Depuis Paris, Mahawa Camara raconte le calvaire de sa sœur, M’mah: « Elle est prise en otage…aidez-nous»
PARIS – C’est depuis Paris que Mahawa Camara partage le calvaire de sa jeune sœur, retenue en Sierra Leone depuis juin 2025. M’mah Camara gérait un petit commerce à Conakry lorsque des amis lui ont parlé d’un réseau d’immigration clandestine vers l’Europe. Espérant s’offrir un avenir meilleur, elle abandonne tout pour se lancer dans une aventure idyllique. Malheureusement, depuis tout ce temps, la jeune femme est bloquée à Freetown.
Sa famille a récemment découvert la supercherie : alors que M’mah faisait croire qu’elle se trouvait déjà en Italie, elle était en réalité retenue en Sierra Leone. Sa sœur Mahawa Camara, établie en France, a multiplié les efforts pour qu’elle la rejoigne à Paris. Face aux refus successifs et suspects de la jeune femme, la famille, grâce aux recherches d’un cousin, a fini par se rendre à l’évidence. Sous la pression du groupe de ravisseurs, les proches ont envoyé 25 millions de francs guinéens en deux tranches pour payer ce qu’ils croyaient être les frais de son voyage vers l’Europe. C’est une sœur en larmes qui raconte cette douloureuse épreuve.
« Depuis un an, ma jeune sœur M’mah Camara est bloquée par un réseau en Sierra Leone. Elle a quitté la famille en juin 2025, laissant notre mère seule derrière elle. Quelques mois après son départ, elle nous a dit qu’elle était en Europe, précisément en Italie, mais que pour être libre de ses mouvements, il fallait payer les frais de voyage à son passeur. L’homme qui la retenait réclamait 25 millions de francs guinéens. J’ai expliqué à ma sœur que je ne pouvais réunir que 10 millions, que j’ai envoyés sur un numéro Orange Money qu’ils m’avaient communiqué.
Malgré ce versement, elle n’a pas été libérée. Le passeur exigeait le montant complet. Ma tante a alors envoyé les 15 millions restants pour compléter les 25 millions. Mais ma sœur est restée bloquée au même endroit. Lorsque je lui ai demandé de faire une vidéo pour me rassurer sur sa présence en Europe, elle a envoyé une séquence filmée de très près, aux côtés d’un homme, où il était impossible d’identifier le lieu. Elle m’envoyait aussi des photos d’elle dans de jolis endroits et des restaurants, mais rien ne me rassurait. J’ai insisté pour qu’elle vienne en France, sans jamais obtenir de réponse claire. Nous passions parfois de longs moments sans nous parler.
J’ai fini par demander à des amis de m’aider à la retrouver. C’est alors qu’un cousin a informé la famille que M’mah se trouvait en réalité en Sierra Leone, prise au piège par un réseau de trafic humain. Elle ne se connectait que quelques minutes avant de couper tout contact. Face à nos questions, elle a d’abord persisté à dire qu’elle était en Europe. À force d’insister, elle a fini par avouer la vérité, tout en prétendant qu’elle ne voulait pas rentrer. Mais à sa manière de parler, on sentait qu’elle n’agissait pas librement. Il y a toujours quelqu’un derrière elle pour lui dicter ses messages.

Découragée par son refus de revenir, j’avais fini par couper les ponts. C’est récemment que ma mère m’a informée que M’mah réclamait de l’argent pour payer son transport de retour. Je me suis aussitôt engagée à lui trouver les fonds. Lors de notre échange, elle m’a dit avoir cruellement besoin d’argent, mais qu’elle ne rentrerait que plus tard. Elle a demandé un million de francs guinéens. J’ai refusé, en lui promettant de lui donner tout ce qu’elle voulait dès qu’elle serait de retour.
Nous avons appris que les personnes parties en Sierra Leone pour ces prétendus projets de voyage sont privées de leur liberté de mouvement. Depuis, nous nous battons pour un retour qui semble impossible. Nous voulons vraiment le retour de ma sœur (pleurs). Nous ignorons comment elle vit et entre quelles mains elle se trouve ; nous n’avons aucun moyen direct de la faire libérer. Il m’a fallu lire l’interview du jeune Fofana pour comprendre à quel point nos proches sont victimes de ces réseaux de traite humaine. Le drame est que quiconque tombe entre leurs mains semble perdre la tête et refuse de les quitter. Nous avons appris que des familles se rendent sur place, mais que les otages refusent de partir ou se cachent.
Nous souffrons terriblement pour notre sœur, et j’imagine ce que les autres familles endurent. Je prie les autorités des deux États, la Guinée et la Sierra Leone, de se lever pour démanteler ces réseaux afin que les familles puissent vivre en paix. Imaginez notre calvaire : cela fait un an que notre sœur est là-bas et nous ne savons rien d’elle. Aidez-nous, s’il vous plaît. Plus personne ne dort dans la famille, nous sommes rongés par le souci. Chaque jour, nous regardons la route en vain », confie, en détresse, Mahawa Camara.
Témoignage recueillis par Alpha Ousmane Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 6 juillet 2026 20:11Nous vous proposons aussi
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