Sinthian Yembering : A la rencontre de ces héroïnes de l’ombre qui portent l’économie locale à bout de bras

KOUNDARA-À Sinthian Yembering, village frontalier enclavé entre la Guinée et la Guinée-Bissau, les femmes commencent leur journée avant le lever du soleil. Entre agriculture, transport des récoltes et manque de matériel, elles portent le village sur leurs épaules.

Dans cette localité, l’agriculture et le maraîchage constituent l’essentiel des moyens de subsistance. Mais produire ne suffit pas : encore faut-il pouvoir transporter. Dans le cadre de notre immersion dans cette localité, notre reporter s’est intéressé au quotidien des femmes. Reportage exclusif.

Malgré leur éloignement de la ville, les habitants de cette localité tentent de s’organiser pour promouvoir le développement de leurs activités et celui du village. Les femmes, quant à elles, ont mis en place un groupement dédié à la culture de l’oignon, dirigé par Halimatou Samanthan Diallo.

Cette organisation regroupe une trentaine de femmes du village et dispose déjà de documents légaux. Animées par la volonté de travailler et de réduire leur dépendance économique, elles se heurtent toutefois à un manque de matériel.

« Nous avons réussi à obtenir un document légal pour notre groupement, qui compte aujourd’hui 33 femmes. Malheureusement, nous manquons de moyens. Nous voulons travailler, mais nous n’avons pas de soutien. Quand je parle de moyens matériels, je fais allusion aux clôtures de nos jardins, à l’eau pour l’arrosage et à plusieurs autres équipements indispensables. Bref, nous manquons de tout et nous en souffrons », explique Mme Diallo.

Elle ajoute que, sans cet appui matériel, les efforts restent vains : « Si nous avions le matériel nécessaire, nous pourrions faire correctement le travail de jardinage et bien gagner notre vie grâce à cette activité. La terre ici est pourtant favorable à ce type d’agriculture. L’année dernière, malgré l’absence de matériel, certaines femmes ont pu travailler et gagner un peu. Cela nous a prouvé que nous pouvons réussir, à condition d’avoir les moyens nécessaires. »

À Sinthian Yembering, aucune machine ne permet d’alléger le travail agricole, aucun moyen mécanique n’existe pour évacuer les récoltes. Ici, selon les habitants, tout se fait encore à la force des bras. Les saisons passent, la fatigue s’accumule et les espoirs de revenus s’amenuisent.

« Au-delà de cela, l’utilisation du pilon pour piler est extrêmement fatigante. C’est pourquoi nous profitons de votre micro pour demander l’aide des autorités guinéennes et de toute personne de bonne volonté afin de soutenir nos initiatives. Nous serons éternellement reconnaissantes envers celles et ceux qui nous aideront à changer notre quotidien », poursuit Halimatou Samanthan Diallo.

La présidente du groupement interpelle directement les autorités au plus haut niveau : « J’en appelle personnellement au président de la République, Mamadi Doumbouya, afin qu’il nous aide à sortir de cette précarité. Vous imaginez, dans ce village, lorsqu’un problème nécessite le déplacement d’un grand nombre de personnes, nous sommes obligées d’aller louer des tricycles ailleurs pour nous déplacer. La route reliant notre village à Saréboido est impraticable », souligne-t-elle.

Poursuivant, elle ajoute : « Au nom de toutes les femmes de Sinthian Yembering, j’en appelle également au soutien du président de la République, de son Premier ministre Amadou Oury Bah et de l’ensemble des membres du gouvernement. Nous les soutenons à 100 %, car lors du référendum, tout le village a voté 100 % Oui à la nouvelle Constitution. »

La présidente du groupement estime que si les femmes bénéficient du soutien nécessaire, cela améliorera considérablement leur quotidien et leur bien-être.

« Cela nous permettra de mieux nous occuper de nos enfants, afin qu’ils ne soient pas tentés par le chemin de l’immigration irrégulière », affirme Halimatou Samanthan Diallo.

Même cri de détresse chez Fatoumata Binta Boiro, membre du groupement : « Ici, au village, nous souffrons beaucoup. Nous demandons le soutien des autorités pour sortir de cette précarité dans nos activités. »

Le marché hebdomadaire de Saréboido, principal débouché pour les récoltes, se situe à environ 14 kilomètres du village. Une distance courte sur une carte, mais interminable sur le terrain. La route, impraticable par endroits, transforme chaque déplacement en véritable épreuve. Faute de moyens de locomotion, les femmes transportent elles-mêmes leurs produits — riz, légumes, arachides — au prix d’efforts exténuants et de pertes importantes.

Hawa Mara, habitante de Sinthian Yembering et membre du groupement, confirme : « La route est également l’une de nos principales préoccupations. Elle est totalement défoncée et difficilement praticable. Nous disposons d’un poste de santé, mais tous les malades ne peuvent pas être pris en charge sur place. Les évacuations vers la sous-préfecture ou vers la commune urbaine de Koundara deviennent alors un véritable casse-tête », confie-t-elle.

Selon elle, lorsqu’un malade se trouve dans un état grave, la situation peut rapidement s’aggraver, le transport se faisant le plus souvent à moto ou en tricycle, dans des conditions très éprouvantes.

« Nous demandons donc l’aide des autorités, en particulier pour la réhabilitation de la route Sinthian Yembering–Kandika–Saréboido, qui constitue l’une de nos plus grandes préoccupations », plaide Hawa Mara.

De son côté, Mariama Boiro, autre habitante du village, rappelle que les femmes se sont regroupées et formalisées afin de mieux travailler et tirer profit de leurs activités. Une ambition aujourd’hui freinée par le manque de matériel.

« Tout se fait à la main, avec des moyens rudimentaires, et le rendement reste faible. Nous demandons l’aide des autorités pour pouvoir travailler, gagner notre vie et élever nos enfants dans de meilleures conditions », plaide cette mère de famille.

Pour sa part, Mariama Dian Diallo insiste sur l’éducation et l’accès aux services sociaux de base : « Lorsque nous voulons nous rendre au marché hebdomadaire de Saréboido, c’est toujours un problème », souligne-t-elle, rappelant que dans ce village, le soutien au président actuel n’est plus à démontrer.

« Nous soutenons le président Mamadi Doumbouya et nous prions pour qu’il réussisse ses projets pour la Guinée. Nous lui demandons également de nous aider afin que nos enfants puissent aller à l’école, car aujourd’hui, celui qui n’a pas étudié est dans l’obscurité.

Nous demandons de l’aide pour résoudre le problème des routes, construire des écoles et réaliser des forages pour l’accès à l’eau potable. Nous prions pour le pays, ses dirigeants et tous les fils de la Guinée », conclut-elle.

Dans ce village frontalier, longtemps oublié des grands projets d’infrastructures, les femmes tiennent pourtant l’économie locale à bout de bras. Leur quotidien reste une lutte silencieuse contre l’isolement, la pauvreté et l’indifférence — une réalité que leurs voix, aujourd’hui, tentent de briser.

Nous y reviendrons

Siddy Koundara Diallo
De retour de Sinthian Yembering
Pour Africaguinee.com

Créé le 8 janvier 2026 15:00

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