Nzérékoré : La crise du Ciment étouffe le BTP (reportage)
N’ZÉRÉKORÉ – La ville de Nzérékoré, à l’instar d’autres régions de Guinée, est frappée de plein fouet par une crise de ciment sans précédent qui paralyse le secteur du BTP. Cette rareté persistante du produit s’accompagne d’une flambée des prix. Cette situation met à l’arrêt de nombreux chantiers. Reportage.
Le prix du sac de ciment de 50 kg a bondi de près de 50%. Le ciment 32.5, autrefois vendu à 80 000 GNF, atteint désormais entre 120 000 et 125 000 GNF. Quant au 42.5, qui se négociait à 95 000 GNF, il est maintenant affiché entre 135 000 et 140 000 GNF. Cette hausse drastique rend l’accès aux matériaux de construction de plus en plus difficile pour les particuliers et les entreprises.

Les conséquences de cette crise sont immédiates et douloureuses. De nombreux chantiers sont à l’arrêt, comme le déplore Papé Jaques Koivogui, ingénieur en Génie Rural : « Avant d’obtenir un marché, tu dois faire un devis estimatif en fonction des réalités du marché. Quand on faisait nos devis actuels, le prix du ciment n’était pas à la hausse. Maintenant le prix a augmenté. Cela fait que les frais d’exécution des travaux ont baissé, par rapport au prix du ciment qui a augmenté. Cela a provoqué l’arrêt de plusieurs chantiers… ».

Les professionnels sont contraints de retourner vers les bailleurs de fonds pour renégocier les montants des projets, un processus long et incertain. Apollinaire Kolomou, maître maçon, exprime sa frustration face à l’indisponibilité du ciment 42.5 : « Nous sommes en train de couler la dalle mais notre ciment a fini. Nous avons (besoin) du 42.5, mais on n’en a pas. Nous avons sillonné plusieurs points de distribution. Ça retarde le travail. » Cette situation a un impact direct sur les employés payés à la journée, qui se retrouvent sans activité.

Spéculations
Plusieurs hypothèses circulent pour expliquer cette pénurie. Certains évoquent une baisse de production à l’usine, tandis que d’autres pointent du doigt le projet Simandou. Mohamed Camara, ingénieur, relève une possible baisse de production à l’usine et une augmentation des coûts de transport : « Si la production n’est pas à 100%, il y aura un peu de manque. Et dès qu’il y a une crise, les commerçants en profitent et augmentent le prix. »

Ibrahima Diabaté, un commerçant local, confirme la rareté du ciment à l’usine : « Nos camions peuvent passer une à deux semaines à l’usine sans avoir du ciment », a-t-il témoigné pointant également l’explosion des coûts de transport, passés de 400 000 à 850 000 GNF la tonne, soit une augmentation de plus de 120%.
La thèse la plus préoccupante, avancée par Ibrahima Diabaté, est l’orientation des camions vers le projet Simandou. Selon lui, les transporteurs privilégient ce projet en raison des tarifs plus avantageux, laissant le reste du pays en souffrance : « Actuellement, tous les camions se dirigent vers Simandou. Selon ce que j’ai appris, eux ils payent la tonne à un million, alors que nous les commerçants nous payons la tonne à 400 000. »

Appel urgent au Gouvernement
Les distributeurs de ciment subissent également les contrecoups de cette crise. Abdourahamane Diallo, un distributeur, constate une chute drastique des ventes : « Souvent on pouvait vendre 50 jusqu’à 100 sacs par jour. Mais aujourd’hui, tu n’arrives même pas à vendre 10 sacs par jour… »

A Nzérékoré, les citoyens interrogés lancent un cri de cœur aux autorités. Ibrahima Diabaté interpelle le gouvernement pour qu’il prenne des mesures urgentes : « Moi j’interpelle l’autorité, à voir un peu la situation de l’arrière-pays. Aujourd’hui, nous en souffrons énormément ? Les chantiers sont à l’arrêt, cette situation il faut que l’Etat la prenne au sérieux. »
Cet entrepreneur suggère d’examiner les problèmes de production des usines et, si nécessaire, de faciliter l’importation de ciment depuis des pays voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Libéria, en assouplissant les contraintes douanières.
La crise du ciment à Nzérékoré n’est pas seulement un problème économique, c’est un frein au développement et un coup dur pour les ménages et les entreprises. La population attend des actions concrètes et rapides pour débloquer la situation et permettre la reprise des activités de construction.
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière
Tél : (00224) 628 80 17 43
Créé le 23 juillet 2025 11:09Nous vous proposons aussi
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