Scrutins du 31 mai : Des observateurs internationaux livrent leurs premières conclusions et recommandations
CONAKRY-Installés dans leur salle de situation électorale ce lundi 1er juin, lendemain du triple scrutin, les observateurs du Réseau Ouest-africain pour l’Édification de la Paix (WANEP-Guinée) ont présenté leur rapport préliminaire d’observation. Si leurs constats révèlent un déroulement globalement satisfaisant des opérations, des irrégularités et des cas avérés de corruption ont toutefois été signalés par endroits.
Dans le cadre de leur mission, les membres de la « Chambre de décision » ont déployé un dispositif axé sur l’observation et le suivi de la violence électorale. Une approche qui se distingue des missions classiques par son plan de déploiement et sa stratégie de coordination en temps réel.
Pour ce faire, WANEP-Guinée a mobilisé 600 observateurs afin de couvrir 4 200 bureaux de vote répartis dans 300 des 375 communes du pays, ciblées en fonction de leur poids électoral et des risques potentiels de violences dans les huit (8) régions administratives. Au terme des opérations, la structure estime que 586 de ses agents ont pu effectivement couvrir 3 637 bureaux de vote au sein de 294 communes.
« À travers les 2 331 rapports remontés par nos équipes, il ressort que les files d’attente étaient constituées de 47 % de femmes et de 40 % de jeunes visiblement âgés de moins de 35 ans. Les électeurs vulnérables (personnes vivant avec un handicap, personnes âgées et femmes enceintes) ont reçu l’assistance requise dans les bureaux observés. La présence d’autres observateurs nationaux et internationaux a été constatée par 21 % de nos agents. De même, 95 % des données recueillies indiquent la présence des forces de sécurité dans les centres de vote », a déclaré Fatou Ann Souaré au nom de la Chambre de décision.

« Les opérations de vote se sont globalement bien déroulées malgré quelques incidents. Il n’y a pratiquement pas eu de violence dans les bureaux de vote suivis. Les données recueillies indiquent que les procédures prévues par la loi ont été globalement respectées, de l’ouverture au dépouillement », a-t-elle ajouté.
De l’ouverture des bureaux de vote
Les données consolidées font état d’une ouverture globalement conforme aux dispositions de l’article 78 du Code électoral, en dépit de quelques couacs opérationnels. Les principaux indicateurs se présentent comme suit :
- Présence des membres : 93 % des bureaux affichaient complet (les 5 membres présents) à l’ouverture.
- Inclusivité : 77 % des bureaux comptaient des femmes parmi leurs membres.
- Respect des procédures : 97 % de conformité globale au Code électoral, et 99 % pour la vérification de l’urne (vide et scellée).
- Ponctualité : 74 % des bureaux ont ouvert à l’heure exacte (7h00), tandis que 26 % ont accusé un retard.
- Logistique : Le matériel électoral était totalement disponible dans 85 % des cas, et le secret du vote (conformité des isoloirs) garanti à 99 %.
- Sécurité : Présence des forces de l’ordre constatée dans 95 % des bureaux, sans interférence sur le scrutin.
Des retards majeurs dans certaines localités en Haute-Guinée
« Toutefois, il faut noter qu’à 9h20, 169 bureaux de vote sur les 581 observés à cette heure, soit 29 %, n’étaient toujours pas ouverts. Les plus grands retards ont été enregistrés dans la préfecture de Siguiri, plus précisément à Tomba Kanssa, où deux bureaux n’ont ouvert qu’entre 17h35 et 17h45 (le BV N°1 de la place publique de Tombadoula et le BV N°1 de la Mairie Centre). Par ailleurs, des absences ponctuelles des forces de l’ordre ont été signalées à l’EP Taigbe 1 (Forécariah), à Guémé (Pita) et à Madina-Wora (Mali) », ont révélé les responsables de WANEP-Guinée.
Incidents signalés à Siguiri, Pita et Mali
Les observateurs ont documenté quatre (4) cas avérés de pressions sur les électeurs et d’actes de corruption, localisés exclusivement dans la préfecture de Siguiri (notamment au BV 5 de Bendougou, au BV N°1 de Tomba Doula et au BV N°1 de Bourenfè).
« Au BV N°1 de Franwalia, le bureau a été délocalisé chez le président de district, un assesseur a été surpris en train de donner des consignes de vote, et des délégués ont été empêchés d’y accéder. À Pita (Mairie Sangaréah, BV N°1), une activité de campagne électorale a été constatée en faveur d’un candidat de l’UPR. Enfin, un incident a été signalé au Bureau de vote N°1 de la salle polyvalente de la mairie à Madina Salambandé (préfecture de Mali, région de Labé), où un jeune a été arrêté sur instruction du sous-préfet pour ingérence, avant d’être libéré grâce à la médiation des sages », détaille le rapport.

Clôture et dépouillement
Dans 16 % des bureaux observés, l’heure légale de fermeture n’a pas été respectée, certains ayant clos les opérations à 18h00 ou, au contraire, après 19h30.
Malgré cela, le dépouillement a été immédiat, public, ininterrompu et pacifique dans 98 % des cas suivis. Les décisions sur la validité des bulletins et l’affichage des résultats ont également été prises par consensus à hauteur de 98 %. En revanche, 6,2 % des bureaux ont été touchés par une rupture de documents essentiels (procès-verbaux, feuilles de dépouillement, fiches de résultats), une anomalie particulièrement marquée dans la région de Labé. Les procès-verbaux valides ont ensuite été scellés en quatre plis pour transmission.
Les principales recommandations de la mission d’observation
Dans leur rapport de dix pages, les observateurs ont formulé plusieurs recommandations fortes, dont l’ouverture d’enquêtes judiciaires.
Au gouvernement :
- Ouvrir sans délai des enquêtes judiciaires sur les cas avérés de corruption et de pression documentés dans la préfecture de Siguiri ;
- Veiller au respect strict de la neutralité des autorités administratives locales, notamment des sous-préfets ;
- Consolider le climat social par un dialogue inclusif, respectueux des droits et libertés fondamentales ;
- Garantir l’accessibilité du vote aux personnes à besoins spécifiques en intégrant des dispositifs adaptés (système braille, pochettes tactiles, etc.).
À la Direction Générale des Élections (DGE) :
- Procéder à une vérification croisée des résultats dans les bureaux où les procès-verbaux n’ont pas fait l’objet d’un affichage public ;
- Renforcer la chaîne logistique (matériel, fiches de dérogation/procuration, listes d’émargement, scellés) bien en amont des prochains scrutins ;
- Digitaliser le suivi des opérations électorales pour sécuriser la traçabilité et réduire les délais de remontée des données ;
- Intensifier la formation des agents électoraux et la sensibilisation des citoyens ;
- Améliorer les stratégies de prorogation de l’heure de clôture pour les rendre plus prévisibles et efficaces ;
- Déployer un système de suivi instantané des bureaux de vote basé sur les nouvelles technologies afin de résoudre rapidement les dysfonctionnements.
Des recommandations spécifiques ont également été adressées à la Haute Autorité de la Communication (HAC), aux acteurs politiques, à la société civile, aux leaders religieux, aux médias, aux partenaires au développement ainsi qu’aux populations.
Dansa Camara DC
Pour Africaguinee.com
Créé le 2 juin 2026 07:21Nous vous proposons aussi
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