Sel, sucre, tabac et automédication : Les conseils du Pr Kaba, Directeur du Centre d’hémodialyse de Donka, pour préserver vos reins

CONAKRY– Souvent méconnu du grand public, le rein demeure pourtant un organe vital et indispensable au bon fonctionnement de l’organisme humain. Il joue un rôle clé dans l’élimination des déchets, la régulation des fluides corporels et l’équilibre des sels minéraux. Malgré cette importance capitale, les maladies rénales continuent de progresser silencieusement à travers le monde.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près d’une personne sur dix souffrirait d’une maladie rénale, soit environ 10 % de la population mondiale. Une situation préoccupante qui n’épargne pas la Guinée. D’après les statistiques hospitalières nationales, entre 600 et 1 000 personnes ont été diagnostiquées avec une insuffisance rénale au cours de l’année 2024.

Parmi ces patients, 486 ont nécessité un traitement par hémodialyse. Les données révèlent également qu’environ 30% d’entre eux ont été admis en situation d’urgence, souvent à un stade avancé de la maladie. La répartition par genre fait état de 59% de femmes contre 41% d’hommes, avec une moyenne d’âge relativement jeune, estimée entre 38 et 40 ans.

Face à cette réalité sanitaire alarmante, Africaguinee.com est allé à la rencontre du Professeur Mohamed Lamine Kaba, néphrologue et Directeur du Centre national d’hémodialyse du CHU de Donka, afin de mieux comprendre les causes, les conséquences et les défis liés à l’insuffisance rénale en Guinée. (Interview)

AFRICAGUINEE.COM : Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est que l’insuffisance rénale ?

Pr Mohamed Lamine Kaba : L’insuffisance rénale c’est un état d’incapacité pour les reins d’assurer l’une des principales fonctions qui est d’épurer le sang, c’est-à-dire débarrasser le sang des déchets qui sont accumulés dans le corps. Donc quand le rein devient incapable d’assurer cette fonction, on parle d’insuffisance rénale. Concrètement ça se manifester par un examen de prise de sang. Donc il y a un élément qu’on appelle créatinine, qui est une molécule, une substance chimique qu’on peut doser dans le sang et on verra que le taux est élevé plus que la normale. A ce niveau, on parle d’insuffisance rénale tout court.

Quelles sont les principales causes de l’insuffisance rénale ?

Les principales causes en Afrique sub-saharienne, la première c’est l’hypertension artérielle dans l’ordre de 45% à peu près. Et la deuxième cause ce sont les infections qui peuvent toucher le filtre, on appelle glomérule, qui viennent dans l’ordre de 20% à peu près. Le diabète sucré vient dans l’ordre de 15% et les causes congénitales, c’est à dire un enfant né avec un problème d’insuffisance rénale ou une maladie rénale ne représentent que 1% et les causes inconnues parmi toutes les explorations occupent à peu près 10% et le reste entre 8 et 9% sont liés à des obstacles sur l’écoulement des urines parce que les déchets vont être éliminés sous forme d’urine, qui sont liés à des tumeurs chez l’homme et chez la femme, la prostate l’utérus, la vessie, etc.

Quels sont les signes et les symptômes qui doivent alerter sur cette maladie ?

C’est une très bonne question parce que c’est le piège. Cette maladie évolue jusqu’à son dernier stade. Il y en a 5 à peu près et on peut mettre entre le premier stade et le cinquième stade plus de 10-15-20 ans. Donc le patient peut aller jusqu’au dernier stade, il n’y a eu aucune manifestation. Donc c’est silencieux. C’est un piège d’attendre les symptômes. Les symptômes vont apparaître lorsque la maladie est très évoluée. Ce sera au stade 3. Il ne faut pas attendre. Comme je vous ai dit, le fait de se faire prélever, rechercher une fois par an le taux de créatinine, voir s’il est normal, c’est ça qui permet de dépister très tôt. Mais si on attend les symptômes, on est déjà à un stade très avancé.

