Rentrée scolaire, sort des contractuels, référendum: Aboubacar Soumah s’exprime (Interview)
CONAKRY – La rentrée scolaire, initialement prévue le 15 septembre, a été reportée à octobre 2025 pour permettre la tenue du référendum constitutionnel du 21 septembre. Le lendemain, le mouvement syndical, réuni au Palais du peuple, a affiché sa position sur le scrutin. Dans cet entretien, Aboubacar Soumah, président du SLECG ( Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée), revient sur le report et explique pourquoi le syndicat soutient le projet de nouvelle Constitution.
AFRICAGUINEE.COM : Après les menaces du syndicat de l’éducation suite à l’annonce de la rentrée des classes fixée au 15 septembre, le ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation est finalement revenu sur sa décision. Il a désormais annoncé que la reprise des cours est fixée au 6 octobre. Considérez-vous ce report comme une victoire ?
ABOUBACAR SOUMAH : Ce n’est que mon analyse personnelle. Je crois que, comme je l’ai toujours dit, c’est le département, ou plus largement le gouvernement, qui a entendu le cri de cœur des enseignants et des parents d’élèves. Car lorsque cette date avait été fixée, ni les syndicats, ni les enseignants, ni les parents d’élèves n’étaient d’accord.
En tant que syndicat chargé de défendre les intérêts des enseignants, nous avons constaté que nos droits étaient bafoués, d’abord concernant le temps de vacances. Nous avons perdu une partie de nos congés et, en plus, les salaires n’étaient pas payés. C’est ce qui nous a poussés à réagir contre cette date. Les parents d’élèves aussi n’avaient pas les moyens financiers pour assurer les fournitures scolaires de leurs enfants.

Beaucoup d’enseignants, eux, n’ayant pas reçu leur salaire, avaient dû se déplacer d’une préfecture à une autre. Ils ne pouvaient donc pas reprendre le travail dès le 8 septembre pour la rentrée administrative, puis le 15 pour la reprise des cours.
Tout cela a motivé notre réaction. Le gouvernement l’a compris et c’est ce qui a amené le ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation à repousser la date. Hier mardi, très tôt, le ministre nous a conviés à une rencontre au cours de laquelle il nous a présenté le nouveau calendrier d’ouverture. Voilà pourquoi je dis qu’ils ont entendu notre cri de cœur.
Et, comme je l’ai toujours dit, c’est un gouvernement qui accepte le dialogue. Quand le dialogue est bloqué avec les partenaires sociaux, cela débouche automatiquement sur des crises. C’est ce qui a provoqué les conflits sous les régimes précédents. Mais avec ce régime, depuis qu’il est au pouvoir, chaque fois que nous soulevons nos préoccupations et revendiquons nos droits, ils nous appellent, nous discutons et nous trouvons une solution. Je crois que ce report s’inscrit dans la continuité de cette dynamique.
L’une de vos revendications, en lien avec la rentrée scolaire, concernait aussi la situation des enseignants contractuels. Cette question a-t-elle été prise en compte avant le report ?
En plus du report de l’ouverture des classes, nous avons posé plusieurs problèmes : la révision et la signature du statut particulier de l’éducation, de l’enseignement pré-universitaire et de l’enseignement professionnel ; l’intégration à la fonction publique des contractuels non retenus ainsi que ceux de Conakry ; l’organisation des examens professionnels ; et l’harmonisation des primes d’incitation, entre autres.
Ces points existent bel et bien. Nous allons bientôt les aborder, car lors de notre dernière rencontre, les autorités nous ont dit qu’elles étaient prêtes à nous recevoir pour en discuter. Nous avons d’ailleurs déposé notre plateforme revendicative à la Primature, à la Fonction publique et au Conseil national du dialogue social, qui est disposé à nous recevoir.
Donc, je crois que des solutions seront trouvées. Peut-être pas immédiatement, mais le dialogue étant ouvert, elles finiront par l’être.
Dans le communiqué annonçant le report, le ministère a précisé que cette décision s’inscrit dans le cadre du référendum du 21 septembre, auquel l’implication des enseignants sera effective. Qu’en dites-vous ?
Quels que soient leurs arguments, cela ne nous concerne pas. Nous avons obtenu ce que nous demandions. Que le report ait été motivé par le référendum ou pour une autre raison, pour nous l’essentiel est acquis : la rentrée a été repoussée.

