« On est privé de tout »: A la découverte de Goyon, un village isolé entre Mamou-Dabola…
Au cœur de la Moyenne Guinée, le district de Goyon, vit sous l’emprise d’un isolement saisissant. Ici, la vie, voire même le destin des habitants est dicté par la présence d’un cours d’eau qui sépare leur hameau de la route nationale stratégique Mamou-Dabola et, par extension, de toutes les commodités de la ville de Mamou. Sans ouvrage de franchissement, les citoyens de Goyon, localité rattachée à la sous-préfecture de Niagara, scandent leur désespoir : « On est privé de tous les privilèges à cause de ce fleuve. »
La pirogue, unique alternative
L’unique lien vers le monde extérieur est la traversée périlleuse par pirogue. Une alternative qui, surtout pendant la saison des pluies, se transforme en roulette russe. Les drames ne se comptent plus, témoignant d’une souffrance héritée de génération en génération.
Aladji Mamadou Diallo, l’un des rares fonctionnaires de Goyon, exprime la frustration et l’angoisse quotidienne qui rongent la communauté. Pour lui, ce fleuve est la source de toutes les privations.

« Nous sommes nés et vivons ici. Mais on manque de toutes les opportunités à cause de ce fleuve. C’est la volonté de Dieu mais, le fleuve est la principale cause. Quand on a une urgence, on ne peut pas partir au moment propice. Tous les districts qui sont par-là traversent ce fleuve pour aller en ville. C’est notre unique voie. Pendant les grandes pluies, on n’ose pas emprunter les pirogues. Ce serait très risqué… Nous demandons l’aide de l’État pour bénéficier d’un pont ici », lance le fonctionnaire.
Le regard sombre sur le courant, M. Diallo ajoute : « On ne peut pas compter les gens qui se sont noyés ici. »

Un métier hérité, une peur constante
Au bord de l’eau, des hommes courageux maintiennent le lien vital en assurant le transport par pirogue, un métier qu’ils ont hérité de leurs aînés. C’est le cas d’Alpha Nouhou Diallo, qui a repris le flambeau familial mais vit avec le poids des accidents passés et la peur des drames à venir.

Alpha Nouhou Diallo confie la difficulté et les risques qu’il encourt au quotidien : « Ce métier, on l’a hérité de nos parents. On a pris la relève, car ils sont fatigués maintenant. Souvent on fait des accidents. La dernière fois, la fille de mon oncle a perdu la vie ici. Ma femme aussi a failli mourir ici. C’est difficilement qu’elle a pu sauver le bébé qu’elle portait dans le dos. Si elle ne savait pas nager, ils auraient tous péri. On a vraiment envie d’avoir un pont ici pour faciliter la traversée. »
La terreur des eaux pour la jeunesse
Pour les plus jeunes, la rivière est synonyme de traumatisme. Mariama Diallo, 17 ans, est l’une d’elles. Elle n’ose plus monter dans une pirogue depuis qu’elle a vu sa copine, Djiba, emportée par les eaux sous ses yeux.

La jeune fille témoigne, encore marquée par la tragédie : « Moi, je n’ose plus traverser ici. Dès que je viens à ce lieu, je me rappelle de ma copine Djiba. On était ensemble ici ce jour. Dès qu’on est monté dans la pirogue, elle a été dominée par les eaux… Elle, ils n’ont pas pu la rattraper. Son corps a été repêché après plusieurs jours. Depuis, moi je n’ai plus osé traverser par là. Mes deux copines que vous voyez là partent au petit marché pour acheter les condiments. Moi, je préfère attendre ici. »
L’appel à l’aide des populations de Goyon est pressant. Il s’agit d’une question de survie, de désenclavement, et d’accès aux « privilèges de la vie » dont elles se disent privées.

Aladji Mamadou Diallo affirme que les autorités ont été interpellées, mais « pour l’instant on n’a pas eu gain de cause ». Le district attend désormais une réponse concrète de l’État pour que le fleuve redevienne une frontière naturelle, et non plus une tombe.

Un reportage de Habib Samaké
Correspondant régional d’Africaguinee.com
A Mamou
Créé le 16 novembre 2025 13:28Nous vous proposons aussi
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