À ce stade, effectivement, les déchets ne sont pas éliminés. Donc le patient va se plaindre d’un état d’intoxication. Il va vomir sans cesse, c’est un vomissement qu’on ne peut pas arrêter. Il va faire le hoquet, il va faire le grattage du corps. Certains n’urine pas beaucoup. D’autres peuvent tomber dans un coma, d’autres peuvent convulser. Donc ils sont dans un état d’intoxication. Et comme ils n’éliminent pas, il y a des éléments qui vont s’accumuler, qui peuvent entraîner l’arrêt du cœur, etc. Donc c’est vraiment des phases de complication. Et on doit tout faire pour éviter cela.

Que passe-t-il lorsque la fonction rénale commence à se dégrader ?

Dès que ça commence à se dégrader, comme je vous ai dit, on verra que le taux de créatinine va augmenter. Et nous, les spécialistes, lorsqu’on reçoit ces patients, c’est de dire d’abord est-ce que c’est un phénomène récent ? Est-ce que c’est ancien ? Au-delà de trois mois, ça devient chronique. Donc à ce premier stade, quasiment, deuxième stade, c’est juste l’augmentation du taux de créatinine et la baisse du débit de filtration. Donc à ce stade, les patients sont à peu près comme vous et moi. Aucune manifestation. Et à partir du troisième stade, les signes vont commencer à apparaître. L’idéal serait vraiment d’éviter cela. Mais malheureusement, la plupart des patients viennent à ce stade. Comme je viens de vous dire, ils ne se portent pas bien du tout. Il y a ces signes que je viens de citer. Et quand on fait des prises de sang, on verra ces perturbations qui sont majeures.

Est-ce que c’est possible d’expliquer un peu ces stades-là ?

Si vous voulez, quand on prend le taux de créatinine que je viens de vous dire tout à l’heure, c’est un marqueur qui est fiable. Ce n’est pas dépendant de ce que nous mangeons. Ça dépend de la masse musculaire. Donc, on rapporte un peu au poids, à l’âge du patient, à son sexe, le genre, mais aussi à la race. Si on est blanc ou si on est d’origine noire.  Et il y a des formules qui permettent de déterminer quel est le taux de pourcentage de fonctionnement des reins. On est à un stade 1 lorsque les reins fonctionnent, entre 120% jusqu’à 89%. On dit qu’on est au stade 1.

A ce stade, le rein filtre très bien. Il n’y a pas d’accumulation de déchets. La créatinine est normale. Mais quand on regarde dans les urines, on voit qu’il y a des anomalies. On voit qu’il y a des éléments comme les protéines, le sang, qu’on ne voit pas à l’œil nu, qui sont à un taux anormal dans les urines. Ou que l’individu a des malformations au niveau de l’échographie des reins. Mais la personne est en bonne santé, elle ne se plaint de rien.

Maintenant, le stade 2, ça va commencer à baisser. Au lieu d’être autour de 120-89%, vous allez voir que cette capacité de fonctionnement des reins a baissé jusqu’au niveau de 60% à peu près. Et à partir de 60%, on commence à avoir des signes que je viens de citer tout à l’heure. Et ça, on rentre dans le stade 3. Et depuis 2022, on n’entend plus parler d’insuffisance rénale, comme vous avez dit tout à l’heure. On parle de maladie rénale chronique.

Ça veut dire, même si les reins ont une bonne capacité de fonctionnement à 100%, mais dès qu’il y a des anomalies, dès que quelqu’un est exposé à des risques, on parle de maladie rénale chronique. Si ces éléments durent depuis plus de trois mois, on parle de maladie rénale chronique. Et là, il y a le stade 1, comme je vous ai dit, le stade 2. Et l’insuffisance rénale n’apparaît qu’à partir du stade 3. Et là, le fonctionnement des reins a baissé de l’ordre de 60%.

Et lorsqu’on est autour de 30%, on va vers le stade 4. On est jusqu’à 20%. Mais on est à partir de 15% jusqu’à 0, on est au stade 5. Et ce stade, a priori, c’est le stade qu’on appelle terminale. Quand on arrive à ce stade, pour rester en vie, il faut d’autres moyens de traitement. On ne peut plus rester avec le régime et les médicaments.

