Le parti d’Alpha Condé capitule devant le CNRD: “Nous nous remettons à la providence…”
CONAKRY-Face à sa deuxième suspension par le gouvernement, le RPG Arc-en-ciel ne compte pas en appeler à la justice. Dans un entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, Marc Yombouno, membre du Bureau exécutif du parti, explique les raisons de cette décision, dénonçant un « climat d’exclusion » qui, selon lui, vise à affaiblir l’opposition. L’ancien ministre du Commerce revient sur les motifs invoqués par le pouvoir en place, notamment la question du congrès, la détention de plusieurs cadres du parti et le blocage de leurs avoirs. Le RPG, historiquement habitué à la résilience, se prépare à subir plutôt qu’à saisir les tribunaux.
AFRICAGUINEE.COM : Le RPG Arc-en-ciel a été suspendu pour la seconde fois par le gouvernement. Une décision que vous rejetez. Cette fois-ci, envisagez-vous de saisir la justice ?
MARC YOMBOUNO : Non, nous n’avons pas saisi la justice lors de la première suspension et nous ne le ferons pas cette fois-ci.

Pourquoi cette décision ?
Parce que nous pensons que la décision prise n’était pas opportune. L’évaluation des partis politiques ne devrait pas avoir pour objectif de les éliminer, mais plutôt de déceler leurs faiblesses pour les aider à se renforcer. Le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation aurait pu envoyer des experts pour remédier aux faiblesses constatées. C’est ce qui aurait dû être l’objectif de l’évaluation.
Pour le RPG Arc-en-ciel, sur les 13 préoccupations soulevées, nous avons répondu à 12. Le seul point de discorde est la tenue du congrès. Pour eux, le congrès doit aboutir au remplacement du Pr Alpha Condé à la tête du parti, alors que nos textes ne le prévoient pas. Tant qu’une personne est plébiscitée, elle reste élue.
Les textes d’un parti ne sont pas comme ceux d’un État où les mandats sont parfois limitatifs. Au sein d’un parti politique, tant qu’une personne est plébiscitée, c’est la voix du peuple. Ils disent « non », que telle personne a fait plus de 10 ou 20 ans, mais ce n’est pas la question. Tant qu’elle est plébiscitée, la personne est élue.

Nous pensons que le congrès sera tenu quand l’équilibre sera de retour au sein du parti. Nous avons des camarades emprisonnés, comme les Kassory et d’autres, et la justice n’arrive pas à convaincre. De plus, le président du parti est en exil. Il y a aussi des problèmes financiers, puisque les comptes de plus de 180 cadres du parti sont bloqués depuis plus de trois ans. Comment peut-on nous demander de tenir un congrès dans de telles circonstances ? L’environnement n’est pas propice. Lorsque l’environnement sera équilibré, tout le monde sera avisé pour la tenue du congrès. Si c’est la raison pour laquelle ils ont suspendu le parti, nous ne ferons pas appel.
Pourquoi ne pas mettre la justice à l’épreuve ?
Mettre la justice à l’épreuve ? Nous avons déjà nos cadres en prison. C’est déjà une épreuve pour la justice. Pourquoi le refaire pour la énième fois ? Vous savez ce que vivent nos cadres emprisonnés ? Aucune procédure n’a été suivie. Il y a eu des mandats d’amener contre eux. Ils sont en prison pour de simples dénonciations. Il n’y a même pas eu de dénonciations de citoyens libres. Ce sont les autorités elles-mêmes qui ont décidé de les mettre en prison avant même d’entamer la procédure judiciaire. Ils sont là-bas depuis quatre ans. Que pouvons-nous faire ?
Voulez-vous dire que vous vous en remettez à la providence ?

Oui, à la providence, mais aussi à la résilience habituelle du parti. Vous savez, nous avons vécu un peu la même chose sous la deuxième République, au temps du feu Général Lansana Conté. À cette époque, le parti a vécu dans la résilience. Je crois que c’est la même chose. Le RPG est déjà habitué à ce genre de fermeté à son niveau, mais cela nous rend plus vigoureux encore.
La Guinée compte désormais 6 768 458 électeurs inscrits, prêts à participer au prochain référendum constitutionnel ainsi qu’aux élections nationales et locales. Qu’en pensez-vous de ce fichier électoral ?
Le RPG n’a pas de commentaire à faire, parce que, du début à la fin, nous n’avons pas été associés, comme d’habitude. Nous laissons le jugement à ceux qui ont fait le travail et l’ont présenté.

Donneriez-vous tout de même des consignes de vote lors du référendum ?
C’est ce que je dis : nous n’avons pas été impliqués du début à la fin. Comment pourrions-nous donner des consignes de vote ? De plus, le président de la HAC (Haute Autorité de la Communication) a menacé tous les journalistes qui donneraient la parole à un parti politique suspendu. Alors, que nous reste-t-il à faire ?

Si les autorités décident d’exclure les partis majeurs du pays, qui ont animé la vie politique pendant ces quarante dernières années, que devons-nous faire ? Nous ne sommes pas un parti violent. Nous devons faire en sorte que le climat de bon vivre soit toujours de mise en donnant l’exemple. C’est l’attitude que nous adoptons. Il n’y aura pas de consignes de vote.
Dansa Camara & et Boubacar 1 Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 30 août 2025 12:30Nous vous proposons aussi
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