Éducation : la Guinée valide une stratégie pour améliorer la scolarisation des filles et des enfants handicapés
CONAKRY- L’Institut national de recherche et d’action pédagogique (INRAP) a accueilli ce mercredi 10 juin 2024, un atelier de validation de la stratégie nationale de scolarisation, de maintien et de réussite des filles et des enfants en situation de handicap en Guinée pour la période 2026-2035.
Initiée par le FAWE Guinée (Forum des éducatrices africaines) avec l’appui de Plan International Guinée, cette rencontre a réuni une quarantaine de participants venus des ministères sectoriels, des syndicats d’enseignants, des organisations de la société civile, des agences onusiennes ainsi que des partenaires techniques et financiers.
Placée sous le thème : « Ensemble, faisons de 2026-2035 la décennie de l’équité et de l’inclusion éducative en Guinée », cette initiative vise à apporter des réponses concrètes aux inégalités persistantes dans l’accès à l’éducation, notamment pour les filles et les enfants vivant avec un handicap.
« Un diagnostic accablant »

Présentant les conclusions des études réalisées dans le cadre du projet SQRIBE, les responsables du FAWE Guinée ont dressé un tableau préoccupant de la situation éducative dans plusieurs localités du pays.
Selon les données issues des enquêtes de terrain menées dans les préfectures de Guéckédou, Kissidougou et Macenta, moins d’une fille sur trois achève le cycle primaire dans les zones ciblées. Les investigations révèlent également que plusieurs adolescentes manquent jusqu’à trois jours de cours par mois à cause de l’absence de latrines adaptées dans leurs écoles.
Autre constat alarmant : aucune des 18 écoles visitées n’est accessible aux enfants en situation de handicap.
Pour N’diaye Néné Fatou Diallo, secrétaire du FAWE Guinée, ce document stratégique est né d’un diagnostic sans complaisance.
« Les diagnostics ont montré assez d’obstacles au plan des barrières économiques, des normes socioculturelles discriminatoires et de l’exclusion systémique des enfants en situation de handicap », a-t-elle expliqué.
Malgré ce constat jugé « accablant », la responsable du FAWE estime que ces défis peuvent être relevés.
« Ces enfants vulnérables de notre pays sont des enfants de la Guinée. Ils ont droit, au même titre que les autres enfants, à l’éducation et à la protection », a-t-elle insisté.
Des écoles inadaptées aux enfants handicapés
Au-delà des difficultés économiques, le document met en lumière les énormes insuffisances infrastructurelles dans les établissements scolaires.
« On a parlé ici de l’absence de rampes d’accès. J’ai vu un enfant que ses camarades étaient obligés de porter pour qu’il monte les escaliers parce qu’il n’y avait pas de rampes », a témoigné N’diaye Néné Fatou Diallo.
Face à cette réalité, le FAWE appelle à une mobilisation collective impliquant autorités, leaders religieux, coutumiers et organisations de la société civile.
« Il faut que tout le monde se lève ensemble afin qu’il y ait une transformation radicale concernant l’avenir de ces populations vulnérables », a-t-elle plaidé.
Les études révèlent également que les filles ont 19 % de chances en moins d’être scolarisées au primaire, un écart qui atteint 35 % au secondaire, principalement en raison des choix économiques opérés au sein des ménages.
« Les mêmes réalités partout en Guinée »

De son côté, la représentante de Plan International Guinée, Cécile Leno, a indiqué que l’étude a été financée dans le cadre d’un projet couvrant les préfectures de Guéckédou, Kissidougou et Macenta.
Mais selon elle, les problèmes observés dépassent largement la région forestière.
« La réalité qui est à Guéckédou est la même à Siguiri en Haute-Guinée et la même à Bintimodia en Basse-Côte », a-t-elle affirmé.
Elle dénonce notamment l’absence de points d’eau, les latrines délabrées et l’état de dégradation avancée des salles de classe, y compris dans des localités proches de Conakry.
« Les enfants, au lieu d’être à l’école, se retrouvent dans les rues pour faire du petit commerce ou aider leurs parents », a regretté la représentante de Plan International.
Six axes stratégiques jusqu’en 2035
La stratégie validée repose sur six axes prioritaires :
- l’élargissement de l’accès à l’école ;
- le maintien des filles dans le système éducatif ;
- l’amélioration de la qualité des enseignements ;
- la transition vers le secondaire ;
- l’inclusion des enfants en situation de handicap ;
- la lutte contre les normes sociales défavorables à la scolarisation des filles.
- Les objectifs fixés à l’horizon 2035 sont ambitieux :
- porter à 70 % le taux d’achèvement du primaire chez les filles ;
- réduire de 60 % les mariages précoces ;
- multiplier par six le nombre d’enfants handicapés scolarisés.
Le coût estimatif de mise en œuvre du programme est évalué entre 15 et 21,5 millions de dollars sur dix ans.
Pour les initiateurs, cette validation constitue une étape importante, mais le plus grand défi reste désormais la mise en œuvre effective des actions prévues.
« Ce n’est qu’un début. Nous allons co-construire cette stratégie avec d’autres ONG et partenaires afin que dans dix ans, nous ne soyons plus au même niveau », a conclu Cécile Leno.
Yayè Aicha Barry
Pour Africaguinee.com
Créé le 11 juin 2026 08:10Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: Ecole guinéenne, Education, élèves, Élèves guinéens