Comment se fait la prise en charge médicale de l’insuffisance rénale ?

La prise en charge va dépendre du niveau d’évolution de l’insuffisance rénale. Si quelqu’un, par exemple, a une maladie rénale de stade 1, c’est juste les mesures de prévention. On invitera cette personne d’être hypertendue, d’être diabétique, d’être obèse, d’éviter les facteurs de risque cardiovasculaires, c’est-à-dire l’obésité, les toxiques comme le tabac, l’alcool, les drogues. Tout ça, ça agresse les reins.

On évitera cette personne d’être obèse. Ce n’est pas bon. Quand on est obèse, on augmente la charge de travail des reins, on augmente le risque de développer un problème rénal. Et les médicaments aussi, on dit de se méfier des médicaments qui peuvent agresser les reins, c’est-à-dire les anti-inflammatoires, les prendre de façon abusive, peut agresser les reins. En évitant tous ces facteurs, ces personnes peuvent vivre tranquillement avec leur problème rénal. Maintenant, au fur et à mesure que le stade évolue, on agit aussi sur les causes. Je vous ai dit que la première cause était l’hypertension artérielle.

Donc, elle peut entraîner un problème rénal, une insuffisance rénale, mais aussi aggraver l’évolution. Donc, à un certain niveau, le traitement va servir à ralentir l’évolution vers le stade 5, on fait tout pour maintenir et actuellement, on a beaucoup de mesures, on a des moyens, des mesures hygiéno-diététiques sans médicaments, mais aussi des molécules, même si elles sont chères mais ça permet actuellement de ralentir l’évolution d’une maladie rénale et quasiment, les personnes peuvent vieillir sans aller en dialyse, par exemple.

C’est-à-dire quoi et quoi, par exemple ?

C’est-à-dire, par rapport au régime (alimentaire), on peut dire à la personne d’éviter tout ce qui augmente la charge de travail des reins. Ça veut dire la consommation de viande rouge. On dit à la personne de manger la viande blanche.  Le sel en excès va augmenter également l’élimination s’il y a des protéines dans les urines, ça va augmenter. Donc, on va dire à la personne de réduire la consommation de sel, qui va contribuer également à maîtriser la pression antérieure, la tension antérieure.

Qu’on soit diabétique ou pas, la consommation de sucre va déséquilibrer un diabète. Et quelqu’un qui n’est pas diabétique, ça peut favoriser l’obésité. Le sucre amène du poids. Et lorsqu’il y a du poids, on est exposé à être diabétique, on est exposé à être hypertendu par la suite. Donc, ces mesures permettent de garder une bonne santé physique et rénale du patient.

Après, maintenant, comme je vous l’ai dit, les molécules (les médicaments viennent). Vous savez, un hypertendu, on fait tout pour que ces chiffres tensionnels soient bien maîtrisés. Une fois que la tension est maîtrisée, on réduit les facteurs qui contribuent à aggraver la fonction rénale. Le diabétique aussi doit être bien équilibré.

Donc, ce n’est plus la glycémie simple qu’il prend, mais il y a des marqueurs comme l’hémoglobine glyquée qu’on regarde chaque 3 mois pour voir réellement est-ce que ce diabétique est bien équilibré, le poids aussi. Je vous ai parlé des facteurs de risque cardiovasculaire, les toxiques, etc. On évite également tous ces facteurs.

Parlant de prévention, est-ce qu’il y a des moyens pour éviter ou retarder l’apparition de l’insuffisance rénale ?

Oui, les causes sont connues. Si, par exemple, dans une famille, il y a des hypertendus, il y a des diabétiques, les enfants devraient tout faire pour se mettre à l’exercice physique régulièrement, à éviter d’être obèse, d’excès de poids, à éviter tout ce que je viens de citer, le tabac, l’excès de sucre, l’excès de sel et de contrôler aussi, chaque année d’aller faire des examens pour s’assurer qu’on n’est pas prédisposé, qu’on n’est pas en train de développer, qu’on n’a pas un risque de développer un diabète ou une hypertension.

