aussi pour nos enfants et nos petits-enfants.
L’État ne peut pas tout faire. Chacun peut agir à son niveau. Que fais-je dans mon quartier ? Dans mon village ? Dans ma commune pour protéger l’environnement ?
Les petits gestes comptent. Ne pas jeter les ordures dans la rue, par exemple, est déjà un début.
Faire l’effort d’acheter une bouteille de gaz plutôt qu’un sac de charbon lorsque l’on en a les moyens est également un geste important. Il faut aussi sensibiliser son entourage sur les avantages du gaz et sur la nécessité de réduire l’utilisation du charbon de bois.
Ce sont des mesures qui peuvent être appliquées au niveau individuel, familial et collectif, avec un impact réel sur la protection de l’environnement.
Quant à l’État, la Guinée est partie à de nombreux accords internationaux en matière d’environnement. Il faut désormais les appliquer et les mettre en œuvre.
Ce ne sont pas les moyens qui nous manquent ; c’est surtout la rigueur dans leur mise en œuvre.
Entretien réalisé par Dansa Camara DC
Pour Africaguinee.com
Créé le 28 juin 2026 15:20Nous vous proposons aussi
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