Voyage au foutah, massacre au stade de Conakry, recrues de Kaléah : Dadis Camara fait le « grand déballage » à la barre !

Moussa Dadis Camara

CONAKRY- Pour sa première comparution à la barre du Tribunal criminel de Dixinn, l'ancien chef de la junte militaire est revenu en détail sur le déroulement des douloureux événements du 28 septembre 2009. Moussa Dadis Camara a pris tout son temps. Sa déposition empreinte de digressions a duré pendant environs 07h d’horloge.

Devant le juge Ibrahima Sory 2 Tounkara, l’accusé a parlé jusqu’à « perdre sa voix ». L'ancien président du CNDD n’a voulu laisser aucun détail. Extrait sur son déplacement à Labé et le massacre de 2009.

"Avant les événements du 28 septembre 2009, j'ai reçu la visite des sages du Foutah. Quand ils sont venus, au cours de cette visite, ils m'ont demandé de les rendre visite au Foutah, chose qui n'a pas été facile parce que j'avais déjà un programme concernant le 28 septembre. Parce que c'est le 2 octobre seulement que les guinéens voient, mais oublient la date historique du vote du 28 septembre.

Alors mon schéma était de faire appel aux hommes qui ont vécu ces événements, des intellectuels au Palais du Peuple qu'on essaie de parler de tous ces compagnons d'indépendance et qu'il y ait enfin une commission pour une réconciliation parce qu'il faut qu'on soit sincère, notre pays est divisé.  Chacun tire la couverture de son côté. Donc, je voulais qu'on fasse une histoire commune. C'était ça mon objectif. C'est pourquoi j'avais fait passer un communiqué pour déclarer ce jour chômé, payé et férié et qu'à cette occasion je fasse un discours en faisant venir ceux qui ont vécu l'indépendance, qui connaissent ces compagnons d'armes qu'on essaie de parler d'eux…

Avant de partir à Labé, j'ai instruit au ministre de l'administration du territoire de faire la journée du 28 septembre férieé, chômée et payée. Donc, j'ai pris mon courage d'aller au Foutah. Je ne voulais pas aller au Foutah parce que lorsqu'un homme prend le pouvoir, il faut d'abord se rendre dans son village pour voir les parents, avoir leurs bénédictions. Mais, je me suis dit que pour éviter de tomber dans l'ethnocentrisme si je refuse, ces sages du Foutah vont dire oui c'est parce que ce n'est pas notre fils c'est pourquoi il ne veut pas aller au Foutah. C'est ce qui m'a obligé moralement à aller. 

A Labé, une réception digne de son nom a eu lieu. Mais pendant cette réception, ma délégation a perdu beaucoup de temps, je devrais même aller saluer les sages et le commandement mais il était presque 18h, 19h. Je me suis excusé pour prendre le départ. Je viens à la station-service, on met du gasoil dans le réservoir de mon véhicule à la place de l'essence. Donc, il fallait tout vider. Nous sommes rentrés à Conakry dans la nuit du 28 septembre 2009 parce qu'il était déjà 00h. 

Dès qu'on est rentré, j'ai vu des vieux-sages assis dans mon salon. Je précise qu'avant le voyage, ces vieux-sages étaient en rapport avec le porte-parole des leaders politiques à l'époque monsieur Jean Marie Doré…Mais j’étais tellement fatigué physiquement, j’ai fait deux jours sans même prendre un bain. Je ne pouvais pas tenir physiquement et moralement.  Donc, je vais directement au lit sans même avoir le temps de prendre mon bain. 

C'est dans cette circonstance qu’une heure de temps après, il y a le feu Joseph Makambo qui est venu taper à ma porte pour dire "il semble que les leaders politiques veulent faire leur marche". Alors je me suis dit certainement que si j'appelais monsieur Sidya Touré, ça pouvait marcher. C'est ainsi que j'ai cherché le numéro de Sidya Touré pour l’appeler. Et, dans nos conversations, monsieur Sidya me dit non qu'il est tard et qu'il n'a plus la possibilité de joindre les autres. Eu égard à la défectuosité de notre appel, le téléphone s'est coupé, je n'ai plus tenté de le rappeler. Ensuite, j'ai repris mon sommeil. 

A 11h, le jour du 28 septembre 2009, Joseph Makambo vient me dire il paraît qu'il y a une grande manifestation au stade. Peut-être, ce jour-là j'allais trouver la mort avant même que monsieur Toumba Diakité tire sur moi, mais Dieu ne l'a pas voulu. Je sors de mon bureau pour dire que j’irai calmer la population puisque je me suis dit que cette population avait de la sympathie pour moi. Le même Toumba m'oblige à venir à mon bureau, je n'avais plus le choix, je suis resté dans mon bureau. 

Entre temps, on vient me dire qu'il y a un groupe conduit par Toumba qui est parti au stade et qu'il y a eu des morts. J'ai eu une réaction furieuse. Je me suis dit mon aide de camp vient me dire de rester dans ma chambre et lui décide de se retrouver au stade ? Dans la colère, j'ai tout de suite dit il faut que je l'arrête. Et en toute sincérité, j'allais l'arrêter mais quand il est revenu, ce qui a fait que je ne l'ai pas arrêté, dès qu'il est arrivé, il portait un parka, vêtement de l'armée sous forme de blouson. J'ai vu qu'il dissimulait des grenades dans son blouson. 

Quand je l'ai vu dans cette position, je lui ai demandé ce qui s’est passé, il a raconté du n'importe quoi en disant qu'il a sauvé des leaders.  J'ai compris que je ne pouvais pas l'arrêter parce qu'il avait tout un arsenal avec lui. Ensuite j'ai eu des conseils. J'ai pris l'initiative de saisir les Nations Unies sur ce qui s'est passé au stade pour une question de transparence. (…)". 

Plus loin dans sa déposition, il a indiqué que c’est le le Général Sékouba Konaté, ancien ministre de la défense, qui est responsable du recrutement de Kaléah. Moussa Dadis Camara a également affirmé à la barre que c’est son aide de camp qui était le commandant du régiment de la garde présidentielle.

A suivre ! 

Oumar Bady Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel : 00224 666 134 023 

Créé le 12 décembre 2022 18:42

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