Ce sont les principales causes, mais aussi quand il y a des infections, de maîtriser ces infections, parce que ces agents microbiens peuvent entraîner des anomalies au niveau du filtre rénale, donc entraîner un problème rénal qui va évoluer à peine. Les médicaments, on en a parlé tout à l’heure, les drogues, les toxiques, il faut conseiller aux jeunes d’éviter, tout ce qui est toxique pour l’organisme et toxique aussi pour les reins.

Donc la prévention commence par-là, éviter les facteurs de risque qui peuvent conduire en général à une maladie rénale, parce que le rein peut être atteint non seulement directement par les agents, mais aussi à travers une maladie qu’on a déjà. Le rein est vraiment exposé à tout cela, et les toxiques, on a dit, pas seulement le tabac, les drogues, mais aussi il y a les toxiques industriels.

Actuellement, on parle beaucoup du développement minier. Le mercure, par exemple, est très toxique pour les reins, et les gens l’utilisent pour extraire de l’or, donc il faut qu’on fasse très attention. L’environnement, il y a beaucoup de risques. Les agriculteurs qui utilisent les organophosphorés pour les engrais, il faut qu’on arrive à réglementer tout cela, parce que l’utilisation à mains nues, sans masque, etc., on s’expose à une intoxication, le rein peut prendre des coups, la pollution de l’air, etc., l’environnement et tout le reste.

Donc, une bonne santé rénale exige quand même beaucoup d’exigences sur soi, sur sa santé personnelle, éviter tous ces facteurs, ces maladies qu’on a citées tout à l’heure, l’hypertension, etc. Si on n’arrive pas à les éviter, on fait en sorte que ces maladies soient maîtrisées pour ne pas qu’il y ait une atteinte rénale. On peut vivre avec ces maladies sans avoir une atteinte rénale.

Mais avoir une hypertension, ne pas se soigner, c’est un risque de développer des complications parmi lesquelles il y a le rein, il y a d’autres complications également. Aussi, lorsqu’on fait de la fièvre, on fait des maladies, on vomit, on fait de la diarrhée, il ne faut pas oublier aussi de se réhydrater. L’eau représente plus de 60% du poids de quelqu’un. Donc, quand l’eau manque, on s’expose parce que le rein doit filtrer. Pour filtrer et nettoyer, il faut qu’il y ait de l’eau. Donc, si quelqu’un ne boit pas suffisamment, c’est un risque. On doit boire au minimum un litre et demi tous les jours.

Quand il fait très chaud, on peut augmenter à deux litres. Donc, c’est bon pour la santé pour non seulement équilibrer le volume circulant, mais aussi permettre au rein d’éliminer les déchets et même certains microbes ne vont plus rester dans la vessie. Avec l’effet de chasse, on urine, ces microbes seront éliminés. Donc, la santé est vraiment globale. Il y a la prévention primaire, ça veut dire les personnes qui ne sont pas malades, de tout faire pour ne tomber malade.

Les risques sont connus. Le tabac, ce n’est pas bon, quelqu’un qui fume énormément, sans aucune autre maladie, peut avoir des problèmes de rein. On fait un examen du rein, on pique le rein, on trouve que c’est lié au tabac. C’est de la réalité. En dehors du cancer et ces autres conséquences, le rein peut être attaqué par le tabagisme très prononcé.  Donc, dire à un fumeur d’arrêter de fumer, c’est déjà bien. Donc, on peut prévenir par l’abandon de ces facteurs de risque, l’obésité, quelqu’un qui a un surpoids énorme par rapport à la taille, cette personne va solliciter énormément ces reins.

Ces reins peuvent se dégrader rien qu’à cause de son surpoids, l’obésité extrême. Et quand on est obèse, on développe un problème rénal, on va développer une hypertension artérielle, on est exposé à des troubles métaboliques, on est exposé au diabète.

