Sékou Souapé Kourouma brise le silence : « Taliby Dabo ne pèse pas un gramme de coton au sein du RPG ! »
Absent de la scène politique guinéenne depuis trois ans, Sékou Souapé Kourouma, cadre militant du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel), brise le silence. Dans un entretien exclusif, il revient sur les raisons de son éloignement, les turbulences actuelles au sein de l’ancien parti au pouvoir et répond avec fermeté aux critiques, notamment celles de Taliby Dabo, qu’il juge opportunistes et dénuées de toute légitimité historique au sein du RPG. Une interview sans concession où l’ancien responsable retrace le parcours du parti et dénonce une certaine “ingratitude” envers ceux qui ont bâti la formation politique.
AFRICAGUINEE.COM : Quelles sont les nouvelles de Sékou Souapé Kourouma ?
SÉKOU SOUAPÉ KOUROUMA : Je suis hors du pays depuis trois ans. Sur le plan physique, je vais bien, mais on ne se sent jamais très bien quand on est loin de son pays.
Pourquoi cette absence prolongée alors que vous n’êtes pas inquiété en Guinée ?
Comme vous le savez, je n’ai assumé aucune responsabilité durant les onze ans du régime du RPG Arc-en-ciel, sous la direction du président Alpha Condé. À ce niveau, je n’ai aucun reproche à me faire. Cependant, compte tenu de notre rôle en tant que responsables au sein du parti, il était question pour moi d’observer une certaine prudence et de prendre du recul pour suivre l’évolution de la situation de notre pays.
Aujourd’hui, le RPG Arc-en-ciel connaît des agitations. Certaines figures du parti, comme Taliby Dabo et d’autres, appellent à une refonte profonde, et le parti est même menacé de dissolution. Comment appréhendez-vous cette situation ?

Il faut d’abord rappeler le caractère historique du RPG. C’est le premier parti, après le régime de Sékou Touré, à s’imposer sur le terrain politique, à se battre pour l’État de droit, la démocratie, le pluralisme intégral et la liberté d’expression dans notre pays.
Pour revenir au cas de Taliby Dabo, il ne connaît strictement rien en ce qui concerne le RPG. S’il connaissait le RPG, il ne se serait pas posé la question de savoir comment le parti a pu obtenir un agrément. Pire encore, il s’attaque aux cadres du RPG, au Bureau Politique National, comme si ce dernier était responsable de quelque chose. Comment pourrions-nous trahir le parti ? Comment le Bureau Politique peut-il trahir le parti ? Le Bureau Politique, c’est l’essence du parti !
Le Bureau Politique est choisi au sein du Comité Central du parti. Moi, j’ai été l’un des premiers responsables. Je peux citer toutes les étapes traversées par le RPG Arc-en-ciel jusqu’à aujourd’hui, car j’ai été un acteur de premier plan avec d’autres camarades, bien entendu. Mais Taliby Dabo, il ne pèse pas un gramme de coton au sein du parti. Ce n’est pas parce qu’on parle fort que tout ce qu’on dit est la vérité. Il raconte des histoires. Il ne connaît strictement rien du RPG. Il n’a jamais été responsable à quelque niveau que ce soit. Il se dit coordinateur, mais il n’a jamais été à la coordination du parti (…).
Certes, le régime a changé, les gens cherchent leur place, mais il faut au moins se respecter. Il faut avoir une certaine éthique. À la place du Général Mamadi Doumbouya, je ne prendrais pas des gens comme ça au sérieux. Parce qu’il ne connaît rien du parti. Comme je l’ai dit, il ne pèse pas un gramme de coton au sein du parti. Ce sont des gens qui ont bénéficié du parti et qui n’ont jamais rien fait pour le parti. Taliby n’a pas une histoire au sein du RPG.
C’est maintenant qu’il constate qu’il y a des manquements ?
Nous, on a eu le courage de dénoncer quand on a constaté des manquements. On a été suspendu devant tout le monde. Le cas de Zénab Dramé (ancienne ministre de l’Enseignement Technique) est un cas emblématique. On avait dit qu’à partir du moment où, à tort ou à raison, la majorité des populations l’accusaient d’avoir détourné de l’argent, il ne fallait pas la reconduire au sein du gouvernement. Il fallait lui permettre de se justifier. Si elle était blanchie, elle pouvait revenir, il n’y avait aucun problème.
On a fait un mémorandum que nous avons adressé au président de la République et nous avons été sanctionnés à cette occasion. Moi, je n’avais aucune responsabilité. La seule chose sur laquelle on m’a sanctionné, c’était le véhicule du parti que je détenais. On m’a dit de le déposer, je l’ai fait. Donc, le bureau politique n’a jamais fermé les yeux quand il y a eu des manquements. Mais ça, c’est au sein du parti.
Les cadres peuvent avoir des divergences, même avec le président du parti, mais cela reste interne. La politique est une question de conviction, on n’oblige personne.
Vous ne pouvez pas nier qu’il n’y a quasiment jamais eu de congrès au RPG ?
Après le premier congrès en 1994, ce sont les conventions qui ont renouvelé un certain nombre d’instances du parti. Mais en 1994, il y a eu le congrès. Le président a été élu en même temps que le Comité Central. À l’époque, les statuts chargeaient le président de choisir les membres qui composent le Bureau Politique National au sein du Comité Central, qui est élu par le congrès.
Mais depuis, même après la venue du président Alpha Condé au pouvoir, alors que le parti avait les moyens d’organiser des congrès, il ne l’a pas fait. Pourquoi ?
Personne ne s’oppose à la tenue d’un congrès. Mais ce n’est pas parce que le congrès ne s’est pas tenu que c’est la faute de Pierre ou de Paul. Pour organiser un congrès, il y a des procédures (…).
Personne ne nie le fait qu’il faille faire un congrès pour renouveler les instances du parti et avoir une nouvelle direction. Après les événements du 5 septembre 2021, on nous a fait comprendre que la nécessité exigeait d’avoir une équipe dirigeante à la tête du parti. Tous les documents l’attestent. C’est pourquoi Kassory a été porté, lors d’une convention à l’hôtel Kaloum, à la tête du parti, jusqu’à la sortie ou la libération du président du parti.
C’est ce qui a été dit, et par les documents, cela a été mentionné noir sur blanc. Tout le monde connaît ça. Donc, que des gens qui ne connaissent pas très bien le parti ou qui n’ont jamais fait aucun effort pour que le parti soit ce qu’il est aujourd’hui s’assoient pour raconter des histoires, ça fait rire. Vous savez, dans la vie, il faut savoir d’où l’on vient. Il faut avoir un parcours.
Ces opportunités qui s’offrent aujourd’hui à beaucoup n’auraient jamais existé si le RPG n’avait pas mené ce combat et accédé au pouvoir. Il faut que les gens comprennent : se mettre aujourd’hui en tête qu’il faut démanteler le RPG, c’est de l’ingratitude. Certains d’entre nous ont payé très cher. Moi personnellement, je suis allé en prison en 1993, j’ai été arrêté à Lola, condamné à deux ans (…).
A suivre !
Entretien réalisé par Boubacar 1 DIALLO
Pour Africaguinee.com
Créé le 8 juillet 2025 09:03Nous vous proposons aussi
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