Recensement biométrique : Zoom sur les couacs…

Deux semaines après le lancement du Recensement biométrique des guinéens, d’énormes difficultés rejaillissent çà et là. De couacs qui entravent le déroulement normal de cette opération cruciale qui permettra à chaque citoyen d’être doté d’un numéro identifiant personnel et de pouvoir participer aux prochaines élections. De la délivrance des extraits de naissance pourtant gratuite à l’enrôlement proprement dit, les plaintes sont nombreuses. Explications.

« Je suis venu me faire enrôler. A ma grande surprise les agents recenseurs me disent que mon extrait de naissance n’est pas valable. Ils m’ont dit de partir à la commune et payer 30.000 Gnf sinon de verser le montant à leur niveau et patienter un peu pour avoir l’extrait« , explique M.K.S rencontré à Kindia. Ce cas est loin d’être isolé. Dans plusieurs quartiers sillonnés dans la cité des agrumes, les réalités sont les mêmes.

Documents d’état civil

« Le 02 mai 2025, j’ai appris à travers mon informaticien que tous les documents signés par les secrétaires généraux ne sont pas valables. Nous les avons tous retournés. Nous avions échappé à des incidents, parce que les gens n’avaient pas cette information. Il m’a dit que les gens ont appris qu’en l’absence du maire ce sont les secrétaires généraux qui signent les documents. Mais si ces documents ne sont pas valables et qu’on me demande de prendre, je ne pourrais pas. Donc, c’est cette difficulté que je rencontre dans mon quartier. Si la commune renvoie les citoyens vers les chefs de quartiers pour se faire délivrer l’extrait de naissance, moi je ne sais pas où trouver ce document « , fulmine un responsable de quartier sous anonymat.

Primes

D’autres déplorent le retard du paiement des primes des agents recenseurs. « Au niveau des agents recenseurs, il y a des difficultés parce que nous travaillons sans primes.  Rien n’a été payé à ces gens. C’est nous les chefs de quartiers qui les prenons en charge pour le moment. Certains agents recenseurs aussi ne sont pas assidus, à cela s’ajoute le problème de document assez récurrent chez les citoyens.  C’est ce qui nous fatigue ici. Beaucoup de citoyens veulent se faire enrôler mais ils n’ont pas d’extrait de naissance. Il y en a qui viennent avec de faux extraits de naissance et passent 2h dans la ligne quand leur tour arrive, ils sont rejetés par la CAR c’est ce qui rend difficile le processus et fait crier à tout moment.  »

Au niveau de certains quartiers l’engouement n’est pas de taille comme nous explique cet agent de la commission administrative de recensement.  » Les citoyens viennent à compte goûte à part cela il n’y a aucune anomalie. Nous recensons 50 à 60 personnes par jour. Le seul problème c’est que plusieurs personnes n’ont pas les documents demandés par l’État. Nous avons appris que dans certains quartiers les inconnus revendent les extraits de naissance aux citoyens même dans certaines CAR« .

A la mairie de Kindia, le directeur communal des affaires politiques se plaint de plusieurs difficultés techniques liées aux machines. Parlant des ressources humaines, il fait savoir que certains ont démissionné à cause de la distance qui sépare leur domicile de leur lieu de détachement. Et ceux qui sont retenus pour les remplacer ne savent pas manipuler les machines.

Mécontentement des agents recenseurs

Interrogé, un membre d’une CAR affirme n’avoir rien compris dans le contrat signé entre eux et le PN-RAVEC.  » Nous rencontrons des difficultés au niveau des extraits de naissance, les gens diminuent leurs âges et dans leurs documents administratifs c’est le contraire. Tout le monde veut falsifier son document. Il y a le problème de prime aussi. Nous ne comprenons rien avec le PN-RAVEC aucun contrat n’a été ficelé entre nous. Nous ne voyons personne auprès de nous depuis le début des opérations de recensement, même la première tranche de nos primes nous n’avons pas reçu d’abord. Si c’est comme ça nous risquons d’abandonner les activités« , explique l’agent sous anonymat.

Le recensement en cours concerne les citoyens âgés de 10 ans et plus. Entamé le 15 avril 2025, le processus dure 45 jours sur toute l’étendue du territoire national. A l’image de Kindia, à Conakry aussi, des difficultés sont signalées à certains endroits. En plus des documents d’état civil, des couacs sont remontés au niveau de la logistique : manque de courant, problème de connexion.

Rencontrée ce dimanche 4 mai 2025 à Petit Simbaya, Fanta Bereté, assise derrière une machine en train de recenser les citoyens, a expliqué les difficultés qu’ils rencontrent avec les machines et les citoyens.

« Au niveau du recensement, il n’y a pas assez de problèmes. Parfois il y a des extraits qu’on nous envoie qui n’ont pas de numéros… Donc, on les fait renvoyer chez le chef du quartier pour qu’il puisse nous aider à avoir ces numéros. Donc, après là-bas, ils peuvent revenir pour qu’on les enrôle. A part ça, il n’y a pas de problème avec les citoyens. Nos difficultés ici, c’est notamment avec les machines d’enrôlement. Parfois, la connexion nous fatigue. Et quand il n’y a pas de connexion, on ne peut pas travailler, parce qu’il faut remonter les données de façon continue. À cela s’ajoute le problème de délestage du courant électrique. Cette interruption du courant a commencé ces jours-ci, et c’est dans beaucoup de quartiers. Quand il n’y a pas de courant, nous travaillons jusqu’à ce que la machine se décharge. Quand elle est déchargée, on arrête jusqu’au rétablissement du courant. Par jour moi seul je peux enrôler plus de 80 personnes si le courant stable« , a-t-elle expliqué.

Kadiatou Diallo vient de se faire recenser. Après avoir accompli cet acte citoyen, elle encourage les autres à faire comme elle. « C’est un devoir patriotique de se faire enrôler pour prendre part aux prochaines élections, à commencer par le référendum sur la nouvelle Constitution prévu pour le 21 septembre 2025. Et je demande aux citoyens de faire la même chose parce que c’est un devoir citoyen. J’avoue que tous mes enfants ont été recensés parce qu’ils ont déjà atteint l’âge de 10 ans« , a-t-elle dit.

Alhassane Soumah, abonde dans le même sens : « Je suis venu me faire recenser ce dimanche parce que les autres jours, je suis au boulot. Donc, il n’y a aucun problème. Les agents recenseurs nous enrôlent par ordre d’arrivée. Tout se passe dans l’accalmie. Dès que quelqu’un commence à s’énerver, ils le font revenir à la raison », a-t-il dit.

Alpha Oumar Touré, l’un des responsables du bureau du quartier Bantounka 2, a expliqué ce qu’ils font pour calmer les nerfs en cas de problèmes : « Chaque matin, en tant que membre du bureau du quartier, nous venons ici pour sensibiliser nos populations à se mettre en rang et à respecter les consignes données par les agents. Quand il y a une coupure de courant et que leur appareil est déchargé, nous sensibilisons les gens et les invitons à revenir au retour du courant ou le lendemain« , a-t-il indiqué.

Certains membres du Gouvernement admettent ces difficultés. Le ministère de l’Administration du Territoire qui a mis en place un numéro vert, corrige les couacs enregistrés dans la chaîne au fur et à mesure, apprend-on.

Mamadou Yaya Bah & Chérif Keita

Pour Africaguinee.com

Créé le 5 mai 2025 12:44

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