Guéasso (Lola) : accusations d’imposition du maire, contestations, interpellations… les dessous d’une installation sous haute tension
GUEASSO- L’installation du nouveau maire de la commune rurale de Guéasso, Bangaly Soumaoro, est loin de cicatriser les blessures nées des récentes élections communales. Contestation de la liste des conseillers, accusations de favoritisme, intervention des forces de sécurité et interpellation de plusieurs jeunes : la passation de service s’est déroulée dans un climat particulièrement tendu ce lundi 13 juillet 2026. Chaque protagoniste livre sa propre version des faits.
À l’origine de la polémique, Yamaty Donzo, militant de GMD (Génération pour la Modernité et le Développement), affirme avoir été tête de liste lors des élections avant d’être finalement écarté au profit d’une autre liste. Il accuse ouvertement le directeur sous-préfectoral de campagne de GMD, Docteur Lancinè Soumaoro, d’avoir favorisé son propre frère, Bangaly Soumaoro, aujourd’hui installé à la tête de la commune.
« Celui que nous avons fait élire a été écarté », dénonce Yamaty Donzo
Selon Yamaty Donzo, une première liste consensuelle avait été établie après plusieurs concertations entre les responsables locaux du parti. Sur cette liste, il occupait la première position et c’est cette liste, assure-t-il, qui aurait servi de base à la campagne électorale.
« C’est ma photo qui figurait sur les bulletins. Nous avons fait campagne sur cette base et GMD a remporté largement les élections avec 16 conseillers contre 7 pour un indépendant », explique-t-il.
Après le scrutin, poursuit-il, une autre liste aurait été utilisée pour la validation définitive des conseillers.
Selon lui, cette nouvelle liste a complètement bouleversé l’ordre des candidats.
« Je me suis retrouvé en 22e position alors que j’étais tête de liste. Nous avons été exclus du conseil communal et c’est dans cette liste que le directeur a fait élire son jeune frère comme maire », accuse-t-il.
Pour Yamaty Donzo, cette situation est à l’origine de la colère d’une partie de la population.
Il affirme que les citoyens n’ont pas reconnu le nouveau bureau communal et se sont rendus devant le bloc administratif uniquement pour exprimer leur désaccord.
« Nous avons manifesté pacifiquement. Nous avons dit que nous ne reconnaissions pas ce bureau. Nous n’avons violenté personne », soutient-il.
Il accuse en revanche les forces de sécurité d’avoir procédé, dans la nuit qui a suivi l’installation, à des arrestations ciblées.
« Vers quatre heures du matin, les policiers et les gendarmes ont commencé à casser des portes pour arrêter les responsables de la jeunesse. Aujourd’hui, plusieurs personnes sont en cavale », affirme-t-il.
Bangaly Soumaoro : « Je n’ai bénéficié d’aucun favoritisme »
Le nouveau maire rejette catégoriquement toutes les accusations.
Bangaly Soumaoro affirme n’avoir bénéficié d’aucune intervention de son frère dans sa désignation.
« Le directoire ne m’a aidé en rien. Au contraire, nous étions même en désaccord sur plusieurs questions », assure-t-il.
Selon lui, sa candidature a été portée par plusieurs districts de la sous-préfecture en raison de son engagement dans les activités de développement local.
Concernant les critiques sur sa présence sur la liste électorale, il explique que son dossier avait connu des difficultés administratives liées à la délivrance de sa carte d’électeur.
« J’avais reçu seulement un récépissé à cause d’un problème technique lors de l’enrôlement. Finalement, mon dossier a été accepté conformément aux règles en vigueur », explique-t-il.
Le nouveau maire soutient également que les manifestations ayant précédé son installation ont dégénéré.
Selon lui, certains contestataires ont tenté d’empêcher la cérémonie.
« Ils ont barricadé la porte de la mairie et certains biens du bloc administratif ont été endommagés. C’est ce qui a conduit à l’interpellation de certains jeunes », affirme-t-il.
Il insiste toutefois sur le fait que son élection résulte exclusivement du vote des conseillers communaux.
« Les 16 conseillers de GMD ont voté pour moi. Ce n’est pas une décision imposée », soutient-il.
Le directeur de campagne réfute toute accusation
Mis en cause par les contestataires, Docteur Lancinè Soumaoro, directeur sous-préfectoral de campagne de GMD à Guéasso, balaie toutes les accusations.
Il affirme avoir simplement exécuté les instructions reçues de la hiérarchie du parti.
Selon lui, la liste qu’il a préparée reposait sur un principe de représentativité des douze districts de la sous-préfecture.
« Chaque district devait être représenté. Nous avons travaillé de manière consensuelle avec les sages et les responsables locaux », explique-t-il.
Il précise n’avoir jamais été candidat et affirme que son nom n’a été inscrit sur la liste qu’à la demande des représentants des districts.
Concernant Bangaly Soumaoro, il soutient n’avoir exercé aucune influence.
« Même avec lui, nous avons eu des divergences. Je ne suis pas venu défendre un frère, mais travailler pour toute la sous-préfecture », assure-t-il.
Une affaire portée devant la justice
Le directeur de campagne révèle également que le différend autour des listes a fait l’objet d’une procédure judiciaire.
Selon lui, les contestataires ont saisi la justice mais leur recours n’a pas prospéré.
« Ils ont porté plainte, mais ils ont été déboutés. Ils ont falsifié les dossiers pour changer ma photo. La justice a estimé que leurs accusations n’étaient pas fondées », a-t-il affirmé.
Il ajoute disposer de documents, de vidéos et de rapports retraçant tout le processus d’élaboration des listes et se dit prêt à les produire en cas de besoin.
Si Bangaly Soumaoro a officiellement pris les commandes de la commune rurale de Guéasso, la contestation demeure vive au sein d’une frange de la GMD locale.
D’un côté, les contestataires dénoncent un détournement de la volonté des électeurs et parlent d’une liste modifiée après le scrutin. De l’autre, le nouveau maire et le directeur de campagne assurent que toutes les procédures ont respecté les règles et que les accusations relèvent davantage d’un mécontentement politique d’une frange des citoyens que des irrégularités avérées.
Interrogé pour sa part, le sous-préfet de Guéasso nous a confié être en instance de voyage.
A suivre !
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière.
Tél. 00224 628 80 17 43
Créé le 15 juillet 2026 08:53Nous vous proposons aussi
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