Réorganisation du marché de Mangué Bounyi : tensions autour des boutiques à Sanoyah
COYAH – Dans la commune urbaine de Sanoyah, le marché de Mangué Bounyi, longtemps abandonné, est aujourd’hui en pleine réorganisation. Sur place, les avis restent partagés entre satisfaction, espoir et incompréhensions, a constaté une équipe de journalistes d’Africaguinee.com lors d’un reportage effectué le 10 avril dernier.
Au cœur des tensions entre occupants des lieux, administration du marché et autorités locales, les accusations fusent de part et d’autre sur fond de crispations. Certaines commerçantes affirment avoir été dépossédées de leurs places au profit de personnes déguerpies le long du marché Km36.
Ces femmes dénoncent des injustices dans l’attribution des boutiques. C’est le cas de Fatoumata Binta Bah :

« Nous remercions ceux qui ont réorganisé le marché. Mais on a attribué notre place à d’autres personnes alors que nous avions déjà une boutique ici. On nous propose une autre, mais nous voulons garder la nôtre », a-t-elle dénoncé.
De son côté, Fatoumata Bangoura, également commerçante, salue plutôt les efforts des autorités locales pour leur recasement.
Elle revient sur les circonstances de leur installation :

« Suite à notre déguerpissement du marché Km36, la mairie de Sanoyah nous a orientées vers Mangué Bounyi. À notre arrivée, le marché était complètement abandonné. Il n’y avait que des occupants illégaux et des bandits, tout était dans le désordre. Aujourd’hui, des efforts sont faits pour réorganiser les lieux. Nous demandons aux femmes de venir occuper ce marché », a-t-elle expliqué.
Même son de cloche chez Mohamed Sylla, chef de secteur de Sanoyah Plateau, qui se réjouit des efforts entrepris par les autorités :
« Avant, les gens n’osaient même pas entrer ici à cause de l’insécurité. Mais aujourd’hui, les autorités ont décidé de changer les choses. C’est une bonne initiative pour le quartier. Nous demandons aux citoyens de venir, la sécurité est assurée », a-t-il déclaré.
Sur le terrain, l’administration du marché insiste sur les raisons profondes de cette réforme. M’Hawa Traoré, administratrice du marché, décrit une situation alarmante héritée de plusieurs années d’abandon :
« Ce marché a été déserté pendant des décennies. Il était occupé par des personnes qui y vivaient illégalement. On y trouvait de la prostitution, de la drogue… c’était devenu un lieu dangereux », explique-t-elle.
Elle détaille également la nouvelle procédure d’attribution des boutiques :

« Les commerçants doivent s’inscrire et choisir une boutique disponible. Si elle n’est pas occupée, elle leur est attribuée. Sinon, ils doivent en choisir une autre. Nous ne pouvons pas retirer une boutique déjà attribuée à quelqu’un. L’inscription coûte 100 000 francs guinéens. Quant au loyer mensuel, il varie entre 100 000 et 200 000 francs guinéens, selon la grandeur de la boutique ou du magasin », a-t-elle précisé.
Malgré ces avancées, plusieurs défis subsistent. L’absence d’infrastructures de base inquiète les usagers.
« Le principal problème aujourd’hui, c’est le manque de latrines et d’eau. La seule latrine existante ne peut même pas servir à dix personnes. Il nous faut des toilettes modernes et un forage », alerte l’administratrice.
Face aux critiques, les autorités communales apportent des clarifications. Oury Keïta, chef du service financier de la commune urbaine de Sanoyah, assure qu’il n’existe « pas de véritable problème ».

« Le marché est une propriété de la collectivité. Certaines personnes occupaient les lieux sans autorisation ou les sous-louaient, ce qui a contribué à l’insécurité », a-t-il expliqué.
Il poursuit en détaillant les mesures engagées :
« La commune a décidé de récupérer les boutiques, de réorganiser le marché et d’attribuer les espaces à travers des contrats de location. L’objectif est de permettre aux commerçants d’exercer dans un cadre structuré et sécurisé. »

Selon lui, les travaux de réaménagement, notamment la démolition de certaines constructions anarchiques, ont même donné lieu à un contentieux judiciaire.
« Après examen, la justice a reconnu que la commune est dans ses droits. Nous poursuivons donc les opérations pour assainir les lieux », a-t-il ajouté.

Alors que les autorités poursuivent leur politique de déguerpissement et de réorganisation des marchés dans le Grand Conakry, le cas de Mangué Bounyi illustre à la fois les enjeux d’assainissement urbain et les tensions liées à la gestion des espaces commerciaux.
Entre espoir de renouveau et frustrations des anciens occupants, le marché de Mangué Bounyi entame ainsi une nouvelle phase de son histoire, sous le regard attentif des autorités et des citoyens.

Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 2 mai 2026 09:39









