Violences xénophobes en Afrique du Sud : « Beaucoup de Guinéens ont été agressés », raconte Souleymane Barry
CONAKRY– Rentré en Guinée après plusieurs années passées en Afrique du Sud, Barry Souleymane raconte le calvaire qu’il affirme avoir vécu lors des violences xénophobes visant des ressortissants étrangers. Rencontré ce mardi 21 juillet au quartier Dar-es-Salam, dans la commune de Ratoma, il revient en détail sur les attaques, la destruction de ses biens, son évacuation par l’ambassade de Guinée et lance un appel aux autorités guinéennes afin d’aider les compatriotes encore bloqués sur place.
Selon son témoignage, il vivait en Afrique du Sud depuis 2018 où il exerçait des activités commerciales avant que la situation ne se dégrade progressivement. « J’étais en Afrique du Sud depuis 2018. On travaillait là-bas, on se débrouillait. Mais avec les violences contre les étrangers, tout a changé. Nous étions plus de trente ou quarante Guinéens dans notre secteur. Chaque jour, des groupes venaient nous menacer. Ils nous disaient : « Vous êtes des étrangers, vous devez quitter notre pays. » Nous avions des marchandises, mais ils ont tout saccagé. Nous ne pouvions plus travailler normalement. »
Barry Souleymane explique que face à l’insécurité grandissante, il a été contraint de vivre reclus pendant plusieurs jours. « Pendant près de deux semaines, je dormais dans ma boutique. Je ne pouvais même plus sortir. Si je mettais le pied dehors, je risquais d’être agressé. Une femme sud-africaine acceptait parfois d’acheter de la nourriture pour moi et de me l’apporter. C’est comme ça que j’ai survécu durant cette période. Nous vivions dans une peur permanente. »
Le jeune Guinéen affirme avoir sollicité l’intervention de l’ambassade de Guinée après que plusieurs de ses proches eurent été victimes d’agressions.
« Mon oncle a été attaqué. Ils l’ont frappé avec des morceaux de bois en lui disant de quitter le pays parce qu’il était étranger. Après, il s’est retrouvé à la police. Mais même les policiers lui ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas garantir notre sécurité parce que les manifestants étaient beaucoup plus nombreux qu’eux. Ils lui ont conseillé de partir avant qu’il ne soit tué. C’est à ce moment que j’ai compris que la situation était devenue extrêmement dangereuse. J’ai appelé l’ambassade de Guinée. Les responsables sont venus nous récupérer et nous ont conduits à Pretoria. »
Après cette évacuation, Barry Souleymane dit avoir pris la décision de quitter définitivement l’Afrique du Sud.
« Je me suis dit que je ne pouvais plus rester dans ce pays. J’ai acheté moi-même mon billet d’avion. J’ai été parmi les premiers à rentrer en Guinée. Beaucoup de mes compatriotes n’ont pas cette chance parce qu’ils n’ont plus d’argent. Leurs boutiques ont été détruites, leurs marchandises pillées. Certains sont encore coincés là-bas dans des conditions très difficiles. »
Il affirme avoir lui-même été blessé lors des violences.« Oui, j’ai été victime de violences. Regardez ma main, j’ai été blessé. Beaucoup d’autres Guinéens ont également été agressés. L’un de mes amis a reçu de graves blessures à la tête. J’ai encore les photos dans mon téléphone. Ce que nous avons vécu est très difficile à raconter. »
Selon lui, les actes de rejet contre les étrangers ne datent pas d’aujourd’hui. « Cela fait plusieurs années que cette situation existe. Quand tu veux sortir pour travailler, on te dit que tu es un étranger et que tu dois quitter le pays. On ne veut pas te voir. On te fait comprendre que tu n’as pas ta place. Les souffrances que nous avons connues ne datent pas d’hier. »
Interrogé sur les raisons de cette hostilité, Barry Souleymane estime que de nombreux Sud-Africains accusent les étrangers de leur enlever les opportunités d’emploi. « Ils disent que les étrangers prennent leur travail. Ils estiment que nous sommes venus gagner leur pain à leur place. Ce ne sont pas seulement les Guinéens qui sont visés. Les Pakistanais, les Bangladais et plusieurs autres nationalités sont également victimes. Beaucoup veulent simplement que tous les étrangers quittent leur pays. »
Aujourd’hui revenu en Guinée sans aucune économie, Barry Souleymane reconnaît ne pas savoir comment reconstruire sa vie. « Je suis revenu sans rien. Tout ce que j’avais est resté là-bas ou a été détruit. Je ne sais pas comment recommencer ma vie. Ce que je demande aujourd’hui, c’est que l’État nous accompagne. Nous avons tout perdu. Nous avons besoin d’un soutien pour pouvoir repartir de zéro. »
Le jeune homme lance également un appel aux autorités guinéennes afin qu’elles facilitent le rapatriement des compatriotes encore présents en Afrique du Sud.
« Je demande humblement au président de la République, le général Mamadi Doumbouya, d’aider les Guinéens qui sont encore bloqués là-bas. Beaucoup n’ont même plus l’argent nécessaire pour acheter un billet de retour. Ils souffrent énormément. Certains n’ont même plus de quoi manger parce que leurs commerces ont été détruits. Ils ont besoin d’être secourus avant qu’il ne soit trop tard. »
Fort de son expérience, Barry Souleymane adresse un message aux jeunes Guinéens tentés par l’émigration.
« Aujourd’hui, mon conseil est simple. Si vous avez la possibilité de travailler en Guinée, restez dans votre pays. À l’étranger, on peut vous traiter comme un étranger du jour au lendemain. Moi, je ne retournerai plus en Afrique du Sud. Ce que Dieu te donne chez toi vaut mieux que de tout perdre ailleurs. »
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 21 juillet 2026 17:50Nous vous proposons aussi
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