Justement, si l’implication des enseignants est annoncée comme effective dans ce référendum, est-ce que le mouvement syndical a déjà pris des dispositions en ce sens ?
Bien sûr, le mouvement syndical va s’impliquer activement, car il est partie prenante dans la conception et la rédaction de la nouvelle Constitution. Nous avons désigné plusieurs représentants au CNT (Conseil national de la Transition), qui ont travaillé au nom du syndicat. Nous avons aussi participé à la vulgarisation.
Nous avons apporté notre contribution dans l’élaboration du texte et nous avons continué à nous impliquer dans sa diffusion. C’est pourquoi nous allons appuyer et soutenir cette Constitution : elle prend en compte nos préoccupations. Toutes les libertés syndicales y sont consacrées. Nous n’avons donc aucune réserve.
C’est pour cela que nous la soutenons. Nous l’avons réaffirmé aujourd’hui au Palais du peuple : nous disons “oui” à la nouvelle Constitution, et nous appelons tous les travailleurs à faire de même.
Aujourd’hui, le mouvement syndical prend beaucoup de positions politiques, notamment en faveur du régime. Comment comprendre cela ?
Depuis l’arrivée de ce régime, les relations avec le syndicat se passent bien. Chaque année, nous sommes conviés à des discussions sur certains points et, à chaque fois, des améliorations, même minimes, sont apportées aux conditions des travailleurs.
Depuis 2022, et particulièrement en 2023 et 2024, des négociations ont permis d’améliorer substantiellement les salaires, aussi bien pour les travailleurs en activité que pour les retraités. Vous avez remarqué qu’au niveau de l’éducation, depuis l’accession de ce régime au pouvoir, il n’y a pas eu de grève. Pourquoi ? Parce qu’à chaque fois qu’un problème se pose, nous discutons et trouvons une solution. Le syndicat ne demande pas plus que cela.

Si l’employeur vous écoute, si le dialogue est maintenu et qu’il y a des solutions aux problèmes posés, il n’y a pas lieu de créer une crise. C’est ce qui explique l’absence de grèves. Ce n’est pas de la politique que nous faisons. Le gouvernement n’est pas notre ennemi : c’est notre employeur. Tant que nos droits sont respectés, nous le soutenons. Nous ne sommes pas adversaires, mais partenaires.
Peut-on dire aujourd’hui que le régime du général Mamadi Doumbouya est véritablement celui des enseignants ?
Ne m’emmenez pas sur ce terrain. Ce que je peux dire, c’est que nous sommes en phase avec ce régime parce qu’il nous écoute et privilégie le dialogue. C’est un régime qui ouvre la porte aux discussions, et cela nous permet de traiter les problèmes des travailleurs et d’y trouver des solutions.
Et pour le référendum, quelle sera la part de responsabilité des enseignants dans ce processus ?
Les enseignants seront présents dans les bureaux de vote. Beaucoup d’entre eux en sont membres et participeront ainsi directement au processus. Nous avons également demandé aux enseignants de voter “oui” à la nouvelle Constitution. C’est le message que nous avons passé aujourd’hui à l’ensemble des travailleurs, car nous avons participé activement à son élaboration et nous y avons apporté nos contributions.
N’avez-vous pas peur que certains considèrent le syndicat comme trop politique désormais ?
Non, nous ne faisons pas de politique. Il s’agit simplement de nos droits en tant que citoyens. Le syndicat est composé de citoyens qui, à ce titre, ont aussi des devoirs civiques auxquels ils doivent s’acquitter.
Que répondez-vous à ceux qui estiment que le syndicat est devenu un soutien du régime, en prenant position sur les initiatives des autorités actuelles ?
Chacun est libre de juger comme il veut. Mais le syndicat n’est pas politique. Ce que nous faisons n’a rien de politique, car nous ne cherchons pas le pouvoir. Nous défendons les intérêts des travailleurs.

Notre interlocuteur, c’est le gouvernement, parce qu’il est notre employeur. On ne peut pas soutenir un autre acteur : il n’y a qu’un seul gouvernement en place, et c’est avec lui que nous travaillons. Si demain un autre gouvernement arrive, nous travaillerons avec lui.
Nous ne sommes pas un parti politique. Nous n’avons pas vocation à nous opposer à un gouvernement. Tant que nos conditions sont respectées et que le dialogue est ouvert, nous discutons et nous trouvons des solutions. Être avec ce gouvernement n’a donc rien de politique : c’est simplement notre rôle de partenaires sociaux.
Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 4 septembre 2025 11:21Nous vous proposons aussi
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