Vous voyez déjà, à partir de l’obésité, toutes les autres conséquences qui arrivent. Donc, quand on dit à quelqu’un de faire de l’exercice, de ne pas prendre du poids, c’est pour prévenir tout cela et faire un dépistage. Chaque année, se rendre chez un médecin généraliste, regarder la pression artérielle, regarder le taux de sucre dans le sang, voir le poids par rapport à la taille.

Tout ça, ce sont des mesures de prévention. Et par rapport aux reins, on teste l’urine, pour voir s’il n’y a pas d’anomalie dans les urines, notamment s’il n’y a pas de sang dans les urines, s’il n’y a pas de protéines dans les urines. Et voir si le taux de créatinine est normal dans le sang. Quand c’est normal cette année, en 2026, 2027 aussi, chaque année, faire un examen systématique, ça va permettre de préserver la bonne santé.

Maintenant, secondairement, tous ceux qui sont malades, que ce soit quelqu’un qui est traité pour une infection comme la tuberculose, comme l’infection à VIH, comme les hépatites, etc., ces personnes doivent faire en sorte que leur traitement soit pris régulièrement, un diabétique, un hypertendu, pour éviter d’avoir un problème rénal à la suite.

On parle souvent des tabagistes, qu’en est-il de ceux-là qui fument la chicha, parce que notre jeunesse actuellement, s’adonne à cœur ouvert à la chicha ?

Il faut voir la composition de la chicha. En tout cas, la nicotine, c’est prouvé. La chicha, je ne connais pas bien, mais il faut voir quelle est la composition. Mais ce qu’on peut conseiller, tout ce qui n’est pas bien pour la santé, je pense qu’il faut éviter.

Cette maladie touche-t-elle une tranche d’âge particulière ?

Tout le monde est atteint. Du nouveau-né, même un enfant qui n’est pas encore né, dans le ventre de sa maman, tout le monde est concerné. Je vous ai dit que les causes congénitales représentent 1%. Les enfants, les femmes, les hommes, tout le monde est touché. Mais c’est que chez nous, comme la population est jeune, effectivement, la moyenne d’âge est autour de 38-40 ans à peu près. La population la plus atteinte est jeune, ça s’est lié à la suite actuelle de notre démographie.

Peut-on guérir complètement l’insuffisance rénales ?

Non, on ne guérit pas, mais on peut contrôler. Les maladies chroniques, on arrive à les contrôler, bien les équilibrer, vivre avec, mais on ne peut pas guérir. Pour guérir, dire qu’on est guéri, ça veut dire qu’on n’est plus en train de prendre un traitement. Quelqu’un qui fait par exemple une appendicite, on l’opère, il est guéri. Les maladies chroniques, on vit avec, on se contrôle, on met une vie correcte. On peut vivre avec quelqu’un de même âge, qui n’est pas malade, et avoir les mêmes normes et qualités de vie.

Quelle est la situation de l’insuffisance rénale en Guinée ? Est-ce une pathologie fréquente ?

Oui, elle est fréquente en Guinée, comme dans tous les pays. Partout au monde, il y a l’hypertension, c’est une maladie silencieuse. Vous sortez tout à l’heure, vous prenez 10 personnes par hasard dans la circulation, vous mesurez la pression artérielle au repos, vous allez trouver qu’il y a au moins une personne qui marche sans savoir qu’elle est hypertendue. C’est la première cause de problème rénal. Donc, à la longue, ce sont des risques potentiels de développer une insuffisance rénale.

Donc, la prévalence, l’incidence, la fréquence dans la population générale, on ne les a pas encore, il y a des études, des projets d’études qui ne sont pas encore effectués. Mais effectivement, au niveau de nos hôpitaux, nous avons des statistiques au niveau du service d’hospitalisation de néphrologie, mais aussi au niveau du centre de dialyse.

Statistiques

Quand par exemple, je prends le Centre National d’Hémodialyse ici, courant l’année 2024, on a reçu à peu près des personnes qui avaient une insuffisance rénale chronique qui était autour de à peu près entre 600 à 1000 personnes. Ça, c’est pour une année. Certains sont restés en hospitalisation, ils ne sont pas encore au stade de dialyse, ils sont sortis, ils sont suivis.

