Quand un tubercule séduit le Général Conté: l’incroyable histoire de la pomme de terre racontée par le doyen Ibrahima Sory Souaré
MALI – À 7 kilomètres de la commune urbaine de Mali, une préfecture de la Moyenne Guinée, perchée dans les contreforts du Fouta Djalon, l’histoire de la pomme de terre est intimement liée au destin d’un homme : le doyen Ibrahima Sory Souaré.
Ancien enseignant reconverti en agriculteur, il est considéré comme l’artisan de la renaissance du tubercule, surnommé la « Belle de Guinée », après des décennies d’oubli. À la veille du 32ème anniversaire de la Fête de la pomme de terre à Mali, il nous a ouvert ses portes pour un témoignage exclusif qui jette la lumière sur un pan jusque-là méconnu de l’histoire de ce tubercule.

Une introduction coloniale
L’histoire de la pomme de terre au Foutah remonte au début du 20e siècle, avec des premières expérimentations. Selon le doyen Souaré, les premiers essais ont eu lieu en 1912 à Tiritara, sous l’égide du commandant Flod de Pouzolles. Un second test a suivi en 1920 avec Martin Chastreix. Mais c’est en 1928, sous l’administration de Kentri Lamonte, que la culture a été introduite de manière plus structurée au jardin colonial de Mali Missidé, dans le but de nourrir les fonctionnaires français.
“Grâce aux mains d’œuvre locales et des cadres coloniaux, nous avons découvert la pomme de terre au jardin colonial de Mali Missidé, nous avons découvert son importance, ses avantages et les populations locales se sont familiarisées avec la production et la consommation. C’est devenu une histoire de vie”, explique le Doyen.

Toutefois, malgré ces débuts prometteurs, la culture a été abandonnée, tombant dans l’oubli pendant plusieurs décennies.
1972, la renaissance à partir d’un seul tubercule
C’est en 1972 que le doyen Ibrahima Sory Souaré a décidé de relancer la production. À l’époque, il était cadre à la Direction Préfectorale de l’Éducation (DPE) de Mali. Il a alors pris la décision de se consacrer à la terre.
“Nous avons contribué à la renaissance de la pomme de terre à partir de 1972 après des décennies d’arrêt. J’ai relancé avec un seul tubercule à titre expérimental qui a donné 9 pommes de terre. En 1972, j’étais à la DPE de Mali comme cadre, j’ai réfléchi à comment relancer la pomme de terre déjà à l’abandon alors que tout est parti de là. J’avais semé un seul tubercule à titre expérimental dans mon jardin à Mali Missidé ici”, se remémore-t-il.

Il a fallu de la patience et de l’expérimentation pour arriver à ses fins : « La saison suivante, 18Kg m’ont donné 52kg, de 52 je récolte 180kg, puis 500kg. C’est cela la cadence de la reprise de la pomme de terre, qui a entraîné un retour progressif des producteurs locaux. Je pense que l’essor d’aujourd’hui est parti de ces 500kg. »
La reconnaissance et le soutien du président Lansana Conté
Le succès du doyen Souaré a rapidement dépassé les frontières du Foutah. Après la prise du pouvoir par l’armée en 1984, il a eu l’opportunité de présenter sa production au président Lansana Conté.
« Après la prise du pouvoir par l’armée en 1984, j’ai eu l’intention de présenter au président Lansana Conté des échantillons de ma production de pomme de terre en 1986. Le département de l’agriculture était dirigé par un certain capitaine Kabassan. Je suis allé le voir, son secrétaire général était Elhadj Cellou Dalein, vieux Cellou, oncle de l’actuel président de l’UFDG (Cellou Dalein Diallo, NDLR). Vieux Cellou dont je vous parle est un ingénieur agronome qui a étudié en France. Ce dernier m’a encouragé à continuer le travail et à me faire connaître du pouvoir. C’est lui qui m’a présenté au ministre Kabassan (…).

J’ai envoyé un échantillon de 5 pommes de terre. Parmi ces 5, la plus grosse pesait 1 kg 200… Coïncidence c’était un jour de conseil des ministres, le ministre m’a envoyé chez le président Conté. Je montre les tubercules, ce jour j’ai vu un président plus qu’enchanté, ce jour il m’a fait l’honneur d’assister au conseil des ministres. »
Impressionné par le travail du doyen, le président Conté lui a demandé ce dont il avait besoin pour continuer ses activités. « J’ai exprimé le besoin d’avoir un camion pour mes activités. J’ai reçu un camion Jules-130 tout neuf », confie-t-il. Ce soutien officiel a permis de donner un nouvel élan à la production de la pomme de terre dans la région.

J’ai inspiré le Président
« J’ai inspiré le président parce que lui aussi tenait à le faire à Gbantama. Il m’a demandé de lui porter assistance et m’a mis en rapport avec Sory Dombouya. Chaque fois que je voulais le voir, ce dernier facilitait la rencontre. Il était le président de l’ordre national du mérite au palais 42 cité des Nations. C’est là que je venais le trouver pour qu’il m’amène voir le président chaque fois que je passe à Conakry. Je l’ai souvent rencontré sans difficultés et il me demande conseil sur des problèmes qu’ils rencontraient dans ses champs« .
L’idée de la fête, une inspiration ivoirienne
L’idée d’une fête annuelle pour célébrer la pomme de terre à Mali est née d’une rencontre inattendue. Lors d’une mission en Côte d’Ivoire, le doyen Souaré a assisté à la fête du Cacao. Inspiré par cet événement, lui et un ami photographe, El Hadj Abdoulaye, originaire de Tiritara, ont eu une vision.
“Personnellement, depuis 1972, j’ai entrepris et réalisé beaucoup d’activités pour maintenir la culture de la pomme de terre car elle avait longtemps été abandonnée pour certaines raisons dont la destruction des domaines propices pour sa culture. La fête de la pomme de terre rappelle son origine à Mali et cela honore aussi nous qui avons fait des choses pour sa survie ici”, se réjouit-t-il.

Aujourd’hui, alors que la préfecture de Mali est reconnue pour sa production de pommes de terre, le doyen Ibrahima Sory Souaré continue de veiller sur le tubercule qui a fait sa fierté. Son témoigange est la preuve vivante que la passion et la persévérance peuvent transformer une région.
A suivre !
Alpha Ousmane Bah
Pour Afrciaguinee.com
Tel : (+224) 664 93 45 45
Créé le 15 septembre 2025 15:32Nous vous proposons aussi
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