Descente des ministres dans la campagne, candidats “porteurs de bagages”, cas d’Adamou Condé: Dr Morissanda Kouyaté parle (exclusif)

CONAKRY – À seulement huit jours du scrutin présidentiel du 28 décembre 2025, la température politique monte en Guinée, alors que le début de la campagne a été plutôt nonchalante.

Dans cet entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Dr Morissanda Kouyaté, monte au créneau.

Entre la polémique suscitée par ses propos qualifiant les adversaires de « porteurs de bagages », la descente massive des ministres dans l’arène électorale pour soutenir le général Mamadi Doumbouya et la position de l’État sur le décès tragique d’un compatriote lors d’une intervention policière en Belgique, le chef de la diplomatie guinéenne répond sans détour.

Un grand déballage où se mêlent stratégie de campagne, défense de la souveraineté nationale et fermeté diplomatique. Entretien exclusif!!!

AFRICAGUINEE.COM: Lors d’un meeting de campagne à Siguiri, vous avez déclaré : « Les autres candidats sont des porteurs de bagages… ». Cette phrase incisive suscite une vive polémique. Quelle est votre réaction ?

DR. MORISSANDA KOUYATÉ: Nous sommes en période de campagne électorale, et l’objectif pour chaque camp est de valoriser son candidat. Les gens interprètent mal ces propos, mais au fond, tous les états-majors pensent la même chose : ils sont convaincus que leur candidat va gagner et que les autres ne sont là que pour faire de la figuration ou « l’accompagner ». C’est tout.

Cela ne devrait pas créer de polémique ; ce sont des termes de campagne. Une campagne est faite pour valoriser son champion et, par extension, dévaloriser ses adversaires. C’est l’essence même du jeu politique en période de campagne électorale. Quand je suis arrivé à Kouroussa, j’avais annoncé que nous allions montrer comment on mène réellement une campagne électorale. Celle que nous menons actuellement n’est habituelle, c’est une démonstration de force et de conviction.

Pourquoi les ministres sont-ils soudainement descendus dans l’arène ? Nos informations indiquaient pourtant que le Président avait interdit aux membres du Gouvernement de s’en mêler pour assurer la continuité du service public.

Non. Le chef de l’État n’a jamais donné de consigne. On lui prête souvent à tort des intentions. Logiquement, posez-vous la question : les ministres ont été nommés par le Président ; si ce dernier est en compétition, devraient-ils rester les bras croisés à le regarder se battre seul ? Ce serait absurde, voire même stupide.

Il faut être réaliste : si un candidat autre que le Général Mamadi Doumbouya l’emportait, il balayerait toute l’administration actuelle pour installer la sienne. L’administration Doumbouya a donc tout intérêt à soutenir le Président pour garantir la continuité de son action et de ses grands projets en faveur du peuple de Guinée. Pour utiliser une métaphore : si vous avez une armée et que le capitaine parte seul au front en disant à ses soldats de ne pas se mêler de la guerre, la défaite serait l’issue fatale. C’est insensé.

Tous ceux qui ont bénéficié de la confiance du Président parmi des millions de Guinéens ont le devoir de l’aider à porter sa vision. Le seul ministère qui se doit de rester neutre est celui de l’Administration du Territoire, car il est l’organisateur du scrutin. Pour les autres, l’engagement est naturel.

Était-ce une stratégie calculée de monter en puissance seulement maintenant ?

Non, c’est naturel. Au début, la campagne semblait un peu terne, presque nonchalante. Mais aujourd’hui, vous le voyez : tout le monde s’engage. C’est cela, une vraie campagne. Nous sommes sur le terrain pour faire élire le Général Mamadi Doumbouya le 28 décembre 2025. Personnellement, je parcours les villages, je vais à la rencontre des citoyens partout. Les autres candidats sont libres de dire qu’ils vont nous battre, c’est le jeu. Notre étape finale, c’est la victoire du Président Doumbouya dans une semaine.

Un de nos compatriotes, Adamou Condé, a tragiquement perdu la vie lors d’une intervention policière en Belgique. Comment avez-vous appris cette nouvelle et quelles mesures l’État guinéen a-t-il prises ?

Je ferai une déclaration officielle aujourd’hui. C’est un sujet sur lequel nous sommes intransigeants : l’intégrité de nos compatriotes n’est pas négociable. Nous avons déjà convoqué l’ambassadeur de Belgique en Guinée. Parallèlement, j’ai mobilisé notre ambassade à Bruxelles pour faire la lumière sur les circonstances du drame et rencontrer les officiels belges. Nous exigeons une enquête crédible, à laquelle la Guinée doit être associée et tenue informée.

Nous ne tolérerons jamais qu’on offense ou qu’on tue un Guinéen impunément. Jamais. C’est une question d’honneur, de dignité et c’est le socle de la politique étrangère du chef de l’État.

Pour nous, si l’on touche à un Guinéen à l’extérieur, c’est toute la Guinée que l’on agresse. Nous suivrons ce dossier jusqu’au bout pour que justice soit rendue. Ceux qui ont commis cet acte devront répondre de leurs actes devant la justice.

Interview réalisée par Boubacar 1 DIALLO

Pour Africaguinee.com

Créé le 21 décembre 2025 07:20

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