Maintenant ceux qui étaient au stade de dialyse, qui ont pu être mis en dialyse parce qu’il y a ça aussi, il y a d’autres, comme vous les informez, ils refusent complètement. Même pas pour des raisons financières, parce que l’État quand même prend en charge.

C’est vrai qu’on a des capacités limitées, mais certains préfèrent ne pas entrer dans le traitement par le rein artificiel. Donc ceux qui arrivaient au stade de dialyse à peu près, on a eu 486 personnes en 2024. Non seulement ils étaient au stade de dialyse, mais qui ont accepté parce qu’on ne peut pas imposer la dialyse à quelqu’un. Donc parmi ces personnes, il y a à peu près 30% de tiers qui sont venus en catastrophe. Ça veut dire qu’aucun néphrologue ne les avait vus auparavant. Ils sont venus comme ça, on découvre dans les situations de complications et ils sont soumis à la dialyse.

Les autres étaient suivis et maintenant plus ou moins, ils ont été préparés pour la dialyse. Et quand on prend ces chiffres-là, vous allez voir que 59 sont des femmes et à peu près 41 personnes sont des hommes. Et la moyenne d’âge, comme je vous ai dit, c’est autour de 38-40 ans à peu près. Donc tout le monde est concerné.

Est-ce que les structures sanitaires guinéennes disposent-elles des moyens humains et matériels nécessaires pour la prise en charge de l’insuffisance rénale ?

Oui. Dans tous les pays, c’est très coûteux quand on dit la prise en charge, surtout au dernier stade. Pour revenir un peu à la question précédente, l’OMS estime que dans le monde entier, à peu près la prévalence, la fréquence des maladies rénales sont autour d’une personne sur 10 dans le monde entier, donc à peu près 10%. Vous voyez que c’est énorme. Et lorsqu’on met tous les moyens, on verra les fréquences réelles, les moyens de dépistage des gens. Beaucoup restent sans faire d’examen, on ignore toute la prévalence réelle.

Les pays qui arrivent à avoir l’accès à toute la population aux soins ont des chiffres plus élevés. Donc nous, depuis 2002 jusqu’à nos jours, publiquement, c’est le seul Centre (Centre National d’Hémodialyse du CHU de Donka).  On est passé de 5 postes avec maximum 20 malades, jusqu’à maintenant 30 postes avec une capacité de 360 malades qu’on traite. Tout le pays vient ici. Il y a quelques petits Centres privés, mais le Centre public c’est ici à Donka.

Mais c’est vrai que depuis 3 ans, la construction des Centres est déjà achevée dans les huit (8) régions sanitaires du pays, chaque région a un Centre. On attend juste les équipements. Parce que si les centres sont rapprochés de la population, le dépistage va être facile, le suivi va être facile.

Imaginez quelqu’un qui quitte la Forêt, la Haute Guinée et la Moyenne Guinée pour venir jusqu’à Conakry ce serait très compliqué pour se soigner. Et comme je vous ai dit, c’est à vie. C’est une charge énorme par rapport au transport, par rapport au logement, etc. Et ces personnes vont rester en chômage parce qu’ils n’ont plus de travail.

Donc, pour répondre clairement à vos questions, on est en train de mettre tous les moyens pour satisfaire la population. A ce niveau, on a tout concentré ici. Dans un premier temps, on a augmenté les capacités de ce centre. C’était juste un petit bâtiment avec un rez-de-chaussée. Maintenant, vous avez vu, on a un R2, ce qui nous a permis d’avoir beaucoup plus de postes. Mais aussi de créer la formation des néphrologues sur place. Donc, une fois l’équipement de ces Centres, je pense que beaucoup qui sont ici vont rejoindre les régions et sur place aussi, les gens n’auront plus de kilomètres à faire pour se soigner.

Quel conseil donneriez-vous aux personnes atteintes de l’insuffisance rénale ?

