Sénégal: Ousmane Sonko, éternel opposant

Tour à tour opposant emprisonné, Premier ministre et désormais président de l’Assemblée nationale du Sénégal, le charismatique Ousmane Sonko, chantre d’un souverainisme panafricaniste, ne s’est jamais départi de son verbe incisif.

Avec son accession au perchoir mardi, M. Sonko devient le deuxième personnage le plus important de l’Etat d’où il pourrait exercer un contre-pouvoir face à son ancien bras droit, le président Bassirou Diomaye Faye, avec qui la rupture est consommée.

Ce tribun habitué aux coups d’éclat retrouve son habit d’opposant qui a fait sa fortune en politique et pourrait donner du poil à gratter à son ancien stratège devenu chef de l’Etat en 2024.

Héraut de la lutte pour le peuple et contre les élites pour les uns, agitateur incendiaire pour les autres, M. Sonko, 51 ans, a mené pendant plusieurs années un bras de fer avec le pouvoir de l’ex-président Macky Sall (2012-2014) incarnant un espoir de rupture pour une large partie de la jeunesse sénégalaise.

Fonctionnaire pendant 15 ans, entré en politique avec la création de son parti le Pastef en 2014, il a accédé à la notoriété deux ans plus tard avec sa radiation de son poste d’inspecteur des impôts parce qu’il avait dénoncé l’opacité de certains contrats publics et les privilèges de la classe politique.

En 2019, le trublion anti-système a fini troisième de la présidentielle avec 15% des voix, loin derrière Macky Sall (58%).

Son discours souverainiste et panafricaniste, ses diatribes contre « la mafia d’Etat », les multinationales et l’emprise économique et politique exercée selon lui par l’ancienne puissance coloniale française lui valent une forte adhésion chez les jeunes.

Père de plusieurs enfants et mari de deux femmes, il se présente en défenseur de la religion et des traditions.

C’est le dépôt d’une plainte pour viol et menaces de mort contre lui par une employée d’un salon de massage de Dakar en 2021 qui va déclencher une chronique politico-judiciaire de trois ans.

M. Sonko qui criait au complot s’est dit « persécuté par la justice sénégalaise comme jamais un homme politique n’a été persécuté ».

Ses rendez-vous avec la justice ont causé des manifestations dans tout le Sénégal très durement réprimées par les autorités, faisant des dizaines de morts entre 2021 et 2024.

Dans l’affaire de moeurs, il est condamné par contumace en juin 2023 à deux ans de prison pour « corruption de la jeunesse », délit qui consiste à favoriser la « débauche » d’une jeune de moins de 21 ans. Mais il est acquitté des accusations de viols et menaces de mort.

L’opposant est finalement arrêté quelques semaines plus tard pour appel à l’insurrection et autres crimes et délits, sans lien avec son affaire de moeurs.

Inéligibilité

Mais c’est une autre condamnation pour diffamation contre un ministre qui a entraîné son inéligibilité, une autre manipulation de la justice selon lui.

L’opposant passe plusieurs mois en prison où il fera une grève de la faim et ne sera libéré qu’à la faveur d’une loi d’amnistie, votée en mars 2024, couvrant les violences commises pendant la crise pré-électorale.

Lui qui incarnait la légitimité populaire auprès de la jeunesse propulse son numéro 2 et stratège de l’ombre, Bassirou Diomaye Faye, candidat à la présidentielle.

Le tandem fait campagne sur le slogan « Diomaye Moy Sonko », soit « Diomaye c’est Sonko » en wolof.

Dix jours après leur sortie de prison, M. Faye est largement élu président du Sénégal fin mars 2024 et nomme dans la foulée son mentor M. Sonko Premier ministre.

Désormais chef du gouvernement, Ousmane Sonko ne perd pas son ton incisif, certains lui repprochant de ne pas se départir de son rôle d’opposant.

Même au pouvoir, ce tribun continue de rameuter ses foules de partisans, comme lors d’un « Giga meeting » où ont convergé des milliers de personnes en novembre dernier à Dakar. L’occasion de rappeler qu’il détient la légitimité populaire.

Après des mois de tensions ouvertes avec ce président qui lui est redevable de son poste, le duo Diomaye-Sonko n’a finalement pas résisté à l’exercice du pouvoir.

Vendredi soir, le président Faye a fini par limoger son encombrant Premier ministre qui dans la foulée a été élu président de l’Assemblée nationale où son parti est largement majoritaire.

M. Sonko a promis qu’il n’utiliserait pas « cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel », mais s’est empressé d’ajouter que « l’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement ».

AFP

Créé le 26 mai 2026 18:38

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