Justine, Idiatou et Mariama : Portraits croisés de trois « amazones » en uniforme, aux commandes de sous-préfectures à Labé…
LABÉ – C’est une mutation historique qui s’opère dans les sphères du commandement territorial au Fouta. Pour la première fois dans la préfecture de Labé, trois femmes issues des corps d’élite de la défense et de la sécurité tiennent les rênes de sous-préfectures stratégiques. L’Adjudante Justine Théa (Armée), l’Adjudante-cheffe Idiatou Diallo (Police) et la Sous-Lieutenante Mariama Souaré (Gendarmerie) dirigent respectivement Garambé, Kouramangui et Popodara depuis février 2025. À l’occasion du mois de la Femme, Africaguinee.com vous plonge dans le quotidien de ces amazones qui ont su troquer les rangs militaires pour l’administration de proximité, tout en conciliant avec brio leurs responsabilités familiales et leur devoir envers la nation. Portrait.

Elles sont militaires, policières ou gendarmes, et elles incarnent désormais le nouveau visage de l’autorité dans certaines contrée à Labé. En nommant Justine Théa, Idiatou Diallo et Mariama Souaré aux postes de sous-préfètes, la hiérarchie a ouvert une brèche inédite dans un univers traditionnellement masculin. Entre nostalgie des casernes et défis de l’administration territoriale, ces mères de famille partagent leurs parcours, de leur formation initiale à leur installation à la tête de collectivités rurales. Un zoom exclusif sur ces pionnières qui, par leur rigueur et leur sens du contact, forcent l’admiration des communautés locales et réécrivent l’histoire de la gouvernance au féminin en Guinée.
Adjudante Justine Théa, sous-préfète de Garambé
Justine Théa, 36 ans, est née à Nzérékoré en 1990. En 2009, elle intègre l’armée guinéenne et sert dans plusieurs localités avant d’être mutée à Labé, au camp Elhadj Oumar Tall. Par la force des choses, elle est nommée sous-préfète de Garambé en février 2025. Mariée et mère d’une fille, elle partage son parcours :
« En 2009, j’étais encore au lycée quand j’ai pris mon courage à deux mains pour intégrer l’armée. Aujourd’hui, nous sommes dans un monde où, si la femme le veut, elle est capable de faire tout ce que l’homme fait. Sans hésiter, j’ai choisi l’armée. Après le recrutement à Maférinya, j’ai servi à Gaoual avant d’être mutée à Labé où j’ai passé cinq ans. En février 2025, on m’a annoncé ma nomination. J’étais joyeuse, car c’est pour servir le pays. Que ce soit sous le drapeau ou dans l’administration, c’est pour la Guinée.

J’ai ressenti une grande fierté. Au début, j’ai eu quelques pincements au cœur, car je ne connaissais que les rangs militaires. Je me demandais comment devenir administratrice territoriale. Mais mon entourage m’a encouragée en me disant que c’est un travail collectif. Aujourd’hui, j’ai réussi la transition entre ces deux mondes. Je me sens bien ici, tout en gardant le lien avec mes compagnons d’armes. Je suis proche des communautés, de la mairie et des présidents de district. Je n’oublierai jamais cet honneur et la confiance placée en moi. J’exprime ma reconnaissance à l’endroit du Chef de l’Etat, je remercie la chaîne hiérarchique qui nous soutient dans nos fonctions », confie-t-elle.
Adjudante-cheffe Idiatou Diallo, sous-préfète de Kouramangui
L’adjudante-cheffe Idiatou Diallo, 42 ans, est native de Labé. Policière de formation, elle est également issue de la promotion 2009. Mariée et mère de trois enfants, elle dirige aujourd’hui Kouramangui, l’une des 13 sous-préfectures de Labé :
« Ayant grandi dans une cité de police, j’ai très tôt aimé ce corps. Mon père a fini par accepter ma vocation avec sa bénédiction. J’ai commencé mon service à Koundara, au poste frontalier de Sambaïlo, à la section immigration de 2009 à 2020. En 2021, j’ai rejoint le commissariat central de Labé, avant de devenir commissaire dans la sous-préfecture de Hafia. Deux mois après mon retour à Labé, j’ai été nommée sous-préfète en février 2025.

C’est une nouvelle que j’ai accueillie avec émotion. Au début, l’ambiance de la police me manquait, j’avais une certaine nostalgie. Mais je me suis vite adaptée à l’administration grâce aux tournées de prise de contact. J’ai découvert un monde qui me convient. En tant que femme, je n’ai rencontré aucune difficulté d’autorité. Le Fouta est un havre de paix avec une structure sociale solide. On m’a fait comprendre que nous sommes les premières femmes de l’histoire à occuper ce poste dans la préfecture de Labé. C’est un honneur particulier d’ouvrir cette voie pour les femmes. Je remercie la hiérarchie, le chef de l’État pour cette opportunité »
Sous-lieutenante Mariama Souaré, sous-préfète de Popodara
Mariama Souaré, 40 ans, est née à Mamou mais a grandi à Conakry. Elle a intégré la gendarmerie en 2009. Mariée et mère de quatre enfants, elle était sur le point d’entrer à l’université quand son destin l’a orientée vers l’armée :
« J’ai fait ma formation à l’école de gendarmerie de Kaléya. Le destin est parfois plus malin que l’homme ; mon cœur ne battait que pour les ceinturons et les chaussures lourdes. Après l’école, j’ai servi à Kaloum au Patrimoine Bâti, puis au deuxième bureau de la Présidence, et enfin à l’École Nationale de Gendarmerie de Sonfonia pendant six ans. Comme mon mari était en service à l’intérieur du pays, j’ai sollicité une mutation à Labé, ce que le Général Balla Samoura a accepté. Je lui exprime toute ma gratitude. Je remercie également du fond du cœur, le président de la République, Son Excellence Mamadi Doumbouya.

Je suis arrivée à Labé courant 2025 et, deux mois plus tard, le 17 février, j’étais nommée sous-préfète de Popodara. Mon époux m’a encouragée en me disant que le parcours peut mener partout. Au début, je me sentais isolée par rapport au mouvement de la gendarmerie, mais j’ai fini par comprendre les rouages de l’administration. Nous sommes trois femmes parmi des hommes au conseil régional des sous-préfets, et c’est vraiment beau de voir la femme ainsi honorée. »

À noter que dans la région de Labé, Kadiatou Maladho, enseignante de formation et journaliste de profession, actuelle directrice de cabinet à Lélouma, fut la toute première femme sous-préfète de la région. Elle a servi successivement à Gaya, Fougou et Yembéring (préfecture de Mali) jusqu’en 2025.
Reportage réalisé par Alpha Ousmane Bah
Pour Africaguinee.com
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Créé le 8 mars 2026 07:46