Les personnes déjà atteintes, ce qu’il faut faire, c’est de continuer le suivi. Quelqu’un qui est au stade 1, 2, 3 jusqu’à 4, si on est bien suivi, on ne va pas en dialyse comme ça, on peut vivre avec la maladie aussi longtemps possible.

Mais en arrivant au stade 4, on commence à préparer la personne, soit pour la transplantation, soit pour la dialyse, avec les deux techniques, la dialyse péritonéale ou l’hémodialyse que nous faisons ici. Donc, ces personnes, c’est de continuer, comme je vous ai dit, on ne guérit pas. Il ne faut pas suivre les gens pour dire « vous prenez ça, vous allez guérir… ». C’est faux, il faut continuer à se soigner.

Il y a le traitement lié à la cause, si c’est l’hypertension, si c’est le diabète. On continue, on n’arrête pas. Il y a le traitement lié aux conséquences de l’insuffisance rénale. Vous allez voir que le sang manque, le traitement de l’anémie, le calcium manque, la vitamine D manque. Donc, il y a le traitement lié aux conséquences de l’insuffisance rénale chronique, mais il y a aussi le traitement lié aux causes qui ont conduit à l’insuffisance rénale chronique. Donc, le régime aussi, c’est de respecter et puis les contrôles réguliers.

Quels conseils donneriez-vous pour lutter contre cette maladie ?

Pour la population guinéenne, il faut dire que la santé, c’est l’atout principal. Tout ce qu’on est en train de faire dans ce monde-là, c’est quand on est en bonne santé. Il ne faut pas qu’on oublie cela. Et pour préserver cette santé, il faut d’abord voir ce qu’on mange. Il ne faut pas avaler n’importe quel médicament. Quand on n’est pas malade, il faut que les gens arrêtent l’automédication, que ce soit le médicament traditionnel, que ce soit le médicament moderne. Ne prenez des médicaments que quand c’est prescrit. À partir d’une maladie bien précise qui a été identifiée, on se soigne.

L’intoxication, il faut l’éviter. Il faut éviter aussi tout ce qu’on a dit comme facteur de risque cardiovasculaire. Au-delà du rein, il y a aussi le cerveau, vous avez vu il y a beaucoup d’AVC, le cœur, il y a beaucoup de morts subites, des infarctus, etc. Donc tous les facteurs de risque cardiovasculaire, l’obésité, manger excessivement du sel, des aliments trop salés, des aliments trop sucrés, ce n’est pas bien. Contrôler le poids et ne pas rester assis sur place tout le temps, il faut bouger. Si on ne peut pas courir, on ne peut pas faire du sport, mais quand même on peut marcher quel que soit l’âge. Il faut marcher 15 minutes trois fois par semaine, je pense que ça maintient la santé.

Et boire régulièrement de l’eau, comme j’ai dit. Éviter tout ce qui est toxique, l’alcool, le tabac, les drogues, tout cela. Il y a des médicaments qui peuvent agresser le rein, notamment la prise continue d’anti-inflammatoires, ce n’est pas bien du tout. Nous, on n’aime pas ça du tout. Certains antibiotiques comme les aminosides, ne les prenez pas lorsque ces médicaments ne sont pas prescrits. La dose est connue par rapport au poids du patient, mais aussi la durée du traitement.

Tout abus de traitement, de médicaments, peut conduire à une intoxication. En dehors du cerveau, il y a le rein, il y a le foie, etc. Donc, préserver la santé d’abord, c’est ça. Et en plus maintenant, se rendre régulièrement une fois par an à l’hôpital pour voir, est-ce qu’on n’est pas hypertendu, est-ce qu’on n’est pas diabétique, est-ce qu’on n’a pas d’infection, est-ce que le poids est correct, etc. Est-ce qu’on n’a pas eu un problème rénal ? Comme je vous l’ai dit, tout médecin généraliste peut vous prescrire cet examen, créatinine dans le sang et dans les urines, regardez dans la bandelette urinaire est-ce qu’il y a des protéines, est-ce qu’il y a du sang, est-ce qu’il y a des réticulocytes, etc.

A suivre…

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 6 février 2026 